‹ L'Aliénation des forêts de l'état devant l'opinion publiqueChapitre 14 sur 54 · DIS SCIENCES · texte numérisé non relu

DIS SCIENCES

Séance du Lundi 22 Mai 1865.

PRÉSIDËNCK DE U. DEC4ISNfi

MÉMOIRES ET COMMUNICATIONS DES MEMBRES ET DES GORBESPQNPANTS DE l' ACADEMIE

CUMATOLOGiE, — Dei forêU et de Uur infimme 9ur /m climats;

par M. BECi^Easf** (Extrait^

« Le Mémoire sur les forêts que j^ai l'honneur de présenter ai^oenrd^hm à TAcadémie fait auite à celui âur la production et )a consommation du froment en France,: dont je Tai entretenue dans ta séance du 10 avril de^ nier; il complète en outre le travail dans lequel j'avais commencé à en exposer les principes dans ina oommunioation da 44 afril 4S53 (Comptes rendus des séances de l'Acadàmie des Sciences^ U XXXVI).

» La question des forêts, envisagée sous le double point de vue de leur importance sociale e( de leor influence sur les climats, exige, par son

étude, des emprunts faits à l'histoire, à U météorologie et à Técoûornie publique. L'histoire nous fait connaître les déboisements qui ont eu lieu depuis les temps les plus reculés jusqu'à nous, ainsi que les changements survenus dans les climats; la météorologie explique les effets physiques qui doivept en résulter, et Téconomie publique les besoins en tous genres des divers produits des bois. On se bornera à exposer dans cet extrait les résultats généraux auxquels on a été conduit dans ce travail.

y) Les forêts existaient sur la terre bien avant l'apparition de l'homme « comme l'attestent les immenses dépôts de houille que l'on trouve sur tous les points du globe, môme dans les régions polaires, dépôts formés de débris d'Équisétacées, de Sigillaria, etc., etc., parmi lesquels on distingue des Fougères en arbres dont on ne retrouve plus les analogues que sous les tropiques.

» La vie primitive de l'homme, dans une grande partie de l'ancien continent, s'écoula au milieu des forêts; l'accroissement de la population leur porta des atteintes successives; mais les grandes dévastations ne datent que de l'époque où les grands conquérants, voulant assujettir les nations nouvellement formées, coupèrent ou brûlèrent les forêts servant de refuges aux habitants. L'accroissement dq la. population, les guerres et les progrès de la civilisation sont donc les principales causes de la destruction des forêts. L'histoire nous en fournît, au reste, de nombreux exemples : du Gange à l'Euphrate, de l'Euphrate à la Méditerranée, sur une étendue de plus de mille lieues en longueur et de plusieurs centaines de lieues en largeur, trois mille ans de guerre ont ravagé ces contrées ; Ninive et Babylone, si renommées par leur civilisation avancée, Palmyre et Balbek par leur opulence, n'offrent plus au voyageur que des ruines attestant leur grandeur passée, au milieu de déserts on de marécages dans lesquels on ne retrouve plus que çà et là des traces des riches cultures qui s'y trouvaient jadis.

» Depuis Sésostris jusqu'à Mahomet II, l'Asie Mineure a été principalement le théâtre des guerres dévastatrices qui ont contribué à la ruine des forêts et à la transformation des pays voisins en déserts parlemanqued'eau.

j» La Palestine offre de semblables contrastes; qu'est devenue cette belle contrée de Chanaan citée par la Bible comme le pays le plus fertile de l'univers? Toutes ces régions si renomnjées par la douceur de leur climat, privées de leurs forêts, manquent d'eau et de végétation.

» Si Ton quitte la Judée pour suivre le littoi'al de TAfrique, on voit que, depuis les sables de la Libye jusqu'aux ruines de Garthage, et depuis ce* ruines jusqu'à l'Océan, les forêts qui vivifiaient ces contrées sur une étendue de près de niille lieues sont éloignées aujourd'hui d'au moins quarante lieues du rivage de la mer.

» Dans le Mémoire on a passé successivement en revue le déboisement des contrées qui ont été le berceau de .la civilisation, afin de monlrei» qoelles en ont été les conséquences; puis on a parlé de celui de la France depuis l'occupation romaine.

» César nous apprend que, pour pénétrer dans les Gaules avec ses armées, il fut obligé de faire des abatis immenses et continuels; depuis lors, les guerres qui les ont ensanglantées, les progrès de la civilisation et le libre parcours du bétail n'ont cessé de porter la hache, le feu et la dévastation non-seulement dans les forêts des Gaules, mais encore dans toutes celles de l'Europe, et de transformer de vastes étendues de pays en landes

incultes, marécageuses, ou en bruyères.

