L INDÉPENDANCE BELGE
9 Juin 1865. •
(correspondance agricole de l'indépendance.)
Paris, le 8 juin.
J'ai un peu hésité à tous parler de l'ane des grosses questions du jour, celle de VaUènœUon d'une peti4«e paitie des forêts de i'État. Je voulais attendre que la discussion fût sur le point de s'ouvrir au Corps-Législattf et, puisque le moment est venu, que M. Utiers vient d'émettre son opinion sur ce sujet, je vous demande la permisaon de v^o^is donner la mienne. Sansdoute, elle n'aura guère d'autorité apràs ce qa'o«t déjà dit'MM* FouM,
Michel-Chevalier et autres, y compris M. Becquerel dans son dernier mémoire, et Edmond Aboat dans son dernier feuilleton.
Quoi qu'il en soit, je déclare trèsrésolûment que je suis pour Taliénation, non-seulement actuelle, mais encore successive» c'est-à-dire annuelle, ce qui ne serait pas une innovation sous le rapport de la périodicité, mais seulement une augmentation régulière de revenus plus forte que ceux que l'on portait jusqu'à présent soit normalement, soit par expédient.
Je m'explique : que produisent nos % millions d'hectares sur 9 millions qui existent en France? Deux pour cent, a dit M. Fould. C'est un revenu évidemment insufiSsant en présence des besoins du trésor. Pourquoi donc alors ne chercherait-on pas à l'augmenter? Parce que, dit-on, ce fonds est une sorte de gsirantie hypothécaire pour les créanciers de l'État; que, de plus, c'est une garantie capitale pour l'hygiène publique, et enfin une nécessité absolue pour l'approvisionnement des bois de notre marine.
Voilà les trois principaux arguments. EU bien, je vous avoue que je ne trouve de valeur sérieuse à aucun des trois.
Et d'abord, en supposant qu'il fût démontré, ce qui n'est pas précisément,à mon avis du moins, que les forêts sont indispensables absolument, et telles qu'elles sont à la bonne climatologie, du pays; en supposant cela, dis-je, aliéner ne voudrait pas dire défricher et, par conséquent, vendre sans réserves spéciales ; c'est donner purement et simplement un bois en jouissance relative à un particulier. Je dis relative, parce que, d'après la loi, l'État a toujours le droit d'y frapper de son marteau les bois qui conviennent pour sa marine, de même qu'il a le droit de refuser l'autorisation de défrichement, si on la lui demande.
Reste l'argument de la garantie hypothécaire. Franchement, que seraitce pour le rentier que cette garantie le jour où le crédit public serait tombé assez bas pour qu'on fût obligé d'y avoir recours ? une dérision évidente, ou tout ou moins une garantie purement illusoire.
Avec l'aliénation, au contraire, que fait-on et surtout que peut-on faire ?
Et d'abord, on tire un excellent parti non douteux et immédiat du capital réalisé, en amortissant la dette ou en l'allégeant de toute autre manière ; la difficulté ne serait pas à coup sûr dans le mode d'emploi, fût-il
efficacement fappliqué à la diminution de la dette, et dans ce cas la garantie hypothécaire précitée n'est que déplacée, avancée dans ses effets, pour ainsi dire, puisque à Tinstant elle a pour effet d'améliorer la situation du débiteur.
Je voudrais donc, que tous les ans on aliénât, non pas pour cinq à six millions de forêts de TÉtat comme on le fait, sans rien dire qu'après coup, depuis longtemps déjà et sans grand profit, comme n'en comportent guère les petites rentrées, mais bien pour le double, le triple, le décuple même, et plus, s'il le fallait, et cela aux seules conditions que voici : c'est que partie du capital réalisé serait appliqué à l'amortissement de la dette et partie à la mise en valeur des surfaces actuellement improductives qui pourraient être utilement boisées.
Il y aurait à calculer dans quelles proportions les boisements devraient être faits pour que le gage aliéné fût non-seulement bonifié dans le présent par une application immédiate du produit à l'extinction d'une partie de la dette du débiteur, mais encore qu'il eût la chance certaine de se reconstituer dans un temps donné par la force seule des surfaces improductives jusqu'à ce jour. Il en résulterait, dans le présent, une source de travail pour les ouvriers ruraux, et, dans l'avenir, une base de crédit aliénable en son moment, au grand profit de tous.
