‹ L'Algérie romaineChapitre 9 sur 174 · AVANT-PROPOS XV · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XV

d'hui de notre vieil empire colonial, mais amenés par un dernier bonheur ou par une dernière habileté * sur ce littoral africain, jadis si peuplé, si prospère, paré des monuments et des efforts de trois civilisations successives, puis longtemps désolé parla barbarie, nous nous sommes imposé la tâche d'en régénérer, d'en relever la race, d'y rapporter le travail, la richesse et la vie, comme nous avons rendu la paix et la sécurité à cette mer jadis infestée

1. « Baas le Soudan glt notre dernière chance de nous créer un grand empire colonial. » (La France au Soudan : le chemin de fer du Sénégal au Niger et le Transsaharien, Paul Bourde; Reme des Deux-Mondes, !•' déc. 1880 et l«r février 1881.) — « Pour qui sort de l'Europe occidentale et regarde un peu dans le monde, notre histoire a deux grandes journées, Tune de revers, l'autre de triomphe. Le revers irréparable, ce n'est ni Pavie, ni Saint-Quentin, ni Malplaquet, ni Rosbach, ni Waterloo, ni Sedan; c'est Québec : devant cette ville, dans les plaines d'Abraham, on nous arracha l'empire de l'Amérique, et peut-être de la Terre, le 13 septembre 1759. Le grand jour de triomphe, non pas une de ces victoires aussi stériles que retentissantes dont nos livres sont pleins, mais une de celles qui ouvrent un nouveau lit à quelque grande branche du fleuve de l'histoire, ce n'est ni Marignan, ni Rocroi, ni Fontenoy, ni Marengo, ni Austerlitz, ni léna, ni Wagram ; c'est la prise d'Alger, le 5 juillet 1830. Elle nous a donné l'Afrique du nord. Quand bien même des nations étrangères s'établiraient aux deux côtés de TÀlgérie, ce pays central de l'Atlas doit, de par ses cinquante années d'avance, absorber tôt ou tard la montagne du Tell africain dans une vaste unité française. Or qui tient le Tell tient le Sahara et peut dominer au Soudan. C'est ainsi qu'il n'y a pas encore dix lustres, dans un palais d'où l'on voit la mer, un coup d'éventail arrêta soudain, pour des siècles peut-être, l'aiguille qui sans doute allait marquer notre an climatérique sur le ténébreux cadran des âges. » (0. Reclus.) L'Afrique révélée, ce sont les Indes modernes. » (E. Desfossés.) « Jamais l'avenir de la France n'a été aussi clairement indiqué qu'aujourd'hui, écrivait dernièrement M. 0. Reclus au courageux explorateur M. V. Largeau. Plus nous nous engageons en Afrique, plus nous marchons dans le sens de nos vraies destinées ; le Tchad et le Niger sont moins loin que le Rhin, et le transsaharien vaut mille fois le grand tunnel de la Manchie, le chemin de fer du Simplon, le canal de Bordeaux à Cette, et autres inutilités pompeuses. Le Soudan, c'est pour nous la perle de grand prix. » Voir, en ce moment même, tout ce mouvement, tout ce réveil patriotique autour du nom et de l'œuvre de M. de Brazza.

XYI AVANT-PROPOS

qui baigne ces rivages et les rivages de France, et qui, les séparant naguère, ne fait plus que les rapprocher et les réunir aujourd'hui. Ce sera là sans doute, aux yeux des autres peuples, juges sévères et ombrageux de tout effort tenté par la France, justifier deux fois notre conquête et mériter qu'ils nous reconnaissent ou du moins nous acceptent pour légitimes héritiers de l'Afrique romaine.

Aussi bien, s'il est vrai qu'il fût exagéré de dire des indigènes de l'Afrique française ce que Tacite disait des provinces, qu'elles se soumettaient de bon cœur au nouvel ordre de choses \ il semble cependant que, frappés sinon réconciliés paç la ressemblance de notre œuvre civilisatrice avec l'œuvre romaine, dont l'histoire leur parle vaguement, dont surtout ils retrouvent à chaque pas les traces, ces hommes qui nous appellent des roumis se résignent à subir en nous les légataires de Rome.

Léon Renier raconte à ce sujet dans ses souvenirs d'un voyage au pied de l'Aurès une très curieuse anecdote ^ « Les monuments romains, dit-il, surtout les inscriptions, sont aux yeux des indigènes notre titre le plus légitime à la possession de l'Algérie. » Un jour, il était en train de copier quelque inscription latine : un cheikh des environs, en même temps marabout, le regarda quelque temps faire, puis s'approchant de lui : « Tu comprends

1. Tac, Am,, 1^ 2 : a Neque proTîncise illum rerum statum abnuebant... »

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