‹ L'aliéné devant lui-même, l'appréciation légale, la législation, les systèmes, la société et la familleChapitre 2 sur 100 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l'aliéné devant l'isolement et devant le libre arbitre

« Un enfant, qui ne jouit pas encore de sa raison, un » fou qui l'a perdue, a dit un philosophe, ne sont que » davantage sujets aux lois sociales. Ces lois n'exigent » pas de connaissance dans ces pauvres êtres parce » qu'elles sont relatives à leur bien particulier et qu'elles « ont aussi pour but de veiller à l'intérêt général et » d'enchaîner quiconque le trouble. »

Les asiles sont destinés à recevoir les pauvres d'esprit,

cl la législation de l'an XI ainsi que celle de 1838 (lois

d'exception) ont voulu assurer l'ordre public contre ceux

qui, privés de raison, peuvent lui nuire, en même temps

qu'elles ont cherché à donner la tranquillité aux parents et

à la société, à prendre l'intérêt des aliénés en les proté-

— G — géant contre eux-mêmes et en se chargeant de leurs besoins puisqu'ils sont incapables de penser pour eux.

On s'est élevé contre les placements qui se font, on a parlé d'abus et de certaines facilités d'intromission. Eh bien ! les cas de force majeure, de péril imminent sont plus nombreux, plus multiples, plus complexes qu'on ne le pense et, chaque jour, en parcourant les feuilles publiques, on enregistre des conséquences déplorables dues à l'acception peu étendue et mal comprise du danger provenant de l'aliéné, au peu de rapidité, à la négligence vis-à-vis de la séquestration.

Les asiles sont fondés, pour la plupart; ils doivent contenir ou ont la possibilité de contenir tout ce qui rentre dans le cercle des maladies mentales. — Lors donc que, d'après un certificat médical, il est constaté qu'un individu est atteint de troubles psychiques, la famille et d'autres même ont le droit de demander l'admission ; l'autorité, dans les circonstances qui lui sont réservées et dont elle est appelée à connaître, a le pouvoir de placer officiellement. Si on juge, dans les délais fixés par la loi et qu'on peut du reste prolonger quand l'opinion n'est pas formée, que la personne est incapable d'agir dans la vie et d'y songer aux nécessités les plus usuelles par suite de telle lésion mentale, si on s'aperçoit qu'elle peut être dangereuse soit par propulsion, soit par impossibilité de conduite sur laquelle vient se enter le dénuement familial, on se voit forcé de la garder. — Le malade est entouré de soins à l'asile, et on veille sur lui avec sollicitude; il serait

offensif et malheureux à son domicile antérieur où on le considérait comme un embarras ; les égards physiques et moraux lui sont dus à son entrée ; il se trouve protégé contre le manque d'attentions qu'il aurait essuyé au dehors et la société se trouve protégée contre sa nocuité ; la loi s'oblige à penser pour lui et à le couvrir d'une vigilante bienveillance de chaque jour et de chaque heure. — Cette loi n'est pas si dure et si injuste qu'on s'est plu à le répéter "envers ceux dont le cerveau plus ou moins malade manque du fonctionnement nécessaire aux exigences de la vie ; elle ne séquestre pas quand même l'être qui n'est plus en possession de son libre arbitre; elle prend uniquement l'individu sous son égide sous le rapport hospitalier et sous le rapport social ; si elle a compris ses devoirs vis-à-vis de l'un, elle n'oublie pas ses obligations générales quand elle se trouve en face de l'intérêt commun ; elle a même des mesures coercitives contre ceux qu'elle nomme ses mandataires et qui outrepasseraient sa confiance.

La séquestration est un bienfait tout aussi sérieux pour l'aliéné lui-même que lorsqu'elle est pratiquée en faveur de l'ordre social.

