NOS FORETS
M» Fottld ^t un financier dont l'esprit abonde en ressources; il a des vues ^ley^es, et Tessor d^ sa pensée dépasse de beaucoup les horizons, pourtant très vastes, des intérêts présents. Nous craignons toutefois que dans la grande quesUon forestière qui s'agite en ce âioment il n'ait fait quek{ues erreurs de calcul et que le ministre des finances n'ait trop pesé, en lui» sur l'homme d'État, en poussant plus loin qu'il ne conviendrait les
conséquences de cet axiome : « S'il est bon de ménager les forêts, il est
meilleur de ménager le crédit. »
Il s'agit, comme gn sait, d'aliéner de 80 à 400,000 hectares de forêts
pour obtenir une somme de 100 millions de francs destinés à des travaux
publics.
M. Fould n'est pas le premier qui ait cherché des ressources pécuniaires
dans la vente de notre domaine forestier, et il a cru devoir s'appuyer sur
la mesure analogue qui fut prise en 4847. Le Gouvernement de Louis XVIIl vendit alors 4!SI2,000 hectares de bois
qui rapportaif^nt par an ^,206, 000 francs, et avec le prix de la vente il ra> cheta une rente de 5,500,000. a Belle opération ! » dit M. Fould. Et il en fait ressortir tous les avantages, en démontrant que la France, depuis 4847 jusqu'en 4865, a gagné à cette aliénation une somme nette de 473 millions. Si la France avait, à cette .ipoque^ kûp d^ bois, l'opération était sans contredit excellente, au point de vue de l'économie politique; dans le cas contraire. Bile aurait été détestable, malgré le gros bénéfice réalisé par le Gouvernement; mais précisément parce qu'on l'a faite en 4847, parce qu'on l'a renouvelée de 4834 à 4835, et parce que, depuis lors, on a autorisé le défrichement de superficies boisées considérables^ nous nous demandons avec une certaine inquiétude, s'il n'est pas temps de s'arrêter
dans cette vQîe, et si la mesure proposée ne serait paa daog^reuBe ai;ûourd'hui pour te pays.
Kc^^s ne pouvons nçus empêcher de songer, en effet, indépendamment de toutes considérations d'hygiène publique et dç pfiécanique providentielle, s'il est permis f}]en)plQyer cette expression, que pendant qu'on aliéinait )qs forêts la population augmentait de 6 millions et depû d'hainianta . (de i^%^ à ^^^\ et qup l'indp^^rie^ dont le bois est un des élément» les plus importants, se développait en même temps dans des pr<^porMQns inônii][)eQt plus grf)n4^ que la pop^l||tiop elle-même.
On noifs fait, il e$t vrai, quatre objections, qui seraient péremptoires si el\es reposaient sur des faits absolument exacts. On dit donc t \o Que la superficie boisée de la France, s'est accrue et que, à la suite des lois de. \^f! et de 4860, relatives ,a^. rebo^ement, elles ont augmenté ()e 500,000 hectares, dont 300,0j00 pour les terrains domaniaux, ce qui compensa largemef^t l'aliénation de sp ^ 400,000 hectares qu'on demande;
^0 Que c^tte aliénation, qui sera si libéralement compensée quand les nouveaux bois auront pris leur croissance, est inoffensive aujourd'hui même, puisque la consommation du bois diminue par l'usage, de plus en plus répandu, du fer dans l'industrie et de la houille pour le chauffîige ;
30 Que nos besoins diminuent si évidemment, que nous voyons nos exportations en bois augmenter et nos importations demeurer stationnaires;
[ 4o Qu'en déboisant en plaine les 80 à 100,000 hectares demapdés, on augmentera d'autant l'étendue des terres labourables.
Cette dernière considération, nous l'avouons tout d'abord, ne sautait nous toucher. Les terres labourables sont, pour le moment, bien suffisantes, puisque les bras manquent pour les cultiver, et dans le cas où elles deviendraient insuffisantes, Jacques Bonhomme a derrière lui une réserve bien autrement grande que les 500,000 hectares qu'on lui offre, la réserve de 21,728,4 i SI hectares de pâturages et de landes cultivables, dont il ne manquera pas de tirer profit, *dès qu'il se sentira trop à l'étroit dans les champs qu'il laboure aujourd'hui.
Passons donc à la première objection, fondée sur l'accroissement da^ super^cies boisées.
On est tout naturellement porté, pour contrôler cette assertion, à comparer ensemble la statistique officielle des superficies boisées, publiée à
différentes ëpoqu^i Nàtis en avons en ce moment môraé cinq sous les yeux, y compris celle que M. Fould vient de présenter à Tàppui du projet de loi. Or, si nous comparons la plus ancienne, 'celle de* 4 834; avec la sienne, nous arrivons à ce résultat que, de 4834 à 4865, la superficie des bois de TÊtat, des communes et des établissements publics; au lieu d'avoir augmenté, aurait éprouvé une diminution de 433,987 hectares, la statistique* de 4834 la portant à 3,350,000 hectares et celle de M. Fould à 3,246,043 hectares.
Mais nous voulons être justes avant tout, et nous ne ferons pas au Gouvernement la mauvaise plaisanterie de prendre au sérieux ce résultât. Toutes les statistiques publiées manquent d'exactitude, parce qu'en raison des cantonnements, des droits d'usage, des échangés, des partages, de la remise des semis des dunes, des rectifications de contenances, des aliénations, il a été jusqu'à présent impossible de fixer la véritable étendue des bois de l'État, et encore plus impossible de fixer celle des bois des communes et des particuliers.
Nous avons toutefois un autre moyen beaucoup plus sûr d'apprécier, non pas la superficie totale dé nos bois et forêts, mais les accroissements ou les diminutions qu'ils ont pu éprouver : c'est d'étudier les documents oflBciels relatifs aux défrichements et aux reboisements. Ce travail vient d'être fait par un homme aussi grave et aussi consciencieux qu'il est savant, M. Becquerel, membre de l'Académie des sciences et professeur de physique au Muséum d'histoire naturelle. Voici donc comment s'exprime M. Becquerel, dans un mémoire lu à l'Académie des sciences le 22 mai dernier :
« Depuis seize ans on autorise annuellement le défrichement d'environ 45,000 hectares. On peut évaluer à une contenance de 9,000 hectares les défrichements au-dessous de ,40 hectares en plaine et les défrichements illicites. Si l'on ajoute encore à cette contenance 6,000 hectares de bois domaniaux et 4 ,000 hectares de bois communaux, on arrive à un total d'environ 34 ,000 hectares qui représente très-approximativement la surface boisée, livrée chaque année au défrichement. On ne sait pas encore officiellement si la totalité est défrichée. Or, si le défrichement n'éprouvait pas un temps d'arrêt et qu'il fût effectué en totalité, on aurait défriché en un siècle 3,400,000 hectares sur 8,804,550 hectares représentant la superficie boisée dé la France.
. Mm si roo débqise d'un, côté, dit-on, on rehioise de Tautre. Cela. e$t vrai ; voyons s*il y a compensation. Ce n'^est que depuis la promulgs^tion de la loi du 28 juillet 4860^eradministjration des forets s'occupe durebqisepe^t des terrains autres que les terrains domaniaux ou comniunaux. soumis au régime forestier, et encore ne Teffectue-t-on qu'en pays de montagne, avec subvention de FÉtat, ce qui ost le principal stimulant de ces sortes de travaux*
Pendant les quatre dernières années, le nombre d'hectares reboisés en pays de montagne, a été de :
Pour les communaux 28,403 h. 07 c.