» Nous voyons encore dans les Commentaires de César que les Gaules ne se composaient pas seulement de forêts, de lacs et de marais, et qu'i s'y trouvait également de vastes étendues de terre dans lesquelles les habitants se livraient à la culture des céréales. Les terres les plus fertileà étaient celles des Santones (habitants de Saintonge), des peuples du Berry du Soissonnais, etc., qui sont encore au nombre de celles qui sont les plus fertiles. Preuve que l'abondance des forêts ne rendait .pas le climat aussi rude qu'on l'a prétendu.

» Après César les défriéhements continuèrent ; ils furent d'abord inconsidérés; des lois les restreignirent, même sous l'occupation romaine; mais il n'en fut plus de même dans la suite, car on ne put arrêter les dévastations pendant les temps de barbarie. Les moines, de leur côté, défrichèrent les terres et abiattirent des bois dans les plaines pour les cultiver, ou sur les coteaux pour y planter des vignes.

» Dans le ix« siècle, les Normands, par leurs incursions, et les flots de Croisés qui se portèrent dans les lieux saints, furent cause que, dans beaucoup d'endroits, les terres devinrent incultes ou furent envahies par les eaux, qui devinrent stagnantes. Les forêts, négligées ou détruites, devinrent insensiblement, dans le nord et dans l'ouest, les landes de la Bretagne, les déserts de la Champagne, les vastes déserts du Poitou ; dans le

centre, les terres ma? épageuses de la Bresse, du.Fprez, de ia Sologne, du Berry et du Gatinais, etc.

» Nous renvoyons du reste à Fexcellent ouvrage de M. Maury, sur les grandes forêts des Gaules, pour, de plus a,mples développements.

» Des ordonnances royales parurent successivement, depuis Charlemagne, pour arrêter les dévastations des forêts et adoplier des mesures conservatrices; parmi ces ordonnances, on distingue particulièrement cetie de 466f9, véritable Gode forestier pour l'époque, et dont l'influence a ébé puissante pour la conservation des forêts.

» La révolution de 4789. arriva; l'Assemblée Constituante n'apporta qu'un palliatif momuentané au mal qui s'était accru, et le régime de la Convention mi le comble aux déprédations.

D Napoléon, sous le Consd^, par son décret du 46 nivôse an O^, prit également les mesures conservatrices les plus sages, dictées par sa profonde connaissance des bommes et des choses.

» Les Assemblées législatives, jusqu'en 1859, suspendirent la liberté illi^ ç^tée de défricher les bois; mais la loi du 48 juin de la même année, qui régit aujourd'hui la matière, permet le défrichement au-dessus de 40 hectares, après demande préalable à l'autorité ; l'opposition au défrichement le peut être faite que pour les bois dont la conservation est reconnue nécessaire :

» 4o Au maintien des terres sur les montagnes et sur les pentes;

» ^0 A la défense du sol contre les érosions et l'envahissement des rivières, etc.;

)> 30 A l'existence des sources et cours d'eau ;

» 40 A la Drotection des dunes ;

» 50 A la défense du territoire ;

» 60 A la salubrité publique.

» Ces mesures sont très-sages, mais on n'est pas toujours certain de bien les appliquer, en ce qui concerne particulièrement la troisième.

» Il est nécessaire d'entrer dans quelques détails statistiques sur la situation actuelle des forêts en France pour la discussion des questions que l'on va traiter.

» On donne dans le Mémoire les rapports entre retendue actuelle des forêts, la superficie des bois défrichés et celle des terrains reboisés en pays de montagne.

» JLa gj^perôcie totate. de4s^ Fraoee, d'après la $t]atjôtique rgéirépate, ^st de ^^,7^8,610 hectares; la superficie boisée de 8,804,550 heGta,res;.ceJje (^s pâturages et landes cultivables de 21,729,402 hectares, et le sol non agricole de 299^0,217 hectares.

» En 4860 *, les forêts domaniales étaient rédgiMe$>à 4,077^046 hectare, {Comprenant ^0,746 hectares de vid$@, dont le repjeupleioent est aujourd'hui achevé. Mais, d'après un nouveau recensement, ce nooibre dépa^ 4 >4 00,000 hectares, sans y compi^eBidre ^7,1 8i5 hectares affectés à la dotdr tion de la Couronne par le sénatus*consulte du 42 décembre 4852.