On sait que, parmi les individus renfermés dans un asile, les uns ont besoin d'être entièrement privés de liberté tout en subissant un régime doux; que, du reste, ils sont protégés par l'autorité supérieure contre ceux

qui sont chargés de les garder, de les traiter, de prendre les mesures nécessaires pour qu'ils obtiennent les égards et la mansuétude des subalternes. — D'autres ont de la liberté restreinte par la discipline intérieure et vaquent à des travaux utiles. — D'autres, s'occupant le plus souvent, vont et viennent dans la maison sans trop s'apercevoir des règlements de police intérieure dont on cherche, autant que possible, à ne pas leur faire sentir la rigueur ; ils sont toutefois surveillés. — A d'autres il est absolument nécessaire de distribuer sans cesse les soins du premier âge. — Resterait une autre catégorie, celle des fous furieux. Mais, il ne faut pas confondre la furie avec l'agitation désordonnée, soit d'actes ou de paroles, soit de paroles et d'actes, qui rend les individus insupportables et dangereux à plusieurs titres. La furie — bien qu'il faille en tenir compte — est exceptionnelle et se voit peu dans les asiles. Aussi, différemment qu'au XVIIIe siècle, les loges sont fort peu, ne sont presque jamais ou jamais occupées, de la même manière qu'on ne voit plus autant de camisoles. — La totalité des gens du monde, des magistrats, des médecins même, s'imaginent, en passant le seuil d'une maison d'aliénés, qu'ils trouveront fatalement la fureur peinte sur le visage et reflétée dans le langage et les actes. Ils ne comprennent pas et, par malheur, ils ne veulent pas fréquemment, même après examen et explication, comprendre ce qu'est l'insanité. Ils se créent des fous imaginaires « semblables, dit M. Falret, à » ceux qu'on représente dans les romans ou les pièces

» de théâtre....; ils substituent des idées préconçues à » l'observation de la nature, la fiction à la réalité; c'est » l'observation abandonnée à tous les caprices de l'ima- « gination. »

« La fureur, dit Eequirol, n'est pas un état; c'est un » accident du délire. » — « La plupart des fous d'autre- » fois, ajoute Aubanel, renfermés dans les prisons et les » cachots, étant constamment furieux et ne cessant de » hurler par suite des mauvais traitements qu'on leur » faisait subir, les gens du monde se sont habitués à ne » considérer comme privés de raison que ceux qui se » sont fait remarquer par leur turbulence et leur impé- » tuosité. Ils sont tout étonnés, en pénétrant dans les asiles » modernes où les nouvelles pratiques ont été introduites, » de voir la discipline qui y règne, la bonne tenue et la » propreté des dortoirs, l'absence des chaînes.... etc. » Habituons-nous à ne pas considérer la fureur comme » caractère inhérent à l'aliénation mentale et nous com- » prendrons mieux la folie partielle qui s'accompagne le » plus ordinairement de toutes les apparences de la » raison. »

Je ne parlerai pas de ces malades agités par intervalles, très-dangereux dans certains instants et inoffensifs dans d'autres. — Leur place est suffisamment désignée d'ellemême. — Je ne parle pas de la série affreuse des idiots, des paralysés à vie purement végétative. A leur simple vue on se demande ce qu'il adviendrait d'eux s'ils n'avaient pas les soins de l'asile.

« Par leur destination, dit M. Parchappe, les maisons » d'aliénés doivent satisfaire à deux conditions différentes, » l'assistance par le traitement curatif de la maladie, » l'assistance par le refuge. »