Pour les particuliers 6,064 43
Pour les domaniaux 6,843 50
On a donc reboisé en moyenne, annuellement, 40,000 hectares^ tandis qu'on a eu la faculté de déboiser environ 34,000 hectares.
Ces reboisements se sont faits, pour la plus grande partie, en arbres verts, car ces arbres y entrent pour 0,74 et les autres espèces pour 0,26. Ces 44 ,007 hectares 70, reboisés en pays de montagnes ne peuvent être considérés comme remplaçant un pareil nombre d'hectares d'anciens bois défrichés en plaine, vu la différence des essences.
On plante également des pins dans les sables de la Sologne et dans les landes de la Gironde, et môme des chênes dans ces dernières; mais ce sont là de bien faibles compensations pour la perte des forêts en chênes et autres bois servant à l'industrie. L'aménagement des forêts en futaies de chênes ne convient qu'à l'État et aux établissements publics, les particuliers étant conduits par la force irrésistible des choses, à exploiter les bois taillis à courte révolution et à hâter par là leur dépérissement. »
Ainsi donc, au sein de l'Académie des Sciences, qui, n'apportant dans ces questions aucun esprit de parti, ne se préoccupe que de la vérité et de l'intérêt général, au sein de l'académie, disons-nous, on pense et on constate que la loi de 4860 n'a nullement xx)mpensé, ni quant à l'étendue reboisée ni quant à la qualité des essences, la diminution du sol forestier, occasionnée par l'action constante et pour ainsi dîre îiofmale des défrichements autorisés ou illicites. La situation sera 1)ien autrement accentuée
si, aux terrains déboisa annuellement, on ajouté lés SO à iOO mille hectares dont le Gouvernenîelit demandé raliënation.
Ces forêts ne seraient pas, sans doute, dëfriè^ées en totalité; mais la petite partie qui serait conservée cesserait, pour les motifs si bien Indiqués par M. Becquerel, d'être aménagée en hautes futaies et ne livrerait plus à l'industrie les grands bois qui lui sont nécessaires.
Est-il certain du moins, que la consommation du bois dlniimié par Tusage de plus en plus répandu du fer et de la houille ?
Un autre membre de TAcadémie des scienôes, M. Péllgot disait dans son cours : ' . . ,
« La production totale de la France, en fer et en fontCf ne représente, à raison d'une pesanteur spécifique de 7,5, qm la centième partie environ du hûiâ employé dans les constructions et dans Tindustrie. » La seule industrie des chemins de fer, qui, il y a dix ans, employait par an cent mille mètres cubes de bois, en emploie aujourd'hui six cent mille. Il y a dix ans, le total de nos importations et exportations en merrains était de 44 millions de merrains; et ce chiffre s'est élevé en 4863, à t% millions, dont 214 millions importés de l'étranger en France ; il y a dix ans, le chiffre total de nos importations et exportations en bois de toute nature était de 66,700,000 fr. en 4863, il était de 466,700,000 francs.
Quant à l'accroissement de la consommation pour la France en particulier, il est constaté par le tableau annuel de nos importations, et nous édifierons suffisamment nos lecteurs en reproduisant, d'après les documents publiés par l'administration des douanes elle-même, les cbifi'res de nos importations et de nos exportations depuis dix an^ :
Importations^ Exportations.
$8.500.000 fr, 8.200,000 fr,
- su -
En 1854, nos importations Tempottaient donc de 50,300,000 francs sur nos exportations, et en 4S6d elles remportaient de 99,700,000 fi*ancs, c'est-à-dire que la consommation du bois a doublé en France dans une période de dix ans.
L'aliénation de 80,000 hectares de forêts nous parait donc inopportune dans Tétat actuel des choses, puisqu'il résulte, avec une entière évidencCt des tableaux des douanes, que les bois existants ne suffisent pas aux besoins croissants du pays. Nous ne saurions donc trop engager le Gouver*nementà se tourner d'un autre côté pour obtenir le crédit qu'il veut consacrer aux travaux publics, et nous avons trop de confiance en M. Fould, nous faisons trop grand cas de son habileté pour supposer qu'il puisse éprouver des difficultés sérieuses à se*procurer, en dehors de l'aliénation forestière les ressources dont TËtat a besoin, et qui doivent être reportées sur six exercices consécutifs.
ALKX. BONNBAV.
JOURNAL DE LA MEUaTHE ET DES VOSGES (Nancy).
Mardi 6 Juh, 1865.
Décidément, aliéner les forêts de l'État est un autre Deknda Carthago pour certains esprits.
L'autre jour, c'était M. le Sénateur Fould, qui, prêtant l'appui de son éloquence à M. le Ministre des Finances, soutenait chaleureusement, dans le sein du Sénat, le projet soumis au Corps-Législatif. Aujourd'hui, c'est M. Michel Chevalier, qui reprend la thèse en sous-œuvre dans le Journal des Débats, et qui Tétaie de nouveaux arguments. Cette fois, il ne s'agit plus seulement du projet d'aliéner 80 ou 100 mille hectares de bois domaniaux ; il est question du principe même de la propriété forestière par l'État, voire de la conservation des forêts de plaine, en général. Après le point de vue fiscal, le point de vue... j'allais dire économique; -mais non, car les arguments de M. Michel Chevalier» savant économi!=5le cependant, n'ont de scientifique que le nom de leur auteur.
~ Par son côt4 fiscal, la question est jugëe, en dépit des arguments de M. le Sénateur Fould. Les moyens de faire face à une dépense extraordinaire de 360 millions, voilà ce qu'on cherche.
Eh bien, chacun sait, et ceux qui ont lu le budget de 4866 le savent mieux que personne, — que les excédants de recettes sur lesquels compte M. le Ministre des Finances pour faire face à 360 millions de travaux extraordinaires, sont des ressources très-hypothétiques. Il serait donc trèsprudent de ne dépenser ces 360 millions qu'après les avoir réalisés. Aucun des budgets précédent^ ne s'est réglé par un excédant. Gomme pour produire l'équilibre^ il a fallu faire figurer en recette des sommes dont le recouvrement est extrêmement incertain, il est peu probable que l'année 4866 soit définitivement plus heureuse que ses devancières. Changer contre des excédants nos déficits accoutumés, nous pouvons désirer cela comme M. Fould ; mais nous avons le droit de le moins espérer que lui. Qui a lu M. Thiers en désespérera tout à fait.
Restent les 4 00 millions à obtenir par voie d'aliénations. Ici la recette est certaine, mais l'opération est-elle bonne en soi ? Est-il sage de vendre des forêts pour 400 millions, sans compter la chance de solder des travaux exécutés d'avance, en vue d'excédants qui ne se produiront pas, au moyen d'aliénations nouvelles. Celles-ci, on les 'demanderait en alléguant que leô dépenses sont déjà engagées, en arguant de mécomptes sur lesquels.. ^ nous pouvons compter. Comment résister aiors^? Il sera trop tard.
Supposons qu'on s'en tienne au projet primitif, et qu'on n'aliène que pour 400 millions de forêts.
Ici nous touchons au problème soulevé par M. Michel Chevalier.
Est-il bon de sauvegarder l'existence des forêts? Peut-on sans péril les livrer au défrichement?
M. Michel Chevalier ne voit pas de quelle utilité est la conservation des bois. Il prend à partie ceux qui ne les veulent pas abandonner à la destruction, et cela au nom des principes de la science économique.