» L'administration a aliéné, avec faculté de difricàier :

De 4820 à 4854 • • 246,p0.0

De 4?52 à 4864 62,694

Total. . . 278,i594

De 4855 à 4864, communaux vendus avec môme faculte 44,485

L'administration a autorisé les particuliers à défricher. 375,487

Total. . . 665,363

y> Depuis seize ans, on autorise annuellement le défrichement d'environ 4 5,000 hectares. On peut évaluer à une contenance de 9,000 hectares les défrichements au-dessous de 4 0 hectares en plaine et les défrichements illicites. Si l'on ajoute encore à cette contenance 6,000 hectares de bois domaniaux et 4,000 hectares de bois conimunaux, on arrive à un total d'environ 34,000 hectares, qui représentent très approximativement la surface boisée livrée chaque année au défrichement. On ne sait pas encore officiellement si la totalité est défrichée. Or, si le défrichement n'éprouvait pas un temps d'arrêt et qu'il fût effectué en totalité, on aurait défriché en un siècle 3,400,000 hectares sur 8,804,550 hectares représentant la superficie boisée de la France,

» On se demande s'il est bien nécessaire de défricher les bois pour les besoins de l'agriculture, quand il existe en France 24 .729,402 hectares de pâturages et de landes cultivables, .et lorsqu'on a démontré dans un précé*

i. Rapport de M. de Forcade au Ministre des Finances.

— Ië2 —

dent Mémoire * que la production du froment en France commençait à dépasser les besoins de la consommation. Si l'on déboise les forêts au delà des besoins de l'agriculture, on sera dans la nécessité de reboiser, dans un avenir plus ou moins éloigné, des terres livrées aujourd'hui à la culture, ou de les transformer en pâturages.

» Mais si l'on déboise d'un côté, dit-on, on reboise de l'autre : cela est vrai; voyons s'il y a compensation. Ce n'est que depuis la promulgation de*la loi du S8 juilletM860, que l'administration des forêts s'occupe du reboisement des terrains, autres que les terrains domaniliux ou communaux, soumis au régime forestier ; et encore ne l'effectue-t-on qu'en pays de montagne, avec subvention de l'État, qui est le principal stimulant de ces sortes de travaux.

» Pendant les quatre dernières années, le nombre d'hectares reboisés en pays de montagne a été de : *

hect.

Pour les communaux. ....... 2.8,^03,07

Pour les* particuliers: :..... : : ' 6,06^,13

Pour les domaniaux.. . .... . . 6,843,50

' Total. . . 4^,007,70

)> On a donc reboisé en moyenne annuellement 40,000 hectares, tandis qu'on a eu la faculté de déboiser environ 31,000 hectares. Ces reboisements se sont faits, pour la plus grande partie, en arbres verts, car ces arbres y entrent pour 0,74 et les autres espèces de bois pour 0,26*. Ces 41,007h,76 reboisés en pays de montagne ne peuvent pas être considérés comme remplaçant pareil nombre d'hectares d'anciens bois défrichés en plaine, vu la différence des essences.

» On plante également des pins dans les sables de la Sologne et dans les landes de la Gironde et même des chênes dans ces dernières ; mais ce sont là que de bien faibles compensations pour la perte .des forêts en chênes et autres bois servant à l'industrie. L'aménagement des forêts en futaies de chêne ne convient qu'à l'État et aux établissements publics, les particuliers

1. Voir Comptes rendus de l'Académie des Sciences, t. LX,- séance du iO avril

2. Rapport de M. Vicaire au Ministre des. Finances en d86S, p. â2 et ^.

étant conduits par la force irrésistible des choses à exploiter du bois en taillis à courte révolution, et à hâter par là leur dépérissement.

» La deuxième partie du Mémoire est relative à l'influence des forêts sur les climats; cette influence dépend : io de retendue des forêts; go de la hauteur des arbres et de leur nature, selon qu'ils, sont à feuilles caduques ou à feuilles persistantes; 3o de leur puissance d'évaporation par les feuilles ; 4o de la faculté qu'ils possèdent de s'échauffer ou de se refroidir comme tout corps placé dans l'air; 5o de la nature et de l'état physique du sol et du sous-^ol. Cette influence s'exerce encore sur le régime des eaux courantes et des eaux de source.

» Comme abri contre les vents bas, l'action des forêts est incontestables on cite dans le Mémoire des exemples qui ne laissent aucun doute à cet égard. L'action préservatrice est d'autant plus grande que les arbres sont plus élevés.

» L'évaporation par les feuilles est une cause puissante et incessante d'humidité ; le moindre refroidissement de l'air précipite les vapeurs ; Teau qui en résulte et celle de la pluie pénètrent dans le sol s'il est perméable, et par l'intermédiaire des racines s'il ne Test pas.