Les aliénés internés — surtout ceux qui sont originaires de la campagne ou qui appartiennent à certaines classes des villes — ont le bien-être qu'ils n'ont jamais eu précédemment et ne pourraient jamais avoir chez eux; ce serait facile à établir d'une façon fort nette. — Logement, couchage, habillement, nourriture bonne et substantielle sont autant de résultats avantageux qui militent contre leurs conditions antérieures de vie. Au dehors, les uns sont jouet et risée sans qu'un peu de pitié s'abaisse sur leur infortune; les autres, abandonnés à eux-mêmes, mènent presque à la façon de la brute une vie vagabonde et peuvent être très-nuisibles ; d'aucuns sont indignement exploités..., etc. — L'extrême majorité trouve-t-elle les attentions bienfaisantes qu'elle obtient à l'hospice? Jamais. — Tous les idiots, la pluralité des imbéciles et des déments éprouvent, soit de la part de leurs parents, soit de celle de leurs co-hommes mille et mille misères. — Quant à certains maniaques, je crois malheureusement devoir déclarer que l'égoïsme de la crainte l'emporte beaucoup sur l'amitié pour faire reposer sur eux un peu de surveillance et de soins.

Dans un travail parfaitement fait d'ailleurs, mais dont je

suis loin de partager les idées (i), M. H. de Castelnau a pensé que les législateurs de l'an XI ont été loin de remplir leur but relativement aux personnes et aux biens.

Il faut tenir compte des temps. — Pour les personnes, ils n'ont pas trop dévoyé, bien que les considérations des rapports au Tribunat ne soient pas exemptes de reproches. Ils ont aidé à briser des chaînes et à métamorphoser des espèces d'in pacc en maisons de secours; ils ont voulu voir les insensés participer de la rénovation du XIXe siècle; ils ont voulu que l'espoir ne fût pas une lettre morte et qu'une issue pût être ouverte à un malheureux pour rentrer dans le monde. — Dans ce dernier cas, ils n'ont pas prévu que le monde ne couvrirait pas de son égide ce malheureux. On détourne, en effet, trop souvent les yeux d'une infortune qui n'est pas la sienne, et pourtant les infirmités morales demandent une vive attention, exigent une grande délicatesse vis-à-vis d'elles unie à une longanimité de bon aloi.

Si les anciens législateurs n'ont pas tout prévu, il n'est pas moins vrai que l'idée qui a présidé à la grande réforme a puissamment marché et qu'il faut savoir gré de l'initiative et de l'impulsion donnée. — En 1838, on a senti le besoin de correctifs appropriés aux nouveaux progrès de la science et aux légitimes exigences des malades, et la charité légale a trouvé de nouvelles ressour-

(I) De l Interdiction des Aliénés, Paris 1860.

ces. — Sans doule il peut y avoir quelques changements et des additions à opérer; mais tout suit la marche des ans et les indications que l'expérience démontre utiles et possibles.

Je le répète donc : les législateurs de l'an XI n'ont pas erré pour les personnes ; ils ont même mieux fait qu'ils n'auraient pensé, et ils ont abrégé le travail de leurs successeurs.

La question des biens est si, délicate et si complexe qu'il y a soixante ans, quand on était dans l'enfance du métier, on a pu ne pas tout voir. — Maintenant encore, cette question renferme tant d'ordres de faits et est sujette à tant de roueries de la part des familles que, si on l'aborde, il n'est pas aisé de la résoudre à la satisfaction générale. Je dirai même qu'elle est parfois insoluble.

Somme toute, si l'interdiction n'a pas toujours sa raison d'être et peut même revêtir un caractère des plus nuisibles, il faut cependant aviser à ce que, dans des cas déterminés, on ait une garantie. L'individu intéressé et ceux qui le touchent de près ont besoin de sauve-garde; mais, aujourd'hui l'interdit est loin toujours de profiter, et beaucoup de parents abusent de l'application légale sans pourtant devenir justiciables. Trop sévère pour l'un, la législation manque de prévoyance et n'est pas assez coercitive en ce qui concerne les autres.

Mon intention, du reste, n'est pas de m'arrèter sur un sujet traité de main de maître par M. Brierre de Boismont. — Si M. H. de Castelnau en a parlé doctrinalement et

avec une intention qu'on ne peut que louer, toujours estil que l'auteur s'est laissé emporter par sa philanthropie, et la demande qu'il fait en suppression de l'interdiction me parait avoir été un réquisitoire formel contre la séquestration. — Or, quand on veut bien se pénétrer de l'esprit qui a présidé à la loi du 30 juin 1838, on voit que l'isolement a sapé l'interdiction.