Comment lui, qui est un savant économiste, peut-il ne tenir aucun compte du caractère spécial de la propriété forestière?
Il nous donne rendez-vous sur le terrain de la théorie. Soit. Dans ce champ-clos, les adversaires du projet d'aliénation ne sont pas moins forts qu'ailleurs.
Qu'est-ce que le bois sur pied? Un produit naturel du sol. Dans la valeur
du bois sur pied, quelle part est celle des frais de production ? Où sont les frais de production? L'impôt, les frais de garde, direz- vous. Oui, l'im" pôt, 4 franc par hectare pour frais de garde, quelques élagages, si vous voulez, dans les pays de sylviculture avancée. Et puis après?
A quoi correspond donc la valeur du bois sur pied, impôts, frais de garde et d'élagage déduits? A la rareté du bois sur pied, comparativement à la demande. Le bois sur pied n'a de valeur que parce que la demande excède Toffre, et dans la mesure où Toffre demeure inférieure à la demande.
Qu'est-ce que doit désirer la société? Que l'offre reste telle comparativement à la demande, que le bois sur pied ait le lûbins de valeur possible ; car alors le consommateur ne paie pas les services gratuits de la nature ; — que l'oflFre descende à un niveau tel qu'il y ait intérêt à posséder des forêts, parce que dès qu'il y a intérêt à posséder des forêts, les forêts trouvent des gardiens, et ce sont des gardiens qu'il faut aux forêts dans l'intérêt de la société. Tant que les forêts n'ont pas de gardiens, elles sont livrées au pillage du premier occupant, ce qui amène leur ruine et la pauvreté de tous en richesses ligneuses. Or, elles ne trouvent de gardiens qu'à dater du jour où il y a intérêt à les posséder.
Ce gardien peut-être soit la nation tout entière ou l'Etat, soit la commune, soit un simple particulier.
Si l'on se place au point de vue de l'intérêt privé, il est clair que pour le propriétaire de forêts la destruction des bois voisins est désirable, car, sans faire aucune espèce d'efforts, il voit ses produits naturels gagner de valeur entre ses mains, par le simple effet de leur rareté croissante. Mais l'intérêt de la société, est-il que le bois devienne plus rare et plus cher?
Si l'on se place au point de vue particulier d'un budget communal, il est clair que l'intérêt de destruction est le même. Mais la société a-t-elle intérêt à ce qu'on détruise, à ce qu'on défriche ?
Si l'on se place au point de vue fiscal, le Trésor a intérêt à ce qu'on défriche, à ce qu'on détruise, car ce qu'il possède prend plus de valeur entre ses mains. Mais la société, les citoyens, les consommateurs, ont-ils intérêt à payer le bois cher parce qu'il est rare?
Poser la question dans ces termes, et, n'en déplaise à Michel Chevalier, ce sont les vrais, c'est la résoudre.
La perfection serait donc que dans toute société les forêts devinssent la
ettose de quelqu'un, dès que le bois sur pied prend de la valeur, mais que ce quelqu'un ne pût détruire.
La perfection serait qu*en France les forêts eussent été respectées, à dater du jour où le bois sur pied a pris de la valeur. Il y a longtemps que ce point est dépassé, et, que les détenteurs de forêts se rassurent, il n*est au pouvoir de personne de nous y ramener.
On parle de reboisements. C'est une entreprise extrêmement louable; mais, à supposer que les reboisements commencés réussissent aussi bien qu'on le dit, nul homme vivant ne se promènera à leur ombre, et n'y coupera une traverse de chemin de fer.
En attendant, les bois de construction ont doublé ou triplé de valeur depuis environ un demi-siècle.
Encore une fois, que les propriétaires de bois se rassurent. Le capital que représente leurs forêts n'est pas près de s'évanouir entre leurs mains par l'avilissement des produits.
Mais voici la question.
Faut-il rendre encore plus étroit, par de nouveaux défrichements, le monopole légitime dont ils jouissent ?
M. Michel Chevalier nous dit : oui, et il nous montre du doigt les forêts du Canada, des États-Unis et du Brésil. Nous répondons : non, en lui montrant du doigt les contrées dénudées et arides de l'Orient et du midi de l'Europe. Qu'importe les richesses du Canada et du Brésil, si elles ne peuvent nous arriver que grevées de frais de transport plus onéreux que le monopole des détenteurs français^ Il importe beaucoup, au contraire, de ne pas nous éloigner encore davantage du point QÙ, nous aurions dû nous arrêter ; du point, où chez nous, sans risque d'être séparés de nos approvisionnements par une guerre, à côté de nous, sans surcharge de gros frais de transport, nous aurions joui à peu près gratuitement d'un bien naturel, offert gratuitement aux hommes par la Providence. Reste la question de 'Bavoir s'il vaut mieux pour la société que les forêts soient des biens domaniaux ou des propriétés particulières. Là encore nous sommes prêts à suivre M. Michel Chevalier et nous l'y suivrons s'il transporte le débat sur ce terrain.
A. DE Metz-Noblat.
LE TEMPS
Mercredi 7 Juin 1865.
Quoique nous soyons opposé en principe, ainsi que nous l'avons montré, à Taliénation des forêts de l'État, ou plutôt précisément parce que nous y sommes opposé, Timpartialité nous fait un devoir d'accueillir la correspondance suivante, que sa signature rec^ommande puissamment à Tattention publique :
AU RÉDACTEUR
Monsieur le rédacteur en cbeff
Au moment où le projet de loi, qui demande la vente d'une partie, des forêts appartenant à l'État, va être discuté au Corps-Législatif, je crois utile de faire connaître toutes les démarches dans le département du Haut-Rhin, pour arriver au déboisement des forêts impériales qui couvrent nos plaines, et que nous sommes désireux de voir beaucoup plus utilement employées par nos agriculteurs, en prairies surtout, au moyen de canaux d'irrigation alimentés par les eaux du Rhin.
Cette question occupe depuis un grand nombre d'années déjà notre conseil général, qui a été unanime à demander à l'État un commencement considérable de vente et de défrichement de ses forêts. L'année dernière, à la suite de quelques objectioQS faites par le ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics, il a été envoyé Une réponse av préfet, pour être communiquée au ministre, par un comité provisoire, qui s'est constitué en vue de suivre cette affaire. Pour éclairer cette importante question, je crois ne pouvoir mieux faire que de vous envoyer copie de cette lettre, avec prière de vouloir bien l'insérer dans votre journal. Veuillez agréer etc.,
JKAN DOLiFUIl.
A if. le préfet du Haut-Rhin.
Mulhouse, 15 juin 4864.
Monsieur le préfet, -
^ Vous savez que nous nous intéressons tout particulièrement au dëfrichement des forêts de la Harth, et à Tirrigation des terrains déboisés, au moyen d'un canal alimenté par les eaux du Rhin, et destiné à irriguer en même temps les terrains sablonneux qui se trouvent le long de ce fleuve, et qui ont aujourd'hui fort peu de valeur. Vous avez donc biea voulu nous communiquer la lettre qui vous a été adressée le 23 février dernier par M. le ministre de Tagriculture, du commerce et des travaux publics; cette lettre a trait à la demande de défrichement faite à la suite des études ordonnées par le département.
Nous venons répondre à cette lettre, et il nous sera facile de faire ressortir tout ce qu'elle contient d'erroné, et les grands avantages qui résulteront du projet soumis à S. Ex. M. le ministre des travaux publics.
