‹ L'Algérie romaineChapitre 96 sur 174 · MommseQ, Hist rom · texte numérisé non relu

MommseQ, Hist rom

2. Au lendemain même de la guerre, Masinissa ravage la contrée des Ëmporia ; Carthage profite , pour se plaindre , d'une ambassade qu'elle a chargée de dénoncer à Rome les projets d'Annibal réfugia auprès d'Antiochus, de renier le grand citoyen exilé et de protester contre toute complicité avec lui. Masinissa, lui aussi, fait partir ud® ambassade, qui devra défendre ses droits prétendus et surtout fortifief

et question, rend enfin sa sentence, condamne la pauvre ville payer une indemnité au roi, à évacuer les villes en litige [u'elle occupait encore dans la Byzacéne; mais rien de }\m : elle se retire. A peine est-elle partie, que Masinissa renouvelle ses agressions et enlève à Carthage la ville de lusca et les grandes plaines qui longent le Bagradas ^

la méfiance et les soupçons dans des esprits si prévenus. — Scipion l'Africain lui-même et deux autres commissaires partent pour l'Afrique, font mine d'écouter les deux parties et d'examiner les choses, puis repartent, sans rien décider. Avaient-ils reçu des ordres dans ce sens? En tout cas, dit Tite-Live, rien n'était plus politique que de laisser le procès pendant : ,..videtur tempori aptum fuisse, integro certamine eos relkqui. (T.-L., XXXIV, 62.) — Il semble que tout cela ait attristé et révolté Scipion : cet acharnement contre Carthage, et, déjà auparavant, contre Annibal, lui répugnait : « Qui parum ex dignitate populi romani ««e dv4;ebat, subscribere odiis accusatorvm Annibalis, et factionibus ^^rthaginiensium inserere publicam auctoritatem, nec satis habere bello ^icisse Annibalem, nisi velut accusatores calumniam in eum jurarent, ac nanen déferrent. » (T.-L., XXXIII, 47.) Ces deux grands et nobles adversaires étaient vraiment dignes l'un de l'autre : par dignum^ comme disait Sénèque. On connaît la jolie anecdote racontée par Tite-Live, ^XV, 14 : Scipion était allé trouver Annibal à Éphèse; ils causèrent ; Scipion demanda à son glorieux . rival quel était à ses yeux le plus grand des hommes de guerre. — Alexandre. — Et ensuite? — Pyrrhus. ^ Et le troisième? — Moi, dit Annibal. Scipion sourit et ajouta : « Quidnam tu diceres, si me vicisses ? y> — « Tum me vero^ inquit, ^t ante Alexandrum, et ante Pyrrhum, et ante omnes altos imperatores c««e. »

1. Le Bagradas est l'Oued-Medjerda. — La Byzacéne, Byzacvum vel ^yzacena, s'étendait, au sud de la Tunisie, du golfe de Hammamet au golfe de Gabès. — Sur les Emporia^ voir l'appendice XXL

On Yoit ce qu'était devenue, en quelques années, la puissance du souyerain numide, utile favori k cette heure de la politique romaine. On imagine quelle nombreuse et redoutable armée Masinissa devait recruter dans ces immenses domaines ; il avait assez de cavalerie, assez d'éléphants pour pouvoir en prêter au besoin à ses puissants patrons ; il avait une flotte ! Ses vaisseaux figurent en effet dans une anecdote des VerrineSf que je reproduis ici, en passant, pour sa petite couleur *^ricaine.

« Insula est Melita, satis lato ab Sicilia mari periculosoque disjuncta ;

^D qua est eodem nomine oppidum ab eo oppido non longe, in pro-

montorio, fanum est Junonis antiquum, quod tanta religione semper ^<iit, ut non modo per puuica bella, quic in his fere locis navali copia gesta sunt, sed etiam postea, in hac praedonum multitudine. semper

