ASSEMBLEE GENERALE
Procès-verbal dé lu séance dU 26 mar$ 1ë6$.
Le Se itiâ!^ 1865 la Société forestière, convoquée en assemblée générale piv lettre en date du U niars, s'est réunie rue de Grenelle-Saint-ôérmain, no 8i, à la Société d'horliCulture.
M. ehevahdiéi* de VàldrÔtne, le plus ancien des vice-présidents par ordre de nomination, occupe le fauteuil de la (^résidence ; il est assisté
1. Voir page 479, la note extraite de iM. A. Jourdier, des forces producUces^ destructives et improductives de la Russie,
(le M. Alb. de Saint-Léger, vice-président, et de MM. le vicomte d*Aboville et Trefouël, secrétaires.
La séance est ouverte à trois heures et demie.
ALIÉNATION DES FORETS DE l'ÉTAT.
L'ordre du jour appelle Texamen des conséquences que pourrait avoir, tant au point de vue de l'intérêt général, qu'au point de vue de la propriété forestière privée, l'aliénation des forêts de .l'État.
Il est donné lecture, par un de messieurs les secrétaires, de l'extrait du procès-verbal de la séance de la commission permanente du i2 mars 1865, contenant l'exposé fait sur cette question à la commission permanente, qui, à l'unanimité, en a renvoyé l'examen à l'assemblée générale * .
Après cette lecture, la parole est donnée à M. de Saint-Léger qui résume ainsi ses appréciations :
Je suis frappé de ce qu'il y aurait de grave et de dangereux dans la vente des forêts de l'État, au double point de vue de l'intérêt des propriétaires forestiers, et de l'intérêt plus considérable encore de la France.
Au point de vue de la propriété privée, il est certain que les bois de l'État seront vendus, pour la plus grande partie, à des spéculateurs, et il n'est pas moins certain que les acquéreurs chercheront à se couvrir d'une partie du prix d'acquisition, en vendant les superficies ; il résultera de cet état de choses que pendant 25 ou 30 ans, il se produira sur le marché, des masses de bois tout à fait anormales, que par suite, les prix s'aviliront outre mesuré et que l'exploitation deviendra impossible pour un grand nombre de propriétaires.
Au point de vue de la France, le danger me semble plus grand encore.
Avec les lois qui nous régissent, avec le morcellement incessant et progressif de la propriété, l'État seul peut élever des futaies, parce que l'État seul, ne voit pas ses domaines divisés à chaque mort d'homme. J'ai eu souvent l'occasion de m'expliquer sur cette législation dans d'autres enceintes, et on connaît mon opinion sur l'article 903 du Code Napoléon ; je n'ai pas à y revenir aujourd'hui.
Ceci posé, la France peut-elle se passer de futaies? évidemm^ent noni
i. Voir cet exposé «ttprà n» de mars i864, p. 58.
Il y va de sa richesse commerciale et de sa prépondérance dans le monde. Je veux parler de sa marine marchande et de sa marine militaire.
Cependant, si la futaie disparaît, et elle disparaîtra par la v«Qt3 des bois de l'État, vous ne trouvez plus sur votre sol les éléments de cette double puissance, vous serez forcément réduit à la demander à l'étranger.
Mais rétranger, connaisant vos besoins, peut vous vendre à des prix exorbitants les bois dont vous ne pourrez plus vous passer ; il peut même vous les refuser tout à fait; que ferez vous alors?
Puis, en admettant même une bonne volonté constante de la part des détenteurs, serait-il donc tout à fait impossible qu'à un moment donné, une puissance rivale ne- cherchât à barrer le chemin à un produit devenu indispensable pour la combattre?
Et puis en6n^ il est certain que dans les districts boisés de Test et du
nord de l'Europe, la futaie commence aussi à se faire rare.
Je sais. Messieurs, qu'il est fort sot de parler de soi, mais je crois cependant pouvoir vous dire que j'ai fait bien des centaines de lieues dans les forêts de la Scandinavie, et que là aussi les arbres séculaires s'en vont; on trouve- plus avantageux, et surtout d'une jouissance plus prompte, de les remplacer par des taillis qui, convertis en charbon, servent à la fusion des admirables minerais dont ces pays sont couverts.
GAZETTE DE FRANCE
du 12 Août 1865.