Dans cette entreprise, l'intérêt général ne serait point sacriûé à l'intérêt particulier. La Société qui se constituerait pour entreprendre l'achat d'une partie des forêts de l'État et leur défrichement, ainsi que la construction d'un canal d'irrigation, se contenterait de bénéfices très-modérés, et il ne pourrait en être autrement, car la construction du canal exigerait une dépense très-considérable.
Outre l'irrigation des terrains déboisés, on donnerait de l'eau à des conditions modérées (soit au prix de 25 à 30 fr. par hectare^, aux cultivateurs qui ont de fort mauvaises terres le long du Rhin, et Ton en doublerait facilement ainsi le revenu actuel.
Les forêts de la Harth, dans le département du Haut-Rhin, ont une superficie d'environ 45,000 hectares; elles sont aménagées à 35 ans, et, depuis une dizaine d'années, les bois sur pied se vendent habituellement 4 ,200 fr. par hectare en moyenne ; depuis deux ou trois ans, ce prix a même été porté de 44 à 4,500 fr. comme maximum pour les bois de 35 ans.
Il est complètement inexact de dire que le rapport pour l'État pourra être prochainement de 50 fr. net par hectare. Le revenu actuel, si on
le calculaîï à âô fr. en moyenne par an, serait encore trop élevé. En effet, en ajoutant l'intérêt de 5 0/0 chaque année, pendant 35 ans, la sommé de 20 fr. produirait 4,800 fr., chiffre bien au-dessus de ce que produit le bois après 3S ans, même en prenant pour base les prix les. plus . élevés, obtenus exceptionnellement.
Il faut aussi porter en compte les frais du personnel (jui, pour, les 15,000 hectares, ne doivent pas être au-dessous de 30,000 fr. par an, 3oit 2 fr. par hectare. Il y. a d'autres frais encore à déduire, pour les chemins et leur entretien, pour maisons de eardes-forestiers, etc.
De ces calculs, il résulte que, le revenu, loin de. pouvoir être de ,50 fr, par hectare, ne dépasse pas aujourd'hui 4 5 fr., même en vendant les bois,, eij moyenne, au prix dç i ,400 à i ,500 fr . , ; '
Quamt à Ufie.augjaijeoUtioB de prix pour le bois, cm doit plutôt (iréVom uae grande diminittion. Là où la houille fait concurrence, le prix du bois doit nécessairenoient se régler d'aptrès celui du combustible minéral. Le prochain achèvement du canal de la Sarre produira une baisse d*utt tiers sur. les prix actuels.de la houille, qui soni aujourd'Jatui de ââ fr. à â3 pour Renchamp, de.â4.à'â5 fr. pour Sarrebruck. Le bois dela^Harth n'est èm-^;!» ployé que comme combustible^ et son prix devra baisser en proportion. • ;
Il est évident que notre population pourrait parfaiteittent s'en passer ; • il serait même utile que nous n'eussions plus de bois, parce que le don-' sommateur serait forcé, et cela à son grand avantage, de renoncer à d'anciennes habitudes, et de ne brûler que de la houille. Le bois, du reste, est ' aussi fourni en grande quantité par nos forêts de montagnes ; il n'y a donc nullement lieu, dans le département' du Haut-Rhin^ de se préoccuper des suites du défrichement, même total, des 45,000 hectares de la flarth.
Le ministre dit que, par suite du défrichement, les populations voisines de la Harth seraient privées de travail. Le contraire arriverait, avec une colture très -sensiblement améliorée par les eaux d'irrigation et par les nouvelles cultures qiii seraient la suite des défrichements. U y aurait infiniment plus de travail ^ue n'en fournit aujourd'hui la coupe des bois tous les trente-cinq ans.
On met en doute le bon résultat de l'irrigation sur un sol qui a une couche aussi profonde de cailloux, et qui permet trop les infiltrations. On n'entreprendrait pas une pareille œuvre, et l'on ne s'exposerait pas
- MB -
à dçs dépenses si considérables, si les résultats n'étaient pas assurés d'avance.
Il existe à Hombourg, sur les bords de la Hartb et à dix kilomètres de Mulhouse, un domaine très-considérable, appartenant à M. de Maupeou. S afttit défricher plusieurs centaines d'hectares de forêts; et ces terres, irriguées par les eaux du Rhin, provenant du canal du Rhône au Rhin, donnent de fort bons pâturages, le colmatage se faisant promptemeni, et ces praities sont d'un excellent rapport. Il n'y a rien à objecter à cela, et il eôt certain que toutes leâ forêts possédées par TËtat le long du Rhin pourraient, au moyen de canaux d'irrigation, être successivement défrichées et converties en pâturages donnant lès mêmes résultats que ceux de M. de Maupeou.
Il est facile de calculer l'avantage qu'une pareille opération procurerait à rÉtat, et celui qui serait obtenu pour notre département. C'est un sêiKlî-ment tout patriotique qui anime les citoyens qui veuiant contribuer à oe résultat, et les engage à demander au Gioayern^nent d'entrer promptement dans cette voie de progrès.
Les bois à couper peuvent être estimés en moyenne, dans leur état actuel, à 6 ou 700 fr. au moins par hectare, et les terrains, une fois les bois coupés, à 400 fr. l'hectare, soit une valeur totale de 4,000 à 4,400 fr. La vente de ces forets produirait donc à r£tat une somma d'environ 46 millions, par conséquent un revenu par hectare de plus de 50 fr. Or ce reveau atteint à peipe aiijourd'hui 4 S fr„ et produira moins encpre, copame nous l'avons déjà dit, quand le canal de la Sarre sera fait, {Mir suite de l'abaissement du prix de la houille ; et lors môme que les avantages que nous signalons ne seraient pas aussi considérables, ne conviendrait-il pa^ besucoup mievx de prendre le combustible sous terre^ et de convertir les bois en cultures agricoles, partout où cela peut se faire, partout où le combustible minéral peut être obtenu ^ de bonnes conditions?
M. le ministre des travaux publics dit encore que M. le ministre de la guerre,, tout en maintenant la question de principe, qui veut que tout défricheuient des bois qui bordent la rive gauche du Rhin soit interdite dans l'intérêt de la défense, consent à faire exception pour le défrichement des 21,000 hectares demandés^ le projet étant éminemment utile à l'agriculture.
Nous aimons à penser que, lorsqu'on pourra se rendre mieux compte
encore des résultats, M. le ministre de la guerre ne s'opposera pas à ce que le défrichement soit continué ; car les chances de guerre diminuent heureusement tous led jours, et il est bien permis dd prévoir qu'avec les échanges rendus tous les jours plus faciles entre les peuples, nos frontières n'auront plus besoixn d'être protégées par les forêts de la Harth. Il semble du reste qu'il suffirait de conserver pour la défense, deux ou trois bandes de forêts, chacune sur uae largeur de quelques centaines de mètres : on formerait ainsi plusieurs points de résistance, et cela, sans empêcher le défrichement de la majeure partie de la forêt.
La société qui se constituera pour cette entreprise, aussitôt que le Gouvernement aura décidé l'adjudication, ferait établir un canal suffisant pour irriguer 4,000 hectares, la moitié de l^eau, nous l'avons déjà dit, devant servir aux cultures déjà existantes.
