‹ L'Algérie romaineChapitre 92 sur 174 · VICTOIRE DE ZAMA · texte numérisé non relu

VICTOIRE DE ZAMA

alors? Pensez-vous abandonner à Masinissa celte proie ardemment convoitée? Vous le grandiriez à ce point ! Vous mettriez en de telles mains, vous feriez pour un tel souverain un si bel apanage, un si redoutable empire ! Ce n'est point là une politique possible ; ce qui fera précisément notre force en Afrique, c'est ce conflit organisé entre le prince numide et Carthage ; c'est la permanence de la querelle ; c'est l'état de guerre quotidien; c'est le casus belli perpétuel, préparé, entretenu, nourri par les espérances de notre ambitieux allié, incessamment suspendu sur la destinée et comme attaché aux flancs de notre vieille et toujours redoutable ennemie. Quelques-uns pensent que le territoire de Garlhage pourrait être déclaré terre publique, et qu'ainsi annexé au domaine il produirait d'importants revenus. Mais l'entretien ruineux des garnisons indispensables absorberait plus que les recettes. Que n'exigerait point en effet et que ne coûterait point cette occupation lointaine et si difficile, dans ce milieu inconnu, barbare et belliqueux! Quelles troupes n'y faudrait-il pas, et que iie faudrait-il pas à ces troupes! Peut-être pourrait-on flanquer et soutenir ces garnisons exilées de colonies italiennes, de centres populeux appelés sans doute à réussir, à prospérer dans un si riche territoire? Mais un grave dilemme se pose : ou bien, dans cette Numidie si peuplée, inquiétée d'attaques continuelles, vos colonies seront détruites paroles indigènes; ou bien, si elles résistent, si elles viennent à bout de ces populations rebelles à leur joug, si leur domination s'implante, n'est-il donc pas à craindre que, maîtresses d'un si beau pays, de contrées si riches et si vastes, séparées de nous par la mer, elles n'aspirent à l'indépendance et ne rompent les liens trop lâches qui les attacheraient à la métropole?

Il n'y a qu'un parti à prendre : suivre, la guerre finie, te sages avis de celui qui l'a conduite si sagement, et, comme le conseille, comme le désire Scipion, accorder la paix à Carthage.

FIN DE LA SECONDE GUERRE PUNIQUE it>l

Lentulus répliqua : Lenlulus convoitait l'héritage de Scipion. II ne comprenait rien, dit-il, à tant de vaine sentimentalité; la guerre s'accommode mal de tous ces ménagements et ne se fait pas avec des phrases ; elle vit de ce seul principe : l'intérêt, la raison d'Etat, le salut public. Or Carthage est encore dangereuse, car vous nous parlez des ressources et de la puissance qui lui restent, et vous savez quelle est sa perfidie; il faut détruire Carthage! Quel mal ne nous a-t-elle point fait? Que si les dieux l'ont mise à ce point et l'ont réduite à cette extrémité, c'était pour tirer d'elle le châtiment qu'elle mérite; ils nous montrent ce que nous devons faire.

On insinue, sans prendre même beaucoup de précautions oratoires, que, si vous résistez, si vous refusez la ratification, Seipion s'en passera et conclura la paix sans vous : je vous demande alors quelle comédie est celle que l'on vous fait jouer; si le vainqueur de Zama est résolu à passer outre, pourquoi vous a-t-il consultés * ?

Lorsqu'on en vint au vote, l'avis de Seipion prévalut : « le Sénat accorda au vainqueur le plus grand honneur qu'une république puisse conférer à un de ses citoyens ; elle s'en remit à lui pour dicter les conditions aux vaincus. Carthage fut réduite à livrer ses vaisseaux, ses éléphants , à payer 10 000 talents (88 millions de francs); enfin à prendre l'engagement honteux de ne plus faire la guerre sans l'autorisation de Rome ^. ï C'«est-à-dire que non seulement elle abandonnait l'Espagne et les îles de la Méditerranée ; mais elle s'engageait encore à ne jamais rentrer en lutte contre Rome, ou contre les alliés de Rome, à ne plus porter ses armes hors de l'Afrique ; en Afrique même, à ne jamais les prendre, disons . le mot, à ne pas se défendre, sans la permission du Sénat. Carthage descendait au rang de tributaire et perdait son indépendance politique.

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