‹ L'Algérie romaineChapitre 95 sur 174 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

TROISIÈME GUERRE PUNIQUE : DESTRUCTION DE CARTHAGE (608 A. U. C, 146j. — GUERRE DE JUGURTHA (106). — GUERRE. DE CÉSAR : LA NUMIDIE PROVINCE ROMAINE (46). — MORT DE PTO- LÉMKE (40 AP. J.-c). — LES DEUX MAURÉTANIES SONT RÉDUITES EN provinces; l'aFRIQUE EST DÉFINITIVEMENT ROMAINE.

M Principio lerrarum Maurilaniœ appellaotur, usquo ad C. Cœsarciii Germanici filiùm régna, sœvitia ejus in duaa divisœ provincias... Romana arma primum Claadio principe in Mauritania bellavere Ptolemœum rugem a C. Cœsare interemptum ulcisoente liberté itidemone... » (PL, H. N., V.)

«... S'avancer régulièrement et do proche en proche ; s'affermir avant de s'étendre ; ne se point ^'charger de trop d'affaires ; dissimuler quelque temps, et se déclarer à propos.... » {Rist. unio., 3, 6.)

« Parvi aunt foris arma, niai est consilium demi. » (De off"., I, 22.)

La curieuse et longue période qui sépare la seconde guerre punique de la troisième fait singulièrement ressortir toute cette politique romaine, ces hésitations, ces scrupules, ces désirs sagement contenus, ces convoitises refoulées, et la politique d'action ne devenant maîtresse et n'entraînant la vieille et prudente assemblée que lentement, après de grands efforts, sur les incitations quotidiennes d'une des haines les plus entêtées qui furent jamais, sur ces rappels à la ques-

tion suprême que ramenait chaque séance du Sénat, sur ces curieux expédients d'une idée fixe qui s'avisait un jour de montrer au Sénat ces figues et ce raisin d'Afrique mûris à deux journées de Rome, sur cet arrêt de mort légendaire : delenda Carthago, refrain terrible et obstiné que lançait sans cesse à la pauvre ville africaine la langue acharnée d'un Caton ! U fallut cela ; il fallut aussi l'occasion , cette grande maîtresse des choses humaines, pour vaincre la prudence craintive des uns, la nonchalance peut-être ou la générosité de ceux que M. Mommsen appelle les libres penseurs du parti aristocratique : ceux-là défendaient en effet Cartbage, la montraient uniquement adonnée au négoce, déshabituée de la pensée et de la pratique de la guerre, et estimaient que l'existence d'un grand marché commercial se pouvait concilier avec la suprématie politique de Rome. Mais en face d'eux s'était formé peu à peu et comme encouragé un parti politique qui voulait faire passer les territoires d'outre-mer sous la dépendance immédiate de la république ; c'est sur ces gens de doctrine que s'appuyait l'opiniâtre Galon, en même temps que sur l'influente et nombreuse coterie des hommes de finances et sur les grands spéculateurs, banquiers âpres au gain, usuriers et fermiers qui flairaient déjà la curée et qui, Carthage détruite, se croyaient les héritiers directs de la grande capitale de l'argent et du négoce *. La destruction fui décidée : on n'attendit que le prétexte. Mais encore, que de formes dans cette condamnation dernière, que de procédures sincères ou non ; quelle apparence ou quelle comédie de justice ! Au premier conflit grave qui éclate entre Masinissa et Carthage^, une commission romaine passe en Afrique, étudie

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