» On démontre l'état calorifique des arbres au moyen du thermomètre électrique que nous employons depuis plusieurs années à cet usage. Il résulte de nombreuses expériences que le tronc, les branches et les feuilles s'échauffent et se refroidissent dans l'air comme tous les corps non organisés, par l'action solaire.

» La température moyenne au-dessus des arbres est, au nord^ un peu plus élevée que celle de l'air, à 4°», 33 au-dessus du sol loin des arbres.

» Le tronc n'acquiert la température maximum, que quand le diamètre a 3 ou 4 centimètres, qu'après le coucher du s'oleil. En été, il se montre vers 9 heures du soir, tandis que dans l'air ce maximum a lieu entre 2 et 3 heures du soir, suivant la saison. Les variations de température dans l'arbre étant très lentes à s'effectuer, celles de l'air, quand elles sont rapides, n'ont aucune influence sur la température de l'arbre. Lorsque les feuilles se refroidissent par l'effet du rayonnement nocturne, elles reprennent au corps de Tarbre, par voie de rayonnement, ce qu'elles perdent. C'est à 6 heures ^u matin qu'il y a égalité de température au-dessus de l'arbre et à 1 mètre au-dessus du sol au nord et au sud. On conçoit dès lors comment les arbres qui ont été échauffés par le rayonnement solaire

peuvent agir sur la tei&përature de Tair et ne pas rabaisser autant qu'on le croyait.

10 L'influence du déboisement sur la température moyenne a été étudiée dans les conditions suivantes :

» M. Boussingault, au moyen d'observations faites par lui et par d'autres voyageurs dans les régions équinoxiales de T Amérique, dans diverses localités situées à la même hauteur au-dessus du niveau de la mer, sous les mêmes latitudes et dans les mêmes conditions géologiques, a constaté que l'abondance des forêts et l'humidité tendent à refroidir le climat, tandis que la sécheresse et l'aridité du sol réchauffent.

y> D'un autre côté, M. de Humboldt, en discutant les observations thermométriques faites dans l'Amérique septentrionale de 4771 à 1834, dans trente-cinq postes militaires placés dans une étendue de 40 degrés en longitude, a trouvé qu'elles tendent à. montrer .que le climat, sous le rapport de la température moyenne, n'a pas changé par la destruction d'un grand nombre de forêts. Il pourrait se faire que la température moyenne restant la même, la répartition de la chaleur dans le cours de l'année fût changée, et, dans ce cas, le climat serait modifié. Néanmoins, M. de Humboldt reconnaît que le déboisement doit améliorer la température moyenne en faisant disparaître plusieurs causes frigorifiques.

» On n'avait pas pris jusqu'ici en considération, dans l'examen de la question, l'influence exercée par la nature du sol déboisé sur la température de l'air, question qui a été traitée assez complètement dans le Mémoire. La température du sol varie suivant qu'il est sec ou humide, calcaire^ sablewi; ou argileux. Les expériences rapportées dans le Mémoire ne laissent aucun doute à cet égard ; la difiérence de température entre une terre sèche et une terre humide exposées au rayonnei^nt solaire est de 6 à 7 degrés, la température de l'air étant de 25 degrés; pour l'humus, elle s'élève quelquefois à 12 degrés^ La nature du sol ainsi que la grosseur des grains exercent une telle influence, qu'une terre recouverte de caillouji: siliceux se refroidit plus lentement que les sables siliceux, et que les terTb^ caillouteuses conviennent mieux à la maturité du raisin que les terrains crayeux et argileux, qui se refroidissent plus rapidement. On voit par là combien il importe, dans l'examen des effets calorifiques résultant du déboiseiiient, d'avoir égard à la nature et aux propriétés physiques du sol ;

e'est làiqu'H* faut obercfaër r^pKoation diss rësultatâ eoiiitradietoires.obto^ au» par M. de Humboldt et par M. Boussingvult.

» On voit par là que le déboisement d'un terrain formé, d'us sol siieeux ou siltco-calcaire doit élever la température moyenne de Tair plus que* les autres tei:tes,touteS' choses égales d'ailleurs; l'exemple suivant en fournira la preuve. Les parties occidentales de l'Europe doiv^t la douceur de leur climat aux courants d'air chaud qui arrivent des déserts du Sahara, placés s&QS les mêmes méridiens, dans la direction du sud et du sud«<ouest (vent& du sud et du sud-ouest); or, si à la suite d'un cataclysme les sables du Sahara venaient à être boisés, ils ne s'échanfiferaîent plu&iautant queinaiih* tenant et notre climat deviendrait plus rude : c'est précisément ce qui arrive sous les latitudes moyennes de l'Amérique Bepjtontrionaie; Les régtca» tropicales du continent américain sont occupéesipar dé vaste» iforéts^ é'im^ menses savanes et de grands fleuves qui ne peuvent xlomier lieu à des<x)tt* raiits d'air aussi chaud que les sables du Sahara, et adoucir, les climatsde TAmiérique septentrionale, en venant s'abattredans les latitudes intoyennes; . aussi à latitude égale sont-ils pkis froids que les n6tres, à en juger par la direction des lignes isothermes et par les cuHures.