En continuant à suivre le même système, on ferait sans cesse un emploi fructueux par le seul fait qu'il reposerait, pour une grande part, sur l'utilisation d'un sol et d'une atmosphère jusqu'à présent stériles ou malsains, parce qu'on n'a pas eu le moyen soit de les approprier, par quelques travaux préalables, à une bonne habitation pour les végétaux, les animaux ou les hommes.
On peut parler hardiment aujourd'hui des boisements ou des reboisements, quand on a sous les yeux des exemples officiels comme ceux des fermes que l'Empereur a fait installer dans les Landes par M. Eugène Tisserand, le chef de division de ses domaines. Là il est prouvé qu'avec 20 francs on fertilise pour l'avenir et un avenir très-prochain, un hectare de terrain dont on n'avait encore pu retirer que de la bruyère. MM. Javal et Pereire ont donné des exemples analogues dans le bassin d'Arcachon. A Ares, par exemple, en moins de quinze ans, M. Javal a plus que doublé la valeur de ses revenus et de son sol.
Qu'on s'inspire donc de ces précédents, qu'on songe aux immenses ter-
raÂAs vagues, aux vastes surfaces improductives que posaèdent «noone les commune» : ii y a un» k>i néeea^ qui régit les qiieiâtioQ^ de reboifiemeat, mais qui fonotio&iie peu, croy^ifê-fiovs* Qu'on lui donne ua Alimebt, en aliénant graduellement 5 pour cent des forêts domaniales, pto Ott moins, et quaçd, à la «lite de ces ventoSi, Tnequëreuf Youdra défriclieri qu'on le lui permette, à eonditirom qu'il se substituera avee toute garantie à TÉbit, pour tout ou partie du boisement auquel il se sera obligé lui-même Je jour de ladite vente. Alors l'aliénation n'est plue du tout une mesure de discrédjLt comme on veut la représenter, mais bien, au contraire, une me^ui\e de seulagement pour des besoins imminents, en n^me temp$ qu'une ^seuvre de pr^igràs et une base sérieuse de crédit actuellement et dana l'ai^enir.
LE MONDE
Vendredi 9 Juin 1865.
Le projet de loi sur l'aliénation des forêts est fort aventuré, et l'appui qu'il reçoit du Journal des Débats ne le sauvera pas. Cette feuille, rédigée par des économistes, ne pouvait manquer d'applaudir à M. le ministre des finances. Cependant, rendooë-lui cette justicei elle a voulu mettre la question tout matière sous les yeux de ses lecteure en insérant une lettre favorable à la conservation des forêts de l'État. C'est contre cette lettre que s'est escrimé M. Mchel Chevalier dans deux longs articles. Mais il se borne aux généralités, et ne répond pas aux chiffres précis. Il esquive même le terrain de la discuesion, et se met à nous détailler les ponts, les routes, les canaux qui se trouveront améliorés par les 400 millions ré* clamés aux forêts de r£tat. Certes, on n'abuse pas des grandes routes; (^ il 'CSt singulier qu'on vienne nous parler de travaux d'urgence. Qui a vétriâé la nécessité de ces travaux ? Les roules, les ponts et les canaux peuvent attendre, et la première de toutes les urgences, c'est de conserver notre domaine forestier. M. Michel Chevalier essaie de tourner le prindpe^ ^en prétendant qu'il s'agit seulement de la dixième partie des
forêts de l'État^ et que l'État n'a pas Tintention de se débarrasser du surplus. Qu'en sait-il ? S'il n'a que la parole de M. Fould, ce n'est pas suffisant; les ministres changent, et les principes restent. Or, n'est-il pas évident que les arguments qui valent aujourd'hui vaudront demain, aprèsdemain ? Il y aura toujours des travaux publics en train.
L'obscurité plane sur le fond même de la question. Quels bois seront mis en vente ? Sont-ils réellement, comme l'affirme M. Michel Chevalier, « d'un rapport médiocre ou nul ? » Quelle enquête a éclairci ce point essentiel ? M. Michel Chevalier traite de Don-Quichottes les défenseurs des forêts. Il les voit « marcher sur les traces du preux et romanesque chevalier qui s'en allait en guerre contre les moulins à vent. » H oublie qu'en 4832 il était en Egypte, à la recherche de la femme libre. Il est certain qu'il a fait une fin plus brillante que celle du chevalier de la Manche.