Outre le défrichement de 51,000 hectares à irriguer par le nouveau canal à construire, ii serait utile de défricher aussi ce qui pourrait être irrigué au moyen des eaux du canal du Rhône au Rhin, qui ne sont pas nécessaires à la navigation. Nous pensons que ce canal donnerait assez d*eau pour au moins 300 hectares, qui pourraient être pris sur la rive gauche, dans la commune de Rixheim.
Nous espérons, M. le préfet, que les motifs que nous venons d'exposer suffiront pour engager l'État à autoriser ce que nous demandons, car il doit désirer voir prochainement se constituer une entreprise qui, tout en augmentant considérablement ses revenus, contribuera puissamment à augmenter la prospérité d'un département dont la population agricole jet manufacturière a déjà fait tant d'efforts pour assurer son développement et son bien-être.
Nous vous prions de vouloir bien soumettre notre lettre à S. Ex. M. le ministre de l'agriculture, du commercent des travaux publics.
Veuillez agréer, etc.
J. DOLLFUS.
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LA GAZETTE DE FRANCE
Mercredi 7 Juin 1865,
LES FORÊTS DE l'ÉTAT.
Si rénumération des travaux si divers et si nombreux dont M. le viceprésident du conseil d'État a présenté au Corps-Législatif la perspective séduisante non moins qu'assurée, nous voulons le croire, a pu impressionner agréablement l'opinion publique, les moyens proposés pour subvenir aux dépenses de leur exécution n'a pas trouvé près d'elle la même faveur. La France a toujours attaché à la conservation de ses forêts une importaace extrême, et toute l'habileté de langage déployée dans la rédaction de l'exposé des motifs du projet de loi ne réussira pas à convertir le pays plus que le Corps-Législatif aux idées de M. le vice-président sur l'opportunité, l'utilité même de l'aliénation d'une partie considérable des forêts nationales.
Selon lui, et en thèse générale, ce serait pour l'État un système détestable que la vente de bois d'un produit si faible, eu égard à leur valeur vénale, et les avantages de leur aliénation complète seraient manifestes si nos bois ne servaient à la fin à Tornement du sol, à la défense du territoire, à la salubrité de l'air, au maintien du régime régulier des eaux, dont ils tempèrent la violence, à la fourniture de matériaux que seuls ils peuvent produire pour les constructions navales, enfin parce qu'ils sont une réserve qui, dans des temps de crise, assurerait les ressources financières les plus précieuses. Nous partageons pleinement Tavis de M. le commissaire du gouvernement, tant nous avons toujours considéré ces intérêts d'un ordre si élevé, comme placés fort au-dessus des avantages hypothétiques d'un accroissement de revenu au moins douteux.
Mais, continue l'exposé des motifs, dans les 4,400,000 hectares qui composent aujourd'hui l'étendue du domaine forestier, n'y a-t-il pas des portions qn'une sage et prudente administration doit aliéner ? N'y trouve-t-on pas des portions isolées, d'une garde difficile, d'un produit presque nul ;
des hf^ .qui, rëuiiis en masse» offrent des portioas de mauvaise qualité, ckââym^ m0i^^m&^; d'autre /(|ui, placées éms de iîonnes eoBdiUç^, oiU u4mvmo& h iort 4'âU}u£fer les populations, et de géni^r le dëi^lop* p$»i^ 4o leur jjidji^âl^i^ et de leur ngricultiure? « Or, (enlever «ee parties n'e^ pas auifç ^ i'eiuseiubJLe, c'e^ régulariser, c'est même favoriser h fortune puj|^lij(|ue ^ priv4e. » .
Noui» ^e^pouY^Qs laisser à |f. le vice^président du CoQ$dil d'État, Thoa* neur jet le mérite de ces arguments, £^r ils ont 4éjà servi de hase aj^^ demandes d'aliénation formées à diverses époques par les Gouvernements antérieurs. Jamais il ne s'est a^iji que de débarrasser le domaine natiooal d^ portions de Çoréts Isolées, d'un produit nul et mémje onéreux; et.com.^ tûpn .orpit-on que^ sous le prétexte de ces beaux raisonnemenijs, il ait été vendu de bols depuis quarante ans ? ^78 mille hectares, et nonobstant, 1} p<araitrait qu'on n'aurait pu venir à bout d'en élaguer les portions isol&esy d'une garde difficilej de mauvaise qualité^ absolument improductives, ei qu'il faudrait en i^jtrancher encore j 30,000 hectares pour aiteijpdre c^ résultat désirable, et que ce soit l'acte d'une admmistratjion ^age M prU" dente y d*en régulariser rememble. Ce mode de règularùation ai d'arr<mdissement d'un domaine ^'^s]|; paj$ nouveau et a 4té pratiqué de tout tamp^ par les enfants prodigues.
Jtfdis le rple de l'administration ^i intelligente et si actiye dê^ eaux et forets est-il âqsxo .seulement de conserver le dépôt, qui lui est conâé, et n'a-t^lle pas aussi la charge de l'améliorer ? Serait-elle donc impuissante à faire, dans le domaine national, ce que le moindre agriculteur réalisa dans sa propriété, et une bonne culture ne peut-elle substituer des peu-* plements réguliers à une vexation défectueuse ? La vexation forestière est la «moins exi^^ente de toutes, et comment comprepidre que d^s sfiis qiû lui sont défavorables, au point de se montrer réelles à toute améli^a'tioj^, puissent être livrées avec avantage à l'industrie Agricole^ et q^'iJ^) ne soient pas vendus à yil prix]
Que 4ire de ces boi^, qui o«t le to^ t d'étouffer les populations, de gêner le développement de l'agriculture, si ce a'jeist qwe M. le vke-président parait perdr^e complètement de v^ la situatioa agricoie de la Franoe^ oiù 8 miUions d'bectar^ «ont à défricher, alors que le iravail jBanque de tonte part pour maintenir le niveau de la |H:'oductiim des parties cultivées ; qM^ ee n'^t pa^ l^ ing^e qui m^nqu^ #u pultivat^r, mais a la terre les
bras qui lui sont enlevés par le recrutement et les besoins de l'industrie. Le moment est donc mal choisi de venir accroître retendue d*un domaine qui, dans son état actuel, ne peut trouver à satisfaire ses propres exigences, dans des circonstances où le grand développement que viennent de recevoir les travaux publics, éloignera de son exploitation une maind'œuvre qui devient chaque jour plus rare. Le Gouvernement ne craint-il pas de donner ainsi à penser qu'il agit sous la pression de nécessités qui
contrediraient les assurances de paix et de prospérité publiques, qu*on est toujours heureux de recevoir de ïui.
Mais le motif tii^S des populations étouffées par les bois trouve, dans le texte du projet de loi, une contradiction manifeste. En effet, on voit sur le tableau qui l'accompagne que le théâtre des aliénations les plus étendues serait le département du Loiret, où apparemment, plus que partout ailleurs, les bois étouffent une population surabondante, et cependant le classement des départements, dans l'ordre de la densité de la population, le range le soixantième, c'est-à-dire que cinquante-neuf autres sont plus peuplés que lui, eu égard à l'étendue de leur territoire.
En résumé, à l'aide des motifs présentés à l'appui du projet de loi, il serait aisé de justifier l'aliénation intégrale des forêts domaniales jusqu'au dernier hectare.