D Les effets du déboisemèltit sur' les sources et les quantités d'eau vive qui coulent dans une contrée sont les plus importants à considëcer; aussi* faut-il y faire une sérieuse attention. La difficulté de reeemnaître la causede ces effets est quelquefois si grande, que Ton ne peut dire à priori si une forêt ou une portion de forêt livrée au défrichement alim^te telle ou telle source, telle ou telle rivière. On ne le sait que lorsque le défrichement est effectué.

» Les sources, en général, sont dues aux infiltrations des eaux plavialeft, dans un terrain perméable qu'elles traversent jusqu'à ce qu'elles renrcontrenL une couche imperméable, sur laquelle dles coulent,. quand elle est inclinée, jusqu'à ce qu'elles puissent se faire jour^ soit en formant des, fleuve», des rivières ou des napper jaillissants; les eamx des fontaines et des pufit» n'ont pas* d'autre origine. Les grandes sources se Urouvent.ordirnairement dans les montagnes. Les forêts contribuent également à lafor-* maftien des sources^ non^seuleineait en raison, de l'humidité qu'elles, produisent et de la condensation des vapeurs par le refroidissement^., maia encore à cause des obstacles <{u*eUe8 <^f^[i08mil à l'évaporatioB de>l''eitta>qi4i se ti^oùve sur le sol, eMes radies des arbres qui^^ en dii^isaiil le soli, le

rident plus perméable et facilitent ainsi les infiltrations. On cite dans le Mémoire un certain nombre d'exemples qui sont caractéristiques; nous nous bornerons à mentionner ici trois des plus remarquables :

» Strabon nous apprend qu'il était nécessaire de prendre de grandes précautions pour empêcher que Babylone ne fût envahie par les eaux ; TEuphrate grossit, dit-il, à partir du printemps, dès que les neiges fondent dans les montagnes de TArménie ; au commencement de l'été, il déborde, et formerait nécessairement de vastes amas d'eau qui submergeraient les champs cultivés^ si l'on ne détournait ces eaux trop abondantes au moyen de saignées et de canaux, lorsqu'elles sortent de leur lit et qu'elles se répandent dans les plaines, comme celles du Nil. Cet état de choses n'existe plus aujourd'hui. M. Oppert, qui a parcouru la Babylonie il y a quelques années, rapporte que la masse des eaux transportées par l'Euphrate est bien moins grande que dans les siècles passés, que les débordements n'ont plus lieu, que les canaux sont à sec, que les marais se dessèchent pendant les grandes chaleurs de l'été, et que la contrée a cessé d'être insalubre. Ce retrait des eaux est attribué, nous a-t-il assuré, au déboisement des montagnes de l'Arménie.

» Choiseul-Gouffier n'a pu retrouver dans la Troade le fleuve Scamandre, qui était encore navigable du temps de Pline ; son lit est aujourd'hui entièrement desséché ; mais aussi les cèdres -qui couvraient le mont Ida, »ù il prenait sa source, n'existent plus.

» M. Boussingault rapporte le fait suivant, qui est également d'une grande importance :

».La vallée d'Aragua, province de Venezuela, située à peu de distance de la côtO) est fermée de toutes parts ; les rivières qui y coulent n'ont pas d'issue vers la mer ; en se réunissant elles donnent naissance au lac de Tacarigua qui, au commencement du siècle, d'après M. de Humboldt, éprouvait, depuis une trentaine d'années, un dessèchement graouel dont on ignorait la cause. La viHe de Nueva-Yalencia, fondée en 1555, était alors à une demi-lieue du lac; en iSOO, cette ville en était éloignée de 2700 toises.

» En 4822, M. Boussingault apprit des habitants que les eaux du lac avaient éprouvé une hausse et que d^ terres qui étaient jadi^ cultivées se irouvsâent sous- les eaux; mais aus^, dans l'espace de vingt-deux ans, la vaUëe avait été le théâtre de luttes sanglantes durant la guerre de l'ii^ié-

peodance : la population avait, été décimée, les terres étaient restées incultes, et les forêts, qui croissent avec une si prodigieuse rapidité sous les tropiques, avaient fini par occuper une grande partie du pays.