La vérité est que l'existencç de nos forêts est menacée, et c'est justement là ce qui inquiète l'opinion publique. Le seul argument qui ait quelque apparence, est celui du bénéfice financier que le défrichement procure au Trésor par l'impôt foncier et les droits de transmission à titre onéreux ou gratuit. M. Michel Chevalier suppute même une population de 68,000 âmes par 100,000 hectares de défrichement, et rapportant au Trésor 40 fr. par tête, soit, annuellement, 2,720,000 fr. I Le célèbre économiste s'élève si haut, que l'œil a peine à le suivre. Redescendons à terre.
Toutes les fois qu'on a proposé d'aliéner des forêts domaniales, on a fait valoir le bénéfice pécuniaire qui résulterait, pour le Trésor public, de la perception de l'impôt direct et des droits de mutation sur ces propriétés, après leur passage entre les mains des particuliers.
On devait s'attendre à trouver cette considération reproduite dans l'exposé des motifs de la loi sur les travaux extraordinaires,
L'État, y est-il dit, pourrait trouver un bénéfice considérable à aliéner les forêts; « car, en même temps qu'en les vendant, il en toucherait la valeur, il augmenterait aussi ses profits par le produit indirect de ces biens, qui, remis dans la circulation, amèneraient dans ses caisses des sommes considérables, sous forme d'impôts et de droits de mutation, »
C'est sous iette forme vague et générale que les auteurs des projets
d'aliénation se sont jusqu'à ce jour transmis Targument, sans raccompagner d'aucune explication, ni l'appuyer d'aucun calcul.
M. Fould vient heureusement de jeter la lumière sur les résultats ûnan^ ciers de la vente des. forêts, en donnant le bilan de l'opération d'aliénation faite par le Gouvernement de la Restauration.
De 4848 à 4824, a dit M. Fould, il a été vendu \%% mille hectares de forêts pour le prix de 88 millions 341,000 fr., qui ont permis d'amortir plus de 5 millions et demi de rentes. Si ce rachat n'avait pas eu lieu, le Trésor aurait servi, depuis 45 ans, une rente annuelle de 5^500,000 fr ., ou 247,500,000 fr.
Si l'on déduit le revenu^-des forêts à raison de 2,206,000 fr* par an, ou 99,270,000 fr. pour 45 ans, et que l'on retranche de cette dernière somme 4 3,505,000 fr. d'impôts directs et 4 4^94 2,000 fr. de droits de trans^ mission, il en résulte que le bénéfice du Trésor serait de 473,647,000 francs, lequel bénéfice se représenterait dans 45 ans*
Ce qui frappe tout d'abord dans ce calcul, si clair en apparence, c'est une première et singulière inexactitude. Gomment donc 1 les 422,000 hectares de forêts vendues rapportaient, en 4820, 2,206,000 francs, et l'on admet qu'elles auraient continué à rapporter la même somme annuelle jusqu'en 4865. Que l'on veuille bien remarquer, cependant, que le produit des forêts domaniales, qui n'était que de 20 millions en 4820, s'est '.élevé à 40 millions en 4864, malgré l'aliénation de 300,000 hectares pendant cette période.
Ce n'est donc pas 2,206,000 francs par an que l'État aurait encaissés chaque année, s'il avait gardé ses 422,000 hectares de forêts, mais bien 3,500,000 francs, année moyenne, ou, en 45 ans, 487,500,000 francs, et non 99 millions 270,000 francs.
Rapprochez cette somme de 487,500,000 fr, de celle de 25,447,000 fr. d'impôts et de droits de transmission «recueillie pendant 45 ans, depuis la vente des forêts, et voyez à quoi se réduissent les a sommes considérables » entrées dans les caisses de l'État par l'impôt direct et les droits de mutation.
Quant au bénéfice de l'opération, il ce réduit de 473 millions 647 mille francs à 85 millions 447 mille francs.
Et on le verrait se réduire dans des proportions bien plus considérables encore si l'on tenait compte 4® de ce que le produit des forêts vendues a
été calcule d'après le rendement de la totalité des forêts domaniales, ce qui donne un chiffre de beaucoup inférieur à la vérité, attendu que les foréls vendiiès sont lès îiiièux situées et les plus riches; J* de ce quô les droits dHtnpôt et de mutation ont été évalués d'après la moyenhô de la perception de ces droits sur les propriétés de toute nature, tandis que les forêts défrichées né donnent, la plupart du temps, que des terrés de dernière classe.