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Les Carthaginois sont réduits à s*en aller à Rome recom^ mencer sans espoir un interminable procès <• Une commission nouvelle descend en Afrique, et, quelle garanûe d'impartialité ! c'est Caton qui en est le chef! Et cda ne suffit pas encore : il a beau, de retour, pousser le en d'alarme : le Sénat hésite toujours ! Une révolution a lieu dans Garthage déchirée de factions, par surcroit ; la faction patriote, ramenée aux affaires, chasse les partisans les plus compromis du roi numide, et, se mettant sur la défensive, lève des forces considérables conmiandées par un petil-fib de Syphax. Masinissa, toujours prudent, au lieu d'armer^ ne bouge pas. Alors les Caton de s'écrier que Garthage arme contre Rome, et Masinissa d'envoyer aussitôt son fils Gulussa en Italie pour dénoncer les préparatifs de Carthage. Ordre est donné aux Carthaginois de licencier leurs troupes : ils refusent. Cette fois, le Sénat va déclarer la guerre? Non : Scipion Nasica obtient l'envoi de dix nouveaux commissaires, qui arrivent dans la ville à peu près condamnée, constatent la réalité des armements poussés en toute hâte, et reviennent à Rome. Eh bien? s'écrie Caton. Et le Sénat attend encore. Cependant la guerre éclate; Scipion Emilien, tribun de légion et servant dans l'armée d'Espagne, chargé

inviolatum fuerit. Quln etiam, hoc mémorise proditum est, classe quoodam Massinissse régis ad eum locum appulsa, prsefectum regium dentés ebumeos incredibili magnitudine e fano sustulisse, et eos in Africani portasse, Massinissseque douasse, regem quidem primo delectatum esse munere ; post, ubi audisset unde essent, statim certos homines in <i^^ queremi misisse, qui eos dentés reportarent. Itaque in bis inscriptuDi litteris punicis fuit : « Regem Massinissam imprndentem accepisse ; ^ cognita, reponendos restituendosque curasse. »

1. On gardera toujours du reste, dans la forme, la même affectation d'impartialité ; dans une occasion semblable, une ambassade carthaginoise et Gulussa sont venus se plaindre contradictoirement. Lorsqu'on les congédie, Tite-Live ajoute : « Munera ex instituto data utrisque, aliaque hospitalia comiter conservata. » (XLII, 24.) — En 187, Minocins Myrtilus et M. Manlius, accusés d'avoir frappé des ambassadeurs carthaginois, furent remis par les féciaux aux mains de ces envoyés, el emmenés à Carthage. (Liv. XXXVIU, 42).

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d^ aller en Afrique demander à Masinissa des éléphants desti* nés à la guerre contre les Celtibéres, assiste à une affaire sanglante où les Carthaginois sont battus ^ Il s'entremet encore, avec la grande autorité de son nom, et tâche d'amener les deux parties à un arrangement; mais on ne peut s'enlendre. Les Carthaginois aimaient mieux, comme ils le disaient naguère au Sénat, la sécurité de Tesclavage et les Romains pour maîtres, qu'un semblant d'indépendance livré en proie aux violences de Masinissa ; ils aimaient mieux périr dans une dernière crise que de traîner une pareille agonie à la fantaisie du plus atroce des bourreaux *. Us reprirent donc les armes et furent battus une seconde fois.

Désormais, c'en est fait; l'heure dernière a sonné : l'odieuse Carthage, battue sans doute, humiliée, impuissante, est pourtant toujours là debout î Et puis, conyient-il bien maintenant à la politique romaine, prudente, mais ombrageuse, de laisser seul maître de l'Afrique ce vassal numide si puissant, qui, dans les deux dernières années, avait pris de vive lutte plus de soixante-dix villes ou places fortes en territoire carthaginois, dont l'ambition paraissait si fort en haleine, et auquel il semblait en effet que le plus large horizon fût ouvert, les plus vastes espérances permises? Aussi bien, Carthage est à moitié vaincue, et Rome est prête : les contingents italiques sont appelés sous les drapeaux; la flotte se réunit. Il semble, pour celte fois, qu'on ne risque plus rien; tous les dehors de la justice ont été sauvegardés, peut-être respectés par je ne sais quelle superstitieuse crainte des dieux : toutes les précautions ont été prises ; le prétexte est trouvé : le casus belli n'est pas niable, et l'occasion est assurément opportune. La ville d'Utique ^ la seconde ville

1. u Masinissa, âgé de quatre-vingt-huit ans, et, monté à cru sur uu cheval rapide, s'était encore battu comme le plus brave soldat. >> (Dumy.)

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