‹ L'Algérie romaineChapitre 93 sur 174 · VICTOIRE DE ZAMA · texte numérisé non relu

VICTOIRE DE ZAMA

A Rome, ajoute M. Mommsen, beaucoup trouvèrent cette paix trop douce, dont nulle clause ne stipulait Fanéantissement de Garthage. Mais Scipion, et c'est à sa gloire, n'avait point de ces mesquines vengeances; ce grand cœur eût pensé mésuser ainsi de la victoire et se fût reproché comme un crime de lèse-humanité, comme un odieux attentat envers la civilisation, « de renverser brutalement Tune de ses colonnes * ! » Aussi bien tous ces Scipions, remarque éloquemment H. Duruy en les opposant à Caton, eurent toujours une politique plus noble. < Il ne déplaisait pas à ceux qui n'avaient point demandé après Zama l'extradition d'Annibal de laisser subsister, comme ornement du nouvel empire, la plus grande ville marchande de l'univers. Elle pouvait être utile et ne pouvait plus être dangereuse, puisque tous les pays où elle recrutait ses mercenaires lui avaient été fermés. > Il ajoute que ces grands et sages citoyens craignaient pour leur patrie peut-être l'enivrement de la victoire; qu'ils redoutaient l'abandon de la discipline et des mœurs, au milieu des richesses et delà sécurité; qu'ils voulaient que les Romains eussent toujours un péril à craindre, pour qu'ils restassent toujours unis et forts. |

Je crois très volontiers à ces nobles et patriotiques scrupules de l'âme généreuse d'un Scipion, scrupules à coup sûr plus philosophiques que romains. Pour le sénat, doDl le génie était par-dessus tout avisé et pratique, en s'en remettant non sans quelque complaisance à l'avis du jeune vainqueur, il entendait sans doute signifier surtout que Rome, à cette date, n'avait point encore la pensée d'englober dans sa domination tout ce riche bassin de la mer Méditerranée, à plus forte raison de fonder à son profit la monarchie universelle» M. Mommsen estime qu'elle n'a guère à cette heure song^ qu'à la conquête et à Tannexion incontestée de la terre ferin« d'Italie, à laquelle elle ajoute pourtant toute cette riche cou-

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