Voilà donc les résultats financiers pendant une période d'années de 45 ans, de l'aliénation de forêts effectuée par la Restauration î Et c'est pour un tel bénéfice que l'État a diminué son domaine de 122 mille hectares I
Que serait-il arrivé cependant, s'il les avait conservées ? Aujourd'hui, ces 422 mille hectares lui rapporteraient au moins les 5,500,000 fr. de rentes qu'il a amorties, 9t il serait resté propriétaire d'un fonds dont le produit est en voie de notabto accroissement, tandis qu'au contraire, par suite du délaissement de plus en plus complet des terrains défrichés, le revenu par l'impôt et par lôs droits de transmission ne peut que se restreindre de plus en plus, d'année en année.
Plus on étudie cette question de raliénation des bois de l'État, p\m on reste convaincu de l'extrôdie faiblesse des raisons, à l'aide desqttetles on prétend soutenir Topponuâité de cette opération.
A un moment donné, l'aliénation des forêts est productive; elle Test pour un particulier qui n'a pas d'avenir, et qui n'hésiste pas à manger son fonds avec son revenu. Il y a là une illusion dans laquelle sont tombés M. Michel Chevalier et M. Fould. La perspective se modifie par l'éloignement, et nos deux économistes n'ont regardé qu'à leurs pieds. Qui ne sait que le cours naturel des choses dans notre civilisation moderne élève le prix des denrées et par conséquent la valeur des fonds productifs? N'esK5e pas le spectacle auquel nous assistons ? En prédisant la vie à bon marché, M. Mîdhel Chevalier s'est préparé une déconvenue, et a montré plus d'imagination que de raisonnement. La valeur du sol grandit, et l'utilité de l'argent diminue. Ne pas tenir compte de ce fait, c'est se précipiter en aveugle et échafauder des calculs fantastiques. Le citoyen éphémère ne demande qu'à jouir du moment ; une nation a les siècles devant elle^ comme elle les a derrière elle. Ses calculs sont d'un autre ordre, et sa prudence d'une» plus haute portée. Pour un usufruitier de 40 ou 45 ans >
l'augmentation de valeur dans la terre ou la diminution d'utilité dans l'argent est insensible. Les hommes d'expérience sentent déjà que les conditions économiques de la France ne sont plus les mômes qu'il y a 40 ans. La France a le temps dans ses mains; pourquoi n'en profiteraitelle pas, et se réduirait-elle à la situation du simple particulier qui s'absorbe dans l'heure présente ? Les tuteurs de l'État, ceux qui, par mandat de leurs concitoyens, ont la gestion des affaires publiques, agiraient en enfants prodigues s'ils sacrifiaient le bénéfice des siècles et l'avenir des générations.
Coquille.
JOURNAL DE LA MEURTHE ET DES VOSGES (Nancy)
Samedi 10 Juin 1866.
Le Journal des Débats a publié, il y a quelques jours, deux lettres de M. Michel Chevalier, sur une question qui préoccupe, à juste titre, l'opinion publique, c'est-à-dire sur la question de l'aliénation des forêts de l'État. \
La première de ces deux lettres traite de l'aliénation de 400 mille hectares de bois, dont le projet est, en ce moment, soumis au Corps-Législatif; la seconde est relative au principe général de la vente des forêts domaniales.
L'importance de la question, le nom de M. Michel Chevalier, intervenant dans le débat, imposent à tout homme attaché aux intérêts du pays le devoir de signaler les appréciations erronées, les contradictions étranges, les inexactitudes singulières que le savant économiste a laissé échapper dans sa discussion.
Voyons d'abord la première lettre de M. Michel Chevalier {Journal des Débats du vendredi 2 juin 4865).
Que demande l'État, s'écrie l'honorable sénateur? la vente de 200 hectares de forêts par déparlement ou plutôt, puisque nous n'avons qu'un certain nombre de départements boisés — la vente de 400 hectares pour
chacun des 44 départements où aurait lieu Taliënation. La question étant ramenée à ces termes, les difficultés qu^elle paraît soulever né* s'évanouissent-elles pas comme un songe? Et les membres du Corps-Législatif qui refuseraient au Gouvernement la petite satisfaction qu'il demande, ne devraient-ils pas être considérées comme attachés en quelque sorte à des traditions mythologiques ?
Le raisonnement est fort plaisant, sans doute; mais il ne prouve pas cependant que 100 millions ne soient pas iOO millions, et qu'une somme de 400 millions soit une chimère.
Et puis voyez où l'abus des moyennes peut conduire même les économistes les plus exercés au maniement des chiffres. Si nous sommes bien informés, la liste des bois à' aliéner comprend la forêt d'Orléans s'étendant sur 35 mille hectares dans le département du Loiret ; la même liste porte le département de la Mayenne pour une forêt de i44 hectares. M. Michel Chevalier en concluera-t-il que la moyenne des bois à vendre dans les deux départements est de 17,572 hectares?
