‹ L'Algérie romaineChapitre 94 sur 174 · FIN DE LA SECONDE GUERRE PUNIQUE · texte numérisé non relu

FIN DE LA SECONDE GUERRE PUNIQUE

ronne des îles et ce vaste empire sans limites des mers qui en baignent les rivages. Dans cette longue lutte avec Carthage, elle a voulu seulement, dès l'abord, écarter des côtes dltalie des voisins importuns et gênants; elle s'estimait heureuse, à l'origine, d'espérer qu'elle mettrait une rivale dangereuse hors d'étal de lui porter ombrage et de lui nuire. Mais le succès alla bien au delà ; la conquête imprévue de l'Espagne dépassa ces visées modestes ; en Afrique, la victoire de Scipion n'entraîne pas seulement la substitution du patronat de Rome à celui de Carthage sur cette inquiète clientèle des grands chefs indigènes, mais amène la nécessité d'une intervention quotidienne dans les conflits d'outre-mer. Ainsi se perd peu à peu de vue le point de départ et s'oublie le programme plus humble; ainsi s'agrandit l'horizon. Est-ce à dire que la carrière s'ouvre comme à regret, en dépit du sénat et presque malgré lui? Non pas sans doute; mais il est sûr que ce ne fut pas sans de grands scrupules, sans de longues et naturelles hésitations, sans des atermoiemento véritablement politiques. « C'est de dessein prémédité que Rome a pris l'empire en Italie; c'est presque sans y avoir pensé qu'elle s'est vu jeter dans les mains le sceptre de la Méditerranée et la domination des contrées environnantes. > C'est M. Mommsen encore qui dit cela : et peut-être, sur ce point comme sur tant d'autres, a-t-il ses raisons secrètes et son point de vue national-libéral ; c'est prêter, ce me semble, au Sénat de Rome bien de l'ingénuité politique et un peu trop de naïveté. Ce qui est exact et vrai, ce qu'il importe de faire bien ressortir, c'est ce caractère de circonspection, d'appréhension presque timide à force de rester prudente ; c'est cette absence de toute témérité, sinon de toute audace ; c'est cette peur de la politique d'inspiration en quelque sorte et de prewûer jet, qui anime ou plutôt qui modère et refroidit en général la diplomatie romaine, et qui, dans le cas particulier, a tempéré et adouci les conditions du traité de paix par lequel s'est terminée la seconde guerre punique. Il semble, en effet.

i64 VICTOIRE DE ZAMA

que le vainqueur de Zama eût l'occasion bien favorable pour rayer Tempire de Carthage et le nom punique de la liste des nations ; il aurait pu sans doute, avec moins de prudence, former dès maintenant une province romaine du vaste pays qui s'étend depuis les Syrles jusqu'au fleuve Mulucha. Le sénat romain se borna à affaiblir Carthage et donna au fidèle Masinissa tous les Etats de son rival Syphax i. Il est vrai que Masinissa ne sera guère là, comme le dira plus tard Adherbal, que le procurateur temporaire, que le chargé d'affaires provisoire du peuple romain, et que le droit — celui du plus fort — et l'autorité véritable appartiendront à Rome. Mais encore, en ayant la souveraineté vraie, le protectorat, si l'on veut, elle n'aura pas les lourdes charges de l'occupation même et du commandement proprement dit. C'est sur les rois numides que pèsera la tâche de façonner au joug romain les populations indigènes, rebelles ou turbulentes ; d'opérer, à leurs risques et périls, en échange d'une royauté précaire , d'une éphémère souveraineté, ce passage laborieux et cette dangereuse transition de l'état d'indépendance et de liberté presque sauvage à celui d'une sujétion rigoureuse et d'une obéissance absolue ; celle en un mot de préparer, par une progressive et moins sensible assimilation, l'annexion définitive *,

1. Apulée, Apolog. à propos de Madaure, sa patrie : « Neque hoc eo dixi, quo me patriœ me» pœniteret, etsi adhuc Syphacis essemus ; flP tamen victo ad Massinissam regem munere populi romani concessimos, ac deinceps veteranorum militum novo conditu splendidissima coIodU sumus. » — K Carthage était désarmée : pour qu'elle ne pût se relever, Scipion attacha à ses flancs un ennemi infatigable, Masinissa, auquel, en présence de ses troupes, il donna le titre de roi avec les États de ses pères, la forte ville de Cirta et une partie du royaume de Syphax, mais le reste fut rendu à Vermina, fils de Syphax, pour qu^ le voisinage de ce mortel ennemi fit à Masinissa une obligation de sa fidélité. » (V. Duruy.)

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