M. le vice-président du conseil d'État ne pouvait manquer de rappeler la sollicitude du Gouvernement pour les opérations du reboisement... qui promet de donner un accroissement considérable au sol forestier de la France. Sans doute, les générations futures et éloignées recueilleront les fruits de ces travaux utiles ; mais personne n'ignore que les opérations indiquées ont principalement en vue de préserver les pentes contre le ravinement des eaux et de prévenir les inondations; que le plus communément elles sont pratiquées sur des sols ingrats; qu'on n'y emploie guère que des essences secondaires, ordinairement résineuses, quelquefois même des broussailles, et qu'il n'y a pas à compter avant un siècle sur ces forêts de lointain avenir, comme source d'approvisionnement pour les constructions civiles et navales.
On ne se rend pas généralement compte du besoin, en France, du matériel ligneux. Il faut, en l'état actuel des chemins de fer, pour leur entretien, 360,000 mètres cubes par an, correspondant à la production totale de 120,000 hectares de futaies. La marine militaire «n absorbe 40,000, la
marine marchande 60,000, et si l'État devait être un jour, comme tout le fait supposer, possesseur des chemins de fer, ne devrait-il pas, non seulement conserver ses forêts, mais encore faire des plantations sur ces terrains prétendus de mauvaise qualité, dont il aurait un jour à déplorer l'abandon.
Nous terminerons par une dernière réflexion qui nous semble avoir quelque importance. Les aliénations projetées ne sauraient avoir lieu, à des conditions possibles, que sous Tautorisation de défricher. Or, lorsqu'on se rappelle avec quelle persistance le pouvoir législatif, en différentes sessions, a maintenu l'interdiction du défrichement des bois privés, on se demande comment il pourrait, sans démentir ses précédents, consentir à une opération qui serait la négation des principes si énergique- -ment défendus jusqu'ici. Serait-ce donc que ces principes, si puissans à l'égard des bois des particuliers, auraient perdu subitement de leur valeur à l'égard des masses autrement importantes, du moment qu'elles appartiennent à l'État ? Espérons que le Corps-Législatif se montrera fidèle, en cette circonstance, à son esprit conservateur, et ne voudra pas rattacher à la session de 4 865 les souvenirs amers que garderait la France de ses forêts perdues.
M. le vice-président du conseil d'État conclut par une demande d'aliénation de 430,000 hectares, lorsque quelques lignes plus haut il a déclaré que la vente de 80,000 h. serait suffisante, « alors même qu'il faudrait demander aux forêts la somme maxima portée au projet de loi, ce qui serait contraire à toutes les prévisions. » Nous nous réservons de discuter ce point subsidiairement, lors de l'ouverture des débats au Corps-Législatif. — Aubry-Foucault.
LUNION
Jeudi 8 Juin 1865.
Dans la séance du Sénat du 27 mai dernier, M. Michel Chevalier trouvait que la discussion relative à la vente des forêts de l'État, était placée
sûr un terrain glissant; dans sa lettre du le** juin, il Ta placée sur un lerraîti tout à fait ïnouvatt, et nous softitnes heuFetix de pouvoir Ty re^ joindre un iûslànt, à travers les argumenté htttnoristiques que 8â plutfie brillante a iSu faire Surgir autour de celte question ardue.
Nous ne pensions pas, avouons-le, qu'il fût possible de plaisanter aussi agréablement sur un sujet gîave qui, à tort ou à raison, préoccupe l*opinïoii et occupe le Corps-Législatif.
L*éminenl libre-échangiste, des liauteurs de la statistique où il s*est mis en observation, raille sans pitié les bons esprits, comme il les appelle, qui s'affligent de voir disparaître dans les forêts des témoins d'un autre âge, résumant les souvenirs druidiques et les tfaditâons mythologiques.
En vérité, on pourrait se demander ce que les Druides et tes Faunes ont à faire dans ce démêlé, à moins que Von ail récemment découvert un ennemi de l'ordre social abrité soUs Técorce de chaque chêne, et que le savant économiste veuille se faire le champion de cette nouvelle chevalerie.
Ëes aimables facéties sont étoilées de chiffres, parsemées d*aperçus nouveaux qui sont de nature à faire pénétrer la lumière jusque dans les profondeurs les plus intimes de la discussion. On ne sait généralement pas assez interroger les statistiques et les moyennes. Par une habile association de chiffres, M. Michel Chevalier, qui s'y connaît, va réduire ce grand débat à des proportions infinitésimales. — La montagne met au monde une souris.
Mais comment peut s'opérer cette transformation? Oh 1 bien simplement. La baguette enchantée du statisticien frappe un gros chiffre bien effrayant, et il en sort une moyenne si mince, si faible^ que chacun s'écrie involontairement : Mais où donc avions-nous l'esprit, grand Dieu ! quand nous nous plaignions de la disparitiOTi lie iros "ftjréts.
Avant d'assister au phénomène, nous demandons la permission de rectifier un chiffre, — la plaisanterie n'excluant pas absolument la logique. — « L'administration, qui s'y connaît aussi bien que personne, dit le corres- » pondant des Débats, estime que la vente de 80 mille hectares suffirait à » se procurer la somme (lOt) millfons], et, après examen, j'ai des raisons » de croire qu'en choisissant bien le mode de vente, l'administration verra » 'justifier «on calcul. j>
Nous n'avons pas la prétention de nous y connaître aussi bien que l'ad-
inipistratioQ ; mm nous savons qqe deui^ et, <}e\up font qi^atpe» ^t c^^ not^iona élémentaires auffisept pour nous convaincre que q^ n' e^l; p^ l|Q miile heotîire^, pais l^ien 430 «^ille au ipoine qu'il faudrait vea4ipe PWP paF64r« la ^onn^ne de 400 pùUiçns*
Lorsque M. Chevalier expose ses motifi» en favQUf 4^ I^^Uâ^^fion d^ forêts, il déprécie un pou trop, suivant nous, la mvcbandi?^ ^^ Vt^* H s'agirait, en effet, de vendre a des fonds stériles qu peu prQd^c^f4 p 4^pt le revenu est très-incertain, pour ainsi dire nul, dont les fr^is 4^ g^vde pon^ trèa-ç^n^dérables, etc.., Ces forêts seraient, en r^uni^, des broussailles ccmstituant une propriété onéreuse dont TËta^ 4^vrait ê^rç. heurf^\^ de se débarpas^ep,
Puis, lorsqu'il fmX appréeier leur valeur vénale, la question change d'aspect, et Ton n'hésite pas à déclarer, de jujono, que 400 millions seront réalisés par la vente de 80 mille hectares de ces fonds stériles.
Or, personne n'ignore que les bonnes, les très-bqnnes forêts que TÉtat a vendues depuis 4850 (l'expérience a été faite sur une assez large éc^fsUe, puisqu'il en a été aliéné 70 mille hectares), ont été acquise^ aq prix maamum de 900 francs l'hectare. £t ces forêts rapportaient, bon ai), ïnal an, 50 francs à l'hectare.
Pour obtenir 400 millions, il faudrait plus de 4^0 mille heetares d^ ces forêts productives, et on nous affirme que 80 mille hectares seulement 4^ broussailles, de fonds stériles, de propriétés onéreuses suffiront pour par- £9iire la somme. — Convenons^ en passant, que le résultat est inatitendPr— L'administration, qui s'y connaît, et M. Chevalier aussi, le disent ; ils doivent avoir raison.