Non, c'est en vain qu'on s'efforcerait de démontrer que l'aliénation en se répartissant sur un grand nombre de points, ferait en quelque sorte
disparaître le mal en le divisant. La vérité est que ce mal porterait principalement sur quelques départements, où il causerait d'incalculables désordres.
oc L'État possède, dit M. Michel Chevalier, dans la vaste étendue de ses » forêts domaniales, des lambeaux d'une gestion difficile, ou d'un rapport » médiocre ou nul, ou gênants pour les populations. On peut s'en défaire » à un bon prix, car il y a dans nos campagnes beaucoup de personnes » qui, à force de soins, ont accumulé des épargnes et dont l'ambition est » de trouver un placement territorial. »
Touchante sollicitude pour les habitants de nos campagnes 1 Ainsi, à en croire M. Michel Chevalier, le Gouvernement leur demande 100 millions et leur donnera l'occasion d'acheter quelques lambeaux d'un rapport médiocre ou nul I
Il est vrai que M. Chevalier, se laissant aller à la plus singulière contradiction, dit dans une autre partie de sa lettre : « la spéculation s'atta- » cherait, selon toute apparence, à ces entreprises de défrichement qui » passent pour être lucratives. 11 est probable qu'une foule d'hommes actifs
)> et nob»^ oc (ouiie$» céparteme^Uauraiopt la désir de Vdn occuper^ Pans » y fQurqirfiît, ssm aucun doute, uu fort contingent, v
Oui, voilà la vérité, Favorisant trop r#sprit de spéculation, le projet 4*aliénation profiterait surtout au:( spéculateurs,
Après avoir essayé de combattre l'érootign très^grande, très-sincère que le projet du Gouvernement a soulevée dans le pays, M. Itiobel Chevalier, prenant, daiis une seconde lettre (Journal des DébaU du ^aiQedi 3 juin],, la question de plus haut, examine d'un œil favorable et môme un peu complaisant, rhypothèse de la vente par TÉteit ie tout.es ççs forêts, ou, du moins, de ses forêts de plaine.
» L'État, dit-il, pourrait retirer 13 à 1300 fr. par hectare d'une proy> priété qui^ dans certains cas, ne donne pas de revenus; se dispenser » d'emprunter à un taux qui, de longtemps, ne sera pas au-dessous de 4 0/0, » en se défaisant d'un bien qui, en moyenne, rapporte 2, ce n'est pourtant » pas une opération mauvaise. C'est tout l'opposé. »
Voyons donc ; de deux choses l'une : ou les forêts ne rapportent rien et, dans ce cas, comment espérez-vous les vendre 12 à 1300 francs par hectare, ou elles sont d'un produit supérieur au taux d'un emprunt, et alors le Gouvernement a tort de ne pas employer le moins cher des deux moyens.
Est-ce que quelqu'un achèterait volontiers pour 12 à 1300 fr. par hectare des forêts qui ne rapportent rien? Ce n'est guère probable; mais l3ien des gens auraient pris part volontiers à la vente des forêts de Roseux et Ivry effectuée, il y a quelques mois, par le Gouvernement pour le prix de 8,801,000 fr. ; car ces forêts comprenant ensemble 2,400 hectares produisaient un revenu net de 150,000 fr. Un acheteur aura fait là une bonne afikire assurément; mais peut-on en dire autant du Gouvernement?
M. Michel Chevalier annonce que la transformation en terres arables de 100,000 ectares de forêts, aurait pour effet d'augmenter la population dé ^8,600 âmes, à raison de 68 personnes par kilomètre carré, et que chaque habitant rapportant au Trésor 40 fr. par tête, les 68,000 habitants nou^ veaux appprteraient annuellement, dans tes caisses publiques, une somiiie de 2 millions 720,000 francs, tout juste égale au revenu net moyen dé 10(^,000 hectares des bois de râtat.
Tout eeci est peu sérieux, et sort tout à fait du domaine des faits pour entrer dans là sphère des eonjeotures de fantaisie. On pouvait penser, d'ailleurs, que l'argument tiré du profit de l'agriculture était définitivement
abandonné par les derniers défenseurs de l'aliénation des forêts de TÉtat L'agriculture, il ne faut pas se lasser de le redire, n'a plus rien à prendre au sol forestier. Nous serions presque tentés de dire, pour mieux faire ressortir notre pensée, que chaque nouvelle forêt défrichée est une lande de plus à ajouter à nos 8 millions d'hectares de terres incultes. Loin d'être une occasion d'accroissement de population, le défrichement d'une forêt fait le vide dans la contrée, en déterminant l'émigration vers les villes de toute la population qui vivait de cette forêt.
