PREMIÈRES CONCLUSIOINS SUR LA NATURE DE LA FOLIE
Sommaire. Deux points de vue sous lesquels la folie peut être considérée : le point de vue médical et le point de vue philosophique. — Nécessité de considérer la folie sous ce double aspect. — Rapprochement des deux doctrines idéaliste et physiologique ; part de vérité contenue dans chacune d'elles : la folie a son foyer dans les organes et son siège dans l'esprit.
A ne considérer la folie qu'au seul point de vue médical, c'est-à-dire à la fois physiologique, pathologique et thérapeutique, il est évident que la doctrine idéaliste est entièrement fausse, que le fou n'est ni un possédé, ni une yictime de la colère divine, ni un esprit qui se trompe ; que la folie n'a point pour cause unique, immédiate, la punition du péché, ou un vice du jugement; qu'elle ne prend point naissance dans le seul esprit, malade de la maladie intellectuelle de l'erreur, comme le corps est malade du mal de la goutte, sans participation aucune des organes corporels à titre de cause prochaine du délire de la pensée. Il est évident, au contraire, que le principe immédiat du déhre ou de l'alfaiblissement de l'intelligence est dans un état morbide de l'organisme ; que la folie est une maladie orga-
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nique eu tout point semblable dans ses traits généraux à toutes celles qui s'abattent sur le corps de Fliomme, quels que soient d'ailleurs l'organe que la maladie envahisse et les fonctions qu'elle lèse; que le délire, la stupeur intellectuelle ne sont que des effets et des symptômes moraux de ce mal physique. A ce point de vue de la médecine , toute définition de la folie qui exprime et consacre cette vérité, que le délire, la stupidité et toutes les anomahes des facultés intellectuelles et morales qu'on remarque chez les fous sont les effets immédiats d'un désordre organique, est acceptable comme résolvant, conformément à l'observation, à la raison et au bon sens, la question présente.
Mais il est un autre point de vue que celui de la médecine, sous lequel la théorie de Leuret, par exemple, je ne dis point celle de Platon ni de Heinroth, reprend quelque valeur et, sans l'emporter jamais sur l'autre, renferme une certaine part de vérité, sous lequel, ce qui serait plus exact encore, les plus parfaites de toutes les définitions médicales ne satisfont pas complètement l'esprit et ne répondent pas à tout ce qu'on est en droit d'en attendre. Je ne conteste pas que le médecin ne doive considérer la folie surtout au point de vue médical, ce serait injuste et déraisonnable, je ne conteste même pas que cette considération ne soit la plus prochainement utile; mais je ne pense pas qu'elle soit la seule et la seule importante. Il importe sans doute plus que tout le reste de guérir ou du moins de traiter, en vue d'une guérison possible, le mal de la
folie ; pour le traiter ou le guérir, il faut en déterminer la nature et le siège , afin de l'attaquer dans son principe par des moyens efficaces ; il faut procéder enfin, pour le traitement de la folie, comme on procède pour celui des autres maux. Mais le mal de la folie , tout organique que soit sa racine , n'est pas en tout point semblable aux autres maux ; il a des caractères singuliers qu'on ne peut méconnaître ou mentionner légèrement.
La science médicale a tout fait, on ne peut exiger d'elle davantage, quand elle a déterminé quelle région, quel organe du corps est altéré dans la pleurésie , en quoi cette altération consiste, à quels symptômes on la reconnaît, et donné les moyens de réparer le désordre. Elle n'aurait pas tout fait, et plût à Dieu cependant qu'elle fût à la hauteur de cette tâche , quand bien même elle aurait donné sur le mal de la folie les mêmes et les plus exactes indications. Ce parallélisme qu'on établit entre les effets ou les symptômes de la pleurésie ou de tout autre mal et le délire, Terreur, la stupidité intellectuelle, est très-exact; le délire n'est bien qu'un effet, un symptôme du mal organique dont il révèle l'existence ; mais à côté de cette parfaite similitude il y a une différence sensible et de première importance entre les deux maux, ou du moins entre la valeur de leurs symptômes.
La folie doit être considérée aussi au point de vue psychologique, moral et social; le médecin peut et doit se placer à ce nouveau point de vue s'il veut connaître