» Ne craindrait-on pas que si l'on venait à défricher une grande forêt dans le voisinage d'une contrée fertile n'ayant que des eaux de source, on ne tarît celles-ci au point de l'appauvrir ?

» En discutant l'importante question de l'influence du déboisement sur les cours d'eau et les sources, on arrive aux conclusions suivantes :

» 10 Les grands défrichements diminuent la quantité des eaux vives qu coulent dans un pays ; 2o on ne peut décider encore si cette diminution doit être attribuée à une moindre quantité annuelle de pluie tombée ou à une plus grande évaporation des eaux pluviales, ou à . ces deux causes combinées, ou à une nouvelle répartition des eaux pluviales ; 3o la culture établie dans un pays aride et découvert dissipe une partie des eaux courantes ; 40 dans les pays qui n'^ont point éprouvé de changement dans la culture, la quantité d'eau vive paraît être toujours la même; 5o les forêts, tout en conservant les eaux vives, ménagent et régularisent leur écoulement; 60 l'humidité qui règne dans les bois et l'intervention des racines pour rendre le sol plus perméable doivent êtres prises en considération ; 70 les déboisements en pays de montagne exercent une influence sur les cours d'eau et les sources; en plaine, ils ne peuvent agir que sur les sources. On voit donc que l'action exercée par les forêts sur les climats est extrêmement complexe.

» Avec les moyens d'assainissement que l'on possède on n'a plus à craindre les marécages à la suite des déboisements.

» Le reboisement des motitagnes est une opération de première nécessité pour leur conservation. On en cite plusieurs exemples dans le Mémoire.

» H ne faut pas croire que le déboisemant d'un pays entraîne toujours avec lui la stérilité ; nous citerons pour exemple l'Angleterre et l'Espagne, qui n'ont, Tune que 2 pour 400 de superficie boisée, l'autre 3,17. La premièrOj qui a un climat marin, est exposée très fréquemment aux venta d'ouest et de sud-ouest, chargés de vapeurs au maximum de saturation et qui se changent en brouillards par le moindre abaissement de température. L'Espagne n'a pas un climat semblable, mais ses parties les plus fertiles sont en général celles qui sont situées dans les vallées arrosées

par de grands fleuves ou à peu de distance ; mais les vastes plateaux de TAragon et de la CastiÔe, etc., sont de véritables déseHs.

» Le déboisement d'une contrée sableuse peut entraîner Tensablement des plaines voisines, comme il est facile de le concevoir en s*appuyant sur Texplication que M. Chevreul a donnée de la formation des dunes dans les landes de Gascogne : les vents chassent les sables jusqu'à ce que ceux-ci rencontrent un obstacle ; il se forme alors un bourrelet ou une suite de dunes qui arrêtent les eaux, lesquelles s'inQltrent dans le sable et humectent la base des dunes. Ces eaux, par Taction capillaire, font adhérer entre eux ces grains de sable et les fixent au sol ; les vents enlèvent seulement la partie supérieure, qui va former de nouvelles dunes en avant, et ainsi de suite.

» Une forêt interposée sur le passage d'un courant d'air humide chargé de miasmes pestilentiels préserve quelquefois de ses effets tout ce qui est derrière elle, tandis que la partie découverte est exposée aux maladies, comme les marais Pontins en offrent des exemples ; les arbres tamisent donc l'air infecté et l'épurent en lui enlevant ses miasmes.

» La dernière partie du Mémoire est relative à la consommation industrielle et individuelle de tous genres de combustibles à Paris, que Ton a rattachée à la question générale, par cette considération que les approvisionnements en bois et charbon de bois se font dans un rayon de cinquante lieues autour de la capitale et qu'ils exercent une influence sur l'aménagement des bois des particuliers, comme on- le verra plus loin.

» On a pris en considération ; i© l'accroissement de population; 29. les. qua&titéS) dé combustible consommées; aân de savoir qu'elle est la quantité de houille qui entre dans la consommation individuelle, concurremment avec le bois, on a rapporté chaque combustible, même les composés hydrogéaéSj à une unité commune, le 'carbone pur.

» On a ainsi te» côeffîdents par lesquels il faut multi{>lter tusie quaniité donnée 'de^ cotnbtetible' poul' àrv'oir lO' nombre de quintaux métriques de. carbone qui produit là même quantité de chaleur que 'le combustible.