M. Michel Chevalier ne se doute guère assurément de tout ce que produit une forêt, sous forme de salaires et de ressources de toute nature l II le prouve, d'ailleurs, en affirmant que le produit (de iOO mille hectares de forêts ne dépasse pas en moyenne t millions 700 mille francs. Qu'il veuille bien doubler le chiffre et il approchera de la vérité ; et que deviennent alors ses calculs ?
Afin d'établir que la France peut, sans inconvénient, pour l'approvisionnement public, aliéner la partie la plus notable et la plus riche de ses forêts, M. Chevalier affirme que « la France court si peu le risque de man- )> quer de bois de construction qu'elle en exporte beaucoup plus qu'elle » n'en reçoit de l'étranger. »
n est regrettable que le savant économiste n'ait pas pris la peine (jle consulter sur ce point les documents statistiques officiels, qui ont dû cependant lui passer bien souvent par les l^mains, pendant qu'il étudiait les questions d'échanges internationaux, sur lesquelles il passe pour si compétent,
, n y aurait vu que la France a importé en 1863 pour 133 millions 500 mille francs de bois, dont les neuf dixièmes en boi^ de construction, et qu'elJe n'eu a exporté pendant la même ?innée que pour 33 millions 200 mille francs.
n y aurait vu que l'importation qui n'était que de 58 millions il y a dix ans, a presque triplé depuis cette époque.
L'inexactitude étrange commise par M. Miohel Chevalier n'est-elle pas de nature à jeter quelques doutes sur la précision de ses recherches et quelque discrédit sur ses travaux ?
Pour les constructions civiles et navales, — c'est toujours M. Chevalier qui parle -» la tendance actuelle est de remplacer par du fer la plupart des
fortes pièces de chafï>ente... la marine de l'État ne consomme que 40,000 stères « dont une partie déjà est prise à Tétranger. »
M. Michel Chevalier ne paraît pas beaucoup plus au courant, que la plupart des gens du monde, de l'énorme consommation de bois qui se fait en France. Le chiffre de cette consommation n'est pas évalué par les hommes les plus compétents, à moins de 10 millions de mètres cubés par an; cette consommation s'accroît, par les débouchés nouveaux et notamment par la construction des chemins de fer, dans des proportions considérables. Le prix des bois a triplé depuis 20 ansi Le prix du mètre cube de chêne s'est élevé de 25 à 125 francs! Quant au fer, il entre dans les constructions civiles dans la proportion de un centième. La marine prend dans les forêts de rÉtat les trois quarts de ses approvisionnements.
Voilà des faits et des chiffres que M. Michel Chevalier ignore et qu'on s'étonne de lui voir ignorer. Un savant, voire un économiste, ne peut, à la vérité, tout savoir; mais n'aurai t-il pas agi avec plus de prudence en ne s'aventurant, que complètement lesté d'informations précises, dans une discussion qui tient en éveil l'attention publique?
Comme ceux qui parlent de cette question sans la connaître sufiBsamment, M. Michel Chevalier parle de l'Angleterre, de la Hollande, de la Belgique, de l'Italie.
Faut-il donc répéter à satiété que l'Angleterre possède l'Inde et le Canada qui lui fournissent tous les bois dont elle a besoin, et que nous n'avons plus ni le Canada ni l'Inde; que la Hollande... mais à quoi bon parler de la Hollande, de la Belgique et surtout de l'Italie qui n'existe encore qu'à l'état nominal, «t pourquoi ne pas parler de la Prusse, de l'Autriche, de la Bavière et de tout le reste de l'Allemagne qui paraissent se trouver pourtant assez bien des soins — M. Michel Chevalier dirait superstitieux — que les gouvernements accordent au régime forestier ?
On n'en finirait pas si l'on entreprenait de relever toutes les erreurs, on serait presque tenté de dire toutes les naïvetés, dont fourmille la discussion de M. Michel Chevalier.
Décidément les partisans de l'aliénation des forêts de l'État ne sont pas heureux. Les plus rudes champions de nos luttes parlementaires ou économiques, lorsqu'ils entreprennent la défense de cette cause, semblent sentir leurs forces se paralyser tout à coup. Ils deviennent faibles, hésitants,
presque craintifs. On dirait qu'ils cherchent en vain le soutien que doivent donner les fortes convictions.
