‹ L'Aliénation des forêts de l'état devant l'opinion publiqueChapitre 11 sur 54 · JOURNAL DES VILLES ET CAMPAGNES · texte numérisé non relu

JOURNAL DES VILLES ET CAMPAGNES

Samedi, 20 Mai 1865.

Appel aux Sociétés Agricoles,

Une société d'agriculture, dont on ne saurait trop louer la courageuse initiative, la société de Nancy, vient d'ajouter à sa pétition au sénat, (nous avons fait connaître ce document à nos lecteurs), une requête à l'Empereur contre le projet d'aliénation des bois de l'État. « Par d'innombrables raisons, disent les pétitionnaires, on a vingt fois montré que, dans notre patrie, la perte des forêts nationales serait un immense, un irréparable malheur. Nécessaires à V agriculture^ nécessaires à Véconomie domestique, nécessaires à Vindustrie^ nos bois le sont plus encore à la marine. » Toute la question est dans ces quelques lignes qu'il faut commenter brièvement.

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Oiiélqués tftôts d'abdrd de l'ôpérâtioti financière i

L'expose des motife du projet ne dissirfiule pas que « les forêts domaniales n'ont qu'un produit minime et peu en rapport avec leur valeur vénale. » Les acheteurs sont dëjâ avertis, et il est certain que les forêts seront données à vil prix. Aussi propose-t-on d'aliëner 1 30,000 hectares de bois, quantité trop considérable d'un tiers eiiViron. Ajoutez à celle première cause de perte la difficulté d'écouler tant d'immeubles à la fois, et jugez si l'opération n'est pas la plus mauvaise, la plus ruineuse qui se puisse imaginer.

On dit que l'État s'enrichira « des impôts et des droits de mutation » résultant de la vente des forêts. Il faut avouer que les défenseurs du projet sont féconds en ressources ; se procurer tout de suite de l'argent, créer une source nouvelle d'impôts indirects^ et cela du môme coup, par une même opération, voilà qui n'est pas mal imaginé. Mais qui est frappé doublement? le pays.

Une société a-t-elle le droit de dissiper en un jour le capital d'une nation que des géfiëratiens successives lui ont légué? Question oiseuse, diront les hommes de finance; il s'agit bien ici de morale I — Peut-être la bonne économie n'est-elle pas si indépendante de la morale ; je hasarde cette observation, n'en déplaise à nos fameux économistes. Voyons donc ce qui résultera de l'aliénation. Les acquéreurs des forêts réaliseront aussitôt par de bonnes coupes les capitaux qu'ils auront donné à l'État; cela fait, ils les morcelleront habilement et les débiteront en petits fragments, opération très-fructueuse que pratiquent les marchands de bois sur les grands domaines qui ont échappé jusqu'à ce jour aux ardeurs de la spéculation : plus de futaies, plus, de bois dans l'avenir pour notre marine et nos grandes constructions; et pour le présent une abondance extrême de produits jetés sur les marchés et là ruine de tout un grand commerce.

Voilà réconom ) de nos financiers! Ils n'ont jamais pensé qu'en cette matiire les ; rets des particuliers sont opposés aux intérêts de l'État. Celui-ci peut attendre des années parce qu'il ne meurt pas, ceux-là veulent jouir le plus tôt possible, a Lorsque l'on veut exploiter une forêt dans la condition de l'exploitabillté relative à la rente la plus élevée, la révolution doit être déterminée de telle façon que le rapport entre la rente et la forêt qui en est productive soit le plus grand possible* Cette exploitabilité répond évidemment le mieux à la spéculation particulière; elle

abrège les révolutions le plus po^iblê... L'État seul peut se proposer pour but d'obtenir les produits les plus considérables et les plus utiles... <. » En un mot, « les forêts ne peuvent subsister entre les mains des particuliers. » Cette seule raison qui, comprend toutes les autres aurait dû faire réflécbir nos financiers sur leurs projets d'aliénation. Elle sera prise, nous l'espérons, en sérieuse considération par le Corps-Législatif lorsque le projet de loi arrivera devant lui.

Du morcellement, des courtes révolutions, aii défrichement complet, il n'y a qu'un pas ! Il faudra bien qu'on fasse des Concessions pour trouver des acquéreurs. Le projet de loi convient lui-même qu'aliéner les Ibrêts, ce sera les « rendre à la libre circulation; » qu'importe, dit-il, la. France aura encore « un sol forestier, plus considérable que tous les autres pays de l'Europe. » Cela est faux absolument; mais ne chicanons pas sur les détails. Quelle est l'influence du défrichement d'une forêt sur les contrées voisines? quel est le rapport de l'agriculture d'une région à sa richesse forestière? Voilà ce qu'il importe de savoir.

L'agriculture' d'un pays dépend du milieu ambiant, lequel est déterminé en grande partie par l'influence des forêts. Relativement à l'atniosphère, les bois tout d'abord la purifient en décomposant l'acide carbonique qui la vicie ; ils fixent son carbone et rejettent l'oxigène. Outre cette première action, les forêts, par les exhalaisons des feuilles, maintiennent l'air à un degré d'humidité à peu près constant et favorisent les dépôts de rosée. Le docteur Schacht a pu dire justement que « les forêts arrosent le sol et lui assurent la fertilité; » et de fait, dans le voisinage des massifs d'arbres feuillus, jamais Ofl ne trouve des terres arides et stériles.

Le sol, comme l'atmosphère, se trouvé bien de la présenèë des forêts. Par la chute des feuilles, les substances minérales reviennent à là terre et les couches d'humus s'accumulent, lesquelles engraissent le sol naturellement et sans frais. Les cours d'eau qui arrosent la terre sont alimentés par les massifs ; chacun sait que les torrents d'Amérique naissent des forêts primitives. « La forêt est la mère dès fleuves ; » elle en est aussi la directrice. Elle les modère, les régularise et ainsi prévient les inondalions. L'administration nous promet de ne pas aliéner des bois de mon-^

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