» Des plàtiches annexées au Mémoire donnent les tracés graphiques : 40 de la population de A^i à \9^i ; 2o dui nombre de stères de tous-bois, d*hiectoIitres de tharbom dé bois et d^ charbon de terre consomméis à Parisi de tSOO' à l^<&4; tracée ab^tts< en prenant pottr àâ]8ci8ses<led:aiBDéc»'ei

pour ordontfjes le AOlnbte d'habftdïits, (te âOète^, 'éVt. Gé»iétttk coihdiiisent aux conséquences saivaMes :

» 40 G*est sous l*èfe consulaire, de 4S04 à 4»W, que la consommation du bois a été la plus considérable ; sous Père in\périale elle a été fortement en baisse, puis elle s'est relevée sous la Restauration pour redcScetodre de 4 996 à 4S34. Enfin fô mouvement de baisse est devenu déplus en plus considérable jusqu'en 4848, au point d^alarmer les propriétaires. A partir de cette époqae, là hausse s'est manifestée sensiblement et continuel^ leurs craintes se sont donc dissipées.

» ^o La consommation du charbon de bois croît à peu près propoftionnellemefnt à la population, parce qu'il convient mieux à la classe pauvre que le charbon de terre. On va en voir la conséquence pour Taâië^ nagèment des bois.

» 30 Le tara«é de la direction moyenne de la consommation de latouill^ a une allure assez régtilière, puisque c'est celle d'une courbe analo^e aux logarithmiques, et dont on a donné l'équation. Cette forme indique que Taccroissement de consommation de la houille est très rapide. Ce tracé montre rinfluenee des événements de 1830 et de 4848 sur la consommation de la houille, influence qui n'a produit que des temps d'arrêt momentanés sur l'accroissement annuel progressif.

]> An moyen des coefficients dont il a été parlé précédemment, on a trouvé qu'en 4824, époque où la houille n'entrait pas encore dans la consommation individuelle, celle en bois s'élevait à i quint. 46 de carbone. Cette quantité a été successivement ea diminusini, et elle n'était plus en 4864 que de 0 quint. 687 ; ce qui manque en carbone pour atteindre le chiffre 2 quint. 46 est fourni évidemment par la houille. Or, si par une cause quelconque l'approvisionnement en charbon de terre venait à diminuer, on serait dans la nécessité d'aller chercher le bois au loin pour les besoins de là capitale; le prix en serait alors très élevé; mais si le défrichement continuait comme on l'a vu précédemment, le bois finirait par être à un prix exorbitant dans un àveaîr plus, ou moin» éloigné.

» La grande consommation du charbon de bois engage les propriétaires à couper leurs bois à quinze ou seize ans, et même au-dessous, au lieu de dix-huit à vingt ans, afin d'avoir plus de bois à charbon, dont le prix est élevée et de l'écorcé de meilleure qualité pour la tapnerie, écorce dont le prix est presque doublé. Cet aménagement est le dépérissement des. bois

des particuliers ; car il a pour conséquence la destruction des réserves, Taltération plus fréquente des souches, renvahissement du bois blanc à la place du chêne, et par suite la dégénérescence des bois. Les futaies finiront donc par ne plus se trouver que dans les forêts domaniales ou dans les bois communaux. ^

» Tel est le tableau de la situation actuelle des forêts et des bois en France, tableau qui ne sera pas contesté, nous le pensons, par les hommes s' occupant par état de tout ce qui concerne leur aménagement et leur conservation.

» La Grande-Bretagne, qui n'a plus que 8 pour 400 de superficie boisée de sa superficie totale, et l'Espagne 3 pour 400, sont tributaires deFétranger pour différents produits des bois indispensables à l'industrie. Prenons garde que la France, dont le rapport entre les deux superficies est encore de 46, /7 pour 400, ne se trouve dans le môme cas, dans un avenir éloigné à la vérité, par des défrichements hors de proportion avec les besoins de Tagriculture, car le reboisement des montagnes et des terres sableuses en arbres verts, du moins en grande majorité, mesure très^sage à la vérité, est une faible compensation pour le défrichement des forêts et des bois en plaine peuplés principalement en chêne.

» En terminant, nous dirons qu'on améliore le climat d'un pays en défrichant les landes, assainissant les terrains marécageux, boisant les montagnes et tous les sols non agricoles qui ne présentent pas le roc nu; indépendamment de cet avantage, il en résulte une augmentation de richesse publique et des ressources précieuses pour les éventualités de l'avenir. »

JOURNAL DE LA MEURTHE ET DES VOSGES (Nancy)

Mardi 23 Mai 1865.