Mais la vérité ne perd jamais ses droits. On peut momentanément obscurcir son éclat ; ses rayons finissent toujours par percer tous les nuages. Le Corps-Législatif commence à se sentir inondé de cette lumière. Une fois sorti de l'ombre, il ne voudra plus y rentrer.
C'est le ferme espoir du pays, dont les yeux sont fixés avec confiance sur ses représentants.
Le Gérant, Lemachois.
LE CONSTITUTIONNEL
Samedi 10 Juin i865.
Le Gouvernement propose de demander à Tàliénation de 80 mille hectares de bois domaniaux le complément de ressources nécessaires pour achever des travaux dont Tutilité et l'urgence ont été reconnues par une commission spéciale. M. le ministre des finances, dans une des dernières séances du Sénat, a démontré, jusqu'à l'évidence, que cette aliénation ne pouvait avoir aucun inconvénient. Les raisons données par le ministre étaient trop décisives et trop péremptoires, pour que les adversaires du projet ne sentissent pas la nécessité d'en affaiblir l'autorité. Un journal Ta essayé, en s'appuyant de l'opinion et des calculs hypothétiques d'un savant distingué, qui voit, avec chagrin, qu'on plante beaucoup d'arbres verts.
A cette opinion, nous pourrions opposer celle d'un savant non moins compétent, dont l'avis est que les pins, à égale déclivité du sol, sont tout aussi propres que les chênes à empêcher les eaux pluviales de prendre un cours torrentiel, et que, croissant plus vite, ils rendront plus promptement au régime des eaux, les services qu'on attend du reboisement des montagnes.
Mais il ne s'agit point ici d'ouvrir un cours de sylviculture: il s'agit de faits et de chiffres; et puisque V Opinion nationale se plaint de n'avoir
point à sa disposition des statistiques suffisamment exs^ctes, nous lui fournirons le moyen de trouver à coup sûr ce qu'elle a inutilement cherche. Qu'elle prenne un tout petit volume, Y Annuaire des eaux et forêts, qui se publie tou3 les ans, par les soins de Tadministration, elle y pourra puiser les renseignements les plus exacts et les plus précis; mais elle y rencontrera, en même temps, la confirmation de tout ce que M. le ministre des finances avait avancé au Sénat,
Est-il vrai que la surface boisée de la France n*ait pas. décru depuis 1850 ? Comptons. Le Gouvernement a autorisé le défrichement de 230 mille hectares. Les communes et les établissements particuliers ont défriché entre 7 et 8 mille hectares^ yinfin rfttat a vendu, avec autorisation de défricher, 60 mille hectares de bois domaniaux. Voilà donc, au maximum, 300 mille hectares enlevés à la superficie forestière. Mais, en revanche, il a été opéré des plantations et des ensemencements auxquels les lois de 1857 et de 1860 ont donné une vive impulsion. Dans deux départements seulement, ceux de la Gironde et des Landes, 450 mille hectares ont été plantés. En ajoutant aux plantations exécutées par l'administration forestière, telles qui avaient été laites par les ponts et chaussées^ on ne peut év^uer i moins de 300 mille hectares les terrains domaniaux qui sont en vpiede reboisement; les communes et les établissements particuliers, de leur côté, ont planté 200 mille hectares. On peut donc dire avec certitude que, mtoe aprè9 la vente des 80 mille hectares dont Tallénation est proposée^ la surface bol^tée sera encore supérieure à ce qu'elle était ea48504
Cela est d'aut^mt moins coi^testable, que nous avons compté comme enlevés au régime forestier, toua les bois dont le défrichement a été autorisé, Qt qWil est loin d*en être ainsi dans la réalité. Bien des propriétaires sollicitent Tautorisation de défricher, parce qu'elle leur permettra, en cas é» besoia, de vendre à de meilleures conditions, mais sans intention d'en ueer e«:!^wmèmeB« Défricher est une opération longue et coûteuse, qui exige une avance de capitaux et dont le résultat n'est pas toujours cerùû», Tout le monde n^en veut pas courir les chances, et les renseignements reeueillis par l'administration forestière permettent d'affirmer que la moitié au plus des défrichements autorisés, a été réellement effectuée. L'observation de M. le ministre des finances est donc d'une rigoureuse exactitude. .