« Supposons cependant qu'il en faille 400 mille, dit l'honorable sénatei^r » dans sa lettre précitée, •— ces forêts devant être vendues tous ies ans, -^ » ce sera, par an, 46 mille hectares, ou par département, en moyenne, » aoo hectares, d'une valeur de 300,000 frances. »
Voilà le triomphe de la moyenne, 4 00 mille hectares à vendre en six aR3, — pourquoi six ans ? Sans doute afin de laisser aux vastes étendues, récemment reboisées, le temps de fournir des pièces de futaie. — C'est, à vrai dire, un assez fort morceau, surtout si l'on envisage que l'État possède à peine 500 mille hectares de forêts en plaine, les seules capables de donner des produits précieux. De près, c'est quelque chose, mais de loin et en détail c'est bien insignifiant.
Jugeons-en plutôt. Nous avons en France 89 départements ; le sixième de 400 mille hectares est de 46 mille; on vendrait donc, par an et par département, 200 hectares, c'est-à-dire : « une propriété forestière grande » trois ou quatre fois à peine comme le Ghamp-de-Mars, » et c'est pour une si belle affaire que l'on discute ?
Si nous avions pu établir une moyenne à notre gré, nous aurions adopté une base plus large. La vérité aurait été rendue plus saisissante encore, sans rien perdre de son exactitude. Au lieu de prendre pour limite le nombre des départements, nous nous serions arrêtés à celui des commune, et nous aurions dit : La France compte 36 mille communes ; on vendra 46 mille hectares par an, soit un peu moins d'un arpent par communes, à peine l'étendue du square de Sainte>Glotilde. L'aliénation des forêts, ainsi ramenée à des proportions mathématiques^ « peut-elle être un » sujet d'effroi et occasionner un grand dérangement de la chose publi- » que? » Nous nous le demandons.
Les communes, les départements, confiants dans la vertu des moyennes, se déclareront satisfaits en moyenne^ et si le Loiret, par exemple, réclame en faveur de la forêt d'Orléans, qui a 35 mille hectares, on lui répondra que c'est fâcheux pour lui s'il se trouve au dessus de la moyenne.
Quand la forêt d'Orléans aura été vendue, défrichée et remplacée par une seconde Sologne, le Loiret oserait^il se plaindre d'avoir sa forêt de moins, et 40,000 fiévreux de plus? On le cosolerait aisément en lui remettant en mémoire que 40,000 fiévreux, répartis sur 36 mille communes, ne donnent pas même en moyenne un tiers de cas par commune.
En réfléchissant bien au jeu des moyennes, on trouve facilement solution à tout. Veut-on se rendre un compte exact du prix moyen de l'alimentation et en déduire le taux normal des salaires? C'est bien simple! Le kilogramme de pommes de terre vaut 40 centimes, le kilogramme de truffes coûte 40 francs; donc l'alimentation moyenne coûte, par kilogramme, 20 francs 5 centimes.
Ce séduisant raisonnement sera, nous n'en doutons pas, tout à fait du goût de la ville de Toulouse, où le bois de feu se paye 26 francs le stère. Le chauffage de Toulouse est alimenté par la forêt de Bouconne, dont la contenance est supérieure à 2 mille hectares.
Lorsque cette forêt, qui figure sur l'état B, pour être transformée en macadam, aura été vendue et défrichée, le bois vaudra dans la Haute-
Garonne 35 francs le stère, mais Toulouse s'en félicitera, en songeant que la moyenne par département ne s'est pas sensiblement élevée.
Dans Tentraînement de la plaisanterie, M. Michel Chevalier a laissé échapper une contradiction; elle ne porte que sur un point de détail, et si nous la relevons c'est uniquement parce qu'elle nous fournit le moyen de résoudre dans deux sens différents, le mode de vente des forêts à aliéner. « Vendons ces lots, nous dit-il, pour en dépenser utilement la valeur; » livrons ce fonds stérile ou peu productif aux campagnards pour leur D argent. Ils le féconderont. » L'éminent économiste oubliait sans doute, en écrivant ces lignes, qu'il avait déjà formulé son opinion au sujet de la vente de ces lopins de forêts sans valeur : « Il est probable qu'une foule » d'homiïies actifs et riches de tous les départements auraient le désir de » s'en occuper. Paris y fournirait, sans aucun doute, un fort contingent. »
Entre ces deux solutions, nous inclinerions volontiers vers la seconde. Nous ne serions même pas éloigné de penser que Paris, ayant le vif désir de s'occuper d'affaires lucratives, a déjà préparé son fort contingent, en prévision de la vente des forêts de l'État. Les bons campagnards pourraient bien se trouver hors de concours. Leurs intérêts sont heureusement bien confiés, et le Corps-Législatif saura, nous n'en doutons pas, apprécier ce qu'il y a de fondé dans le jeu économique des moyennes.
Mac-Shkehy.
LE COURMER DU BAS.RfflN(Strasbourg)
Jeudi 8 Juin 1865.
Strasbourg. Sous le titre de : Ne vendez 'pas les forêts t un de nos compatriotes, éminemment compétent dans ces questions, nous adresse une éloquente étude sur un sujet qui, prochainement, dit-on, sera discuté par le Corps-Législatif. Nous n'hésitons pas à lui ouvrir nos colonnes, et à recommander à nos lecteurs de méditer les arguments et les chiffres que l'auteur présente. Nous laissons la parole à notre honorable correspondant :
dft
tJiie question dont la solution no nous parlât pa?, snf tont actuellement, dépourvue d^m certain intérêt est celle de savoir si, en France, nn propriétaire de vastes forêts, ayant besoin de tous des revenus, améKorersdt l'héritage de ses pères, en aliénant une portion de son doûiaine fbrestieir, jusqu'à concurrence d'une valeur de 2W millions, par exemple, et en plaçstnt en rentes sur TÉtat le capital argent qu'il se serait ainsi procuré.
D'abord il est bien certain que l'opération que ferait ce grand propriétaire âurâft pour résultat, dans un temps donné, lion l'augmentation éeéa fortune, mais au contraire ramoîndrîssement de ceBe-d, s*i\ consacrait à ses dépenses tous ses nouveaux revenus. Ses rentes sur TÊtat restérafent en etfët constantes, tandis que les prix des bois, comme les prix dé toutes les autres denrées dont la production est limitée et dont la demande s'acrroît en même temps que la population, s'élèveraient, et s'élèveraient d*autant plus que le numéraire serait plus abondant ott circulerait plus fecilenjent. K arriverait donc nécessairement un moment où les produits des fbréts aliénés seraient égaux ou supérieurs aux rentes %\Xt l'État, et alors, sons tous les rapports, la position de fortune de faCquéreur de fbrét» serait préférable à celle du vendeur, puisque, les placements en biens-fonds devant toujours se faire à un taux inférieur à celui des placements en argent, le capital qu'on réaliserait par la vente des rentes ne pourrait équivaloir à la valeur du capital forêt.
Admettons donc que le détenteur de rentes sur l'État économisera l'excès
de son nouveau revenu sur celui qu'il aurait eu oomme propriétaire de
forêts et comparons son avoir, au bout d'une période de vingt ans, avec la
valeur qu'auraient, à l'expiration de la môm^ période, les forêt aliénées.
\ Les produits des forêts de l'État ont été, de 4849 à 4838, de
t 474,600,000 fr., soit en moyenne, par année, de 23,730,000 fr. et de
I <839 à 1858, ces produits ont été de 634,200,000 fraûcs, soft en moyenne,
par année, de 34,360,000 fr ; de sorte que, de l'une des périodes duodécé*-
! nales à l'autre, en supposant que les produits en matière fussent restés
constants, les prix des bois se seraient élevés dans le rapport de 4 à 4 ,33,
soit d'un tiers dans 20 ans, soit enfin de 4/60 par an. D'où cette première
conséquence, c'est que, si l'augmentation de la valeur des bois continuait,
daii» to c(mrs (f une nouvelle période 4e vingt ans, à dire de 4/60 pa» an, un domaine forestier qui vaudrait aujourd'hui 200,000,000 de ft^s^aes vaudrait dans rlngt «m 966,700,000 tr.