— Nous recevons de Blâment, le 45 mai 4865, une note très- intéressante sur les résultats de l'aliénation des forêts de l'Étîit. Nous la résumons comme suit, en tâchant de lui laisser son caractère de netteté pratique :

:« Voti^ article de ce jour sur la vente des forêts, est très-bien rédige et très-clair ; mais la plus importante question n'y est pas traitée. Je suis surpris que vous Tayez omise ; la voici :

x> U est vrai que les forôts de l'État ne rapportent que 2 ou 3 pour O/o, moins que les forêts des particuliers, parce que les forêts de l'Etat sont assujetties à certaines règles dont les gardes généraux les plus intelligents ne peuvent s'écarter.

D Mon père est mort en 4847, après avoir administré une forêt particulière pendant 59 ans.

» Dès ma jeunesse, j'ai travaillé avec lui, j'ai donc pu pro&ter de ses leçons, j'ai même gardé jusqu'à, présent, bon souvenir de tout ce qu'il m'a raconté.

» C'est en 4788 que mon père a commencé à administrer cette forêt, contenant environ mille hectares tant sapinières que bois à feuilles. A cette époque (4788) le bois de corde se vendait 4 fr. 50 c. le stère, les planchés, choix et rebuts, f& fr. le O/o, et le propriétaire retirait, au plus, 6 ou 8 mille livres, de sa propriété. Plus tard, en 4805, le bois se vendait 4 fr. 50 c.^ les planches 45 fr. En 4825, le bois valait 6 fr., les planches 60 fr. Aujourd'hui le bois se vend 8 fr,, les planches 80 fr. Enfin, j'ai vu offrir, en 4800, une forêt pour 25,000 fr. ; on la vendrait, aujourd'hui, 400 mille francs.

» En 4845, j'ai vu des petits bois isolés vendus par l'État, et que j'ai fait exploiter moi-même; l'un a été vendu 40 mille francs, l'autre 45,000. Les acquéreurs ont coupé, pour les payer, tout le bois ayant quelque valeur, ils n'ont laissé que le simple fagotage. Aujourd'hui ils sont en plein rapport ; on peut couper annuellement dans l'un pour 4 ,000 fr. et dans l'autre pour 4,500 fr. Je vous citerai encore une forêt mixte, c'est-à-dire 4/2 sapin 4/2 feuilles ; on me l'a offerte pour 80,000 fr. La compagnie des verreries l'a achetée ; elle a coupé de 4843 à 4860 pour 432 mille fr. A cette époque, elle a été vendue 480,000 ifr. Je garantis qu'aujourd'hui, il y aurait profit à l'acheter 200 mille. Je pourrais vous citer plus de cent exemples pareils à ma connaissance ; mais je pense que ceux-ci suffisent pour vous faire voir que l'État gagnerait en empruntant à 40 pour 0/0 plutôt que de vendre ses forêts, qui, cependant, ne lui rapportent que 3 pour 0/ft. ' -

» Autres considérations : j'ai vendu, dans ma jeunesse, 40 fr. le cent

^$«(i«el$>^^coieies,4^.cAi^;'<39lk^^ ftnnéQ;iLa« enfants éôs mêmes tanneurs l'ont payé 450 fr. Jl:y «jd^àphis 4e dix ans- qu'ils le payaient 400 fr. ; mais voilà la première foi&qu'sJs lapaient aussi cher, et Dieu çeul .sailj eût oeta s'arrêtera. . Il y a S!i5 ans, je payais 6 k, une paire de 60uliBi:is.feFi7ë&. Aujourd'iiui je la paie i3 fr.

y> Maintenant, quand on 4)acle de a^étservier qu'on ne défrichera pas, e^a est aussi périlleux que de faire garder un fromage p«r un chat.

» Squfi le gouvenDemént /de. 'Juillet) on «écoutait cette clause à la vente de presque toutes les forêts que l'État a vendues, et malgré la ^éfraise primitive, on a obtenu plus tard la peisnjssion de défricher. Ces défrichements n'ont produit que de trèst-mauvaiBes teirres; aujouml'^ui les 7/8 sont en friches. Ce ne sont pas des terres qu'il faut pour produire, c'est du âimôer, et dans tous les bois déMohés xie laMenrthe, on^o'en n'a pas ^fait 40 hectares qui* poissent mériter le nc»n dô terres proàuî^ives. Enfin, le prix du bois est tellement'élevé, q^ le pauv^ ouvrier estime la dépense <^e son chaçfilage aussi chère que sa location et son habillement. Peut-on dire encore que les forêts se renouvelleât annuellement, et que les mines de houille ne &ont pas inépuisables; et ne le lussent-elles pas,, il n'y en a pas partout» .

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