Lft substitution de la bouiiU au bois dans le chaufhge et dans les usages industriels, et par suite la diminution dans la consommation du bois ne sauraient davantage Mre contestées. Certains des adversaires du projet de loi, et ce ne «ont pas les moins ardents, se plaignent pféoisëment qu'il* ajoutera à la dëprédation des bois. Le marché est encombré, disent^ils^ et les bois sont invendables. D'où vient cet enoQiiy>remtnt du marohé, en face d'une produiStion régulière . et \8eii8iUement la même d'une anbée à l'autre, sinon dHine diminution dans la Donsommation^Une des causes principales de cette diminution e8t>de notoriété pulriic|iia.t çlest .la/trana«> formation que subit, dapuia qu^qoos années, l'induslirie éa §»•» Q^ant.au bois de chauffage, si nous prenons pour exemple la consommation de Paris, qui est connue par des chiffres d'une grande exaotitude, voici ce qui ie passe : De 48â| à 4B68, la pqpulation de Paris, par suite de la pro« greasion normale et de l'annasion de )a banlieue^ s^esft accrue d'environ 40 O/o. La consommation du combustible a dû s'accroitre dans \à mÂme proportion; et la consommation du charbon de bois, qui sert «[ohisive^ ment aux usages domestiques, est montée efiteetivement de 3,400,433 en 4S5S à 1,004,987 hectolitres en 4863. Pour le bois à brûler, au contraire, les quantités sont demeurées presque les mêmes t 749,059 stères en 4859, et 789,598 Stères en 4868. La consommirtion du bais est donc demeuréa stationnaire malgré l'augmentaiion considérable de la population; is'est^à^ dire qu'en réalité elle a diminué, puisque Paris seul consommait autrefois, autant que font aujourd'hui Paris et la banlieue réunis. Bfltoctivement, la place du bois a été prise en partie par la houille; il était entré à Paris 393,745 tonnes de houille en 485S; il en est entré 699,863 tonnes, c'est-à* dire, à peu près le double, en 4863.
Ce sont là des chiffres assez concluants; disons néanmoins quelques mots du mouvement des importations et des exportations. M. le ministre des finances, en s'appuyant sur les résultats des quatre dernières années, avait dit que l'exportation du bois était en-progrès tandis, que l'importation était à peu près stationnaire. LOpinion nationale a préféré prendre les chiffres des dix dernières années : ces chiffres tournent contre elle : il en résulte, en effet, que les exportations, qui étaient, en 4854, de 8,200,000 francs, se sont élevées, en 4863, à 321,500,000 francs et que, par conséquent, elles ont quadruplé. Les importations qui étaient, en 4854, de 58,500,000 francs, ont été, en 4863, de 433,000,000 : elles ont un peu
plus que doublé, mais elles sont en décroissance sur le chiffre qu'elles avaient atteint en 4864.
Le progrès est donc infiniment plus sensible du côté des exportations. Il faut, en outre, tenir compte de la nature de ces importaftions. Une partie notable, et que rOpinion nationale évalue elle-même à 24 millions, représente les merrains qu'exige le commerce des vins. Or, la France produit frès-peu de merrains; la conservation et le défrichement des forêts actuelles ne peuvent donc exercer aucune influence sur cette importation qui suivra toujours les variations de la récoite des vins: A plus forte nôson, en peuton dire autant des bois destinés à la fabrication des meubles et à rébénisterie, qui entrent, pour la plus grosse part, dans les importations, et dont la valeur est tout à fait disproportionnée à leur volume. L'accroissement de leur importation correspond aux progrès de deux grandes industries et non pas à un développement dans la consommation des bois de service et de chauffage, les seuls que puissent donner nos forêts. Si la production française était insuffisante aux besoins du pays, les importations auraient suivi une progression tout autre : qu'on veuille bien réfléchir, en effet, que dans les dix dernières années il a été dépensé dans Paris seulement 4 milliard et demi en constructions, et qu'il a été ajouté près de dix mille kilomètres à notre réseau de chemins de fer, et Ton restera convaincu de l'insignifiance relative des importations par rapport à la consommation française.
La mesure proposée par le Gouvernement ne compromet aucun intérêt sérieux; et elle assure l'exécution d'entreprises de la plus haute utilité. Des esprits prévenus pourraient donc seuls en méconnaître les avantages.
ÂCGVSTE ViTU.
LA CONSTITUTION
JOURNAL DU DÉPARTEMENT DE L' YONNE (Auxerrc)
Samedi 10 Juin 1865.