Gee! posé, à quoi cMflre doit^on porter le retenu net annuel desforéta à aliéner?
Non» ne penson» pas qu'on puisse fixer ce chiffre à moins de 6,000,000, et nous sommes môme bien eonvaincu qu'on n# trwiYeralt pas d^amatenrs pont» de» fordfs estim^ed 200,000, 00(^ sf, dédutlkn» faite des tmpûts, frais de garde, etc., elfes ne devaient pas donner un revenu oaloulé aa moin» à raison de S p. 400. Dans Mat aetuel de la sylvlenltore, en effet, et avec les rapports qui existent entre les prix des bois de feu et des bois d^(BavPO> il ne serait pas difiBcfle de démontrer que tous tes eapitatix(f<rnds et superficie) engagés dans la propriété forestière, Thypothèse du défrichement étant écartée, fonctionnent au taux de 3 p. 100. Dans tous les cas, il ne peut y avoir aucun doute à cet égard en ce qni eancerne les forêts traitées en taillis sous-fùtaie. N*est-il pas alors certain qu'une masse énorme d«i fôrôts, non susceptibles d'être considérablement divisées, offertes conséquemment à un petit nombre de concurrents^ trouveraient difiBcilçment des acquéreurs pour le prix de 200,000,000, si elles ne rapportaient que 6,000,000?
Les acquisitions des forêts ont toujours enrichi ceux qui les ont faîtes; les forêts ont donc toujours été vendues à vil prix.
Ainsi c'est bien se mettre datis des conditions défavorables à la propriété forestière que de supposer que le r^enu des Ibréts, valant 1100 millions^ n'est que de 6,000,000.
- Enfin, c'est admis, notre grand proprétaire a réalisé son capital et il a acheté des rentes sur FÉtat à 4 1/2 p. 100 et le voilà dorénavant possesseur de 9 millions de rentes. Il économisera, avons-nous dit, la différence de l'excédant de ses revenus actuels sur ses anciens revenus et capitalisera ses épargnes en faisant de nouveaux placements sur l'État. La première année ses épargnes seront de 5 millions, différence entre 9 millions, et 6 millions; mais la seconde année elles ne seront plus que de 2,9000,000, la troisième année que de 2,800,000, en un mot elles décroîtront chaque année de 400,000 fr., soit du montant de l'augmentation du revenu forestier qui s'accroît annuellement de 4/60; de sorte qu'au bout de la période de vingt ans son capital se sera accru de toutes différences annuelles et de leurs intérêts composés.
Tout calcul fait, on trouve que les économies réalisées sont de 68,800,000 fr.
Dans vingt ans, voici donc quelles seront les positions de fortune respectives de l'acquéreur des forêts et de leur vendeur : le premier aura des forêts valant 266,700,000 fr. et le second aura des rentes dont le capital sera de 268,800,000, c'est-à-dire qu'ils se trouveront sensiblement dans les mêmes conditions de fortune.
Tel est le résultat auquel notre calcul vient de nous conduire, mais en serait-t-il réellement ainsi et l'opération de notre grand propriétaire n'aurat-elle été qu'une spéculation manquée, ou n'aura-t-elle pas été plutôt une mauvaise opération?
N'hésitons pas à répondre que l'opération de l'aliénation aura été mauvaise. Nul doute à avoir à cet égard, et si le résultat de notre calcul est tel qu'il semble qu'il n'y aura eu ni perte ni gain, c'est que nous voulions conclure a fortiori en nous plaçant dans les conditions les plus favorables à la propriété forestière; c'est ce qu'il nous sera du reste facile de démontrer.
i^ Le revenu attribué aux forêts à aliéner est trop faible.
Nous avons supposé que le grand propriétaire ne retirait qu'un revenu de 6 millions de ses forêts, vendues pour le prix de 200 millions, mais aux raisons que nous avons déjà données pour établir que ce chiffre de 6 millions était trop faible, il y en a d'autres à ajouter.
Gomme nous l'avons fait observer en commençant, il s'agit d'un grand propriétaire, auquel il restera encore à administrer, par exemple, 900,000 hectares lui appartenant et 200,000 hectares appartenant à un grand nombre de familles dont les intérêts lui sont confiés. Les forêts qu'il aliénera seront disséminées sur tout le territoire de la France, au milieu de celles dont il conservera l'administration, et dès lors ses frais de régie seront à peu de chose près ce qu'ils étaient précédemment. De là cette conséquence, c'est qu'un revenu net de 6 millions sera assuré à un tel propriétaire par un revenu brut moins élevé que celui auquel devront prétendre les acquéreurs pour se procurer le même revenu riet.
D'autre part la propriété forestière faisant, lorsqu'elle n'est pas aménagée, attendre à de longs intervalles ses produits, n'étant pas susceptible d'être affermée, n'étant pas protégée par les lois pénales autant que la
propriété rurale proprement dite, ne permettant pas à Thomme de la campagne d'y utiliser son travail, ne peut être recherchée au même titre que les champs et les prés, ne peut pas, pour tous ces motifs, exciter la môme concurrence d'amateurs et ne peut alors être achetée au taux déplacement de 3 pour 400, lorsque les autres fonds de culture se vendent à ce taux.
2® Les prix des bois augmenteront de plus de 4/60 par an.
L'hypothèse que nous avons faite d'une augmentation annuelle de 4/60 sur les prix des bois est trop faible, de sorte que les économies que le porteur de rentes sur l'État pourra faire annuellement doivent être réduites de beaucoup. Plusieurs faits vont éclairer ce point de la discussion.
Nous avons déterminé l'augmentation du prix des bois en comparant les produits des ventes effectuées par l'État, pendant les périodes duodécennales de 4849 à 4838 et de 4839 à 4858; voyons alors si différentes causes n'ont pas dû contrarier l'augmentation des produits des ventes pendant la seconde période.
De 4849 à 4838 les houilles indigènes n'ont fait qu'une très-faible concurrence aux bois; en moyenne, pendant cette période, la consommation de ces houilles n'a été que de 49,000,000 q. m. par année, tandis que dans la période de 4839 à 4858, cette consommation a atteint moyennement le chiffre de 52,000,000 q. m., c'est-à-dire un chiffre presque triple. En d'autres termes, 49,000,000 q. m. de houille étant, pour la quantité de calorique, l'équivalent de 40,500,000 stères et 52,000,000 q. m. celui de 28,800,000 stères, c'est comme si l'étendue des forêts de France avait été augmentée de 2,625,000 hectares pendant la première période, soit des 26/93 * et de 7,200,000 hectares, pendant la seconde période, soit des 72/93. Des différences aussi considérables dans les quantités de houille indigène, consommées aux deux époques, devaient évidemment empêcher les prix des bois de hausser aussi rapidement qu'ils l'auraient fait, si la lutte entre le combustible minéral et le combustible ligneux n'était pas devenue de plus en plus formidable pour ce dernier.
Les défrichements sont encore venus apporter des entraves à la hausse naturelle des prix des bois, car, de 4849 à 4838, l'étendue des bois défri-