L'honorable savant s'est plaint que « les aliénés perdent » cette liberté, en quelque sorte physique et sauvage, de » porter leurs pas où la volonté les dirige, et la liberté » morale, née de la civilisation, plus précieuse encore » que la première, de disposer de leurs biens soit pen- » dant leur vie, soit après leur mort ; de disposer de leur » personne et de chercher, dans les pures consolations » du mariage et de la paternité, un adoucissement à leurs » maux. » — 11 trouve étrange la sévérité de l'article 489 du Code civil. — La loi a dû se montrer prévoyante; il ne faut pas détruire sans savoir avant ce qu'on édifiera.

Pour la séquestration, c'est une autre affaire; il m'appert de toutes façons qu'elle est d'une grande utilité publique et privée. Je ne crains même pas d'être paradoxal en disant qu'elle est essentiellement humanitaire.

En principe — et je suis sur que tous les aliénistes seront de mon avis — plus des trois quarts des aliénés sont dangereux et ont besoin de l'internement; on ne peut avoir confiance en aucun, même en celui quune expérience déjà longue a pu faire croire inoffensif. Tous demandent à ne jamais être perdus de vue. — Quant à

l'autre quart, il ne peut se conduire dans la vie et manque de protection extérieure; il lui faut donc, bon gré mal gré, la tutelle administrative.

M. Girard de Cailleux fait des aliénés deux classes, les dangereux et les non dangereux à la condition d'un appui; on ne peut être plus clairement dans le vrai. Il est fort heureux, en effet, que la sécurité publique trouve dans la loi le droit de se défendre, et que cette même loi fournisse un asile confortable à un infortuné qui se trouve le plus souvent dans le délaissement le plus complet. — Tout aliéné a besoin de surveillance; sinon, l'intérêt commun est en danger. — Sans doute, quelques aliénés pourraient, jusques à un certain point, rester chez eux; mais, pour cela être, il faut l'appui de la famille. Là est le point délicat, et là aussi est le point d'arrêt. Il est urgent pour l'aliéné de sentir une autorité qui le maintienne et le protège physiquement et moralement contre lui-même. C'est ce qui a fait dire à M. l'inspecteur général Parchappe : L'a- « liénation, en tant qu'elle prive d'une manière permanente » ceux qui en sont atteints de la raison et du libre usage » de leurs facultés, entraine chez ces malades l'impuis- » sance de subvenir à leurs besoins, l'irresponsabilité » morale et légale de leurs actions. » — Il ajoute : « L'a- » liénation mentale exige, pour son traitement, des con- » ditions spéciales d'habitation....; parmi ces conditions, » il en est une qui suffirait à elle seule pour motiver la » fondation d'établissement spéciaux, c'est la nécessité de » l'isolement. » — Par là on ne doit qu'entendre la sous-

traction à ses habitudes de vie, aux conséquences fâcheuses du milieu où il se trouvait.

L'aliéné non isolé trouve des causes incessantes d'agitation qui aggrave %on désordre mental ; l'intelligence ne peut plus agir logiquement, et la sensibilité s'émousse davantage par l'affaissement ou l'exaltation. — L'idiot et l'imbécile qui ne sont pas isolés se trouvent dans des conditions rebutantes de vie, et cela fatalement par suite du manque de secours.

L'isolement donc, et le travail ensuite (1), sont les deux

(1) « L'autorité, dit M. Parcliappe, qui commande au nom do -.. la raison n'est pas sans une légitime influence sur les aliénés. h — Dans les discussions auxquelles ont été soumises les di- » verses questions qui se rattachent aux règles qui doivent « présider à l'organisation du travail dans les asiles d'aliénés, » on a négligé une distinction fondamentale qui domine toutes » ces questions, la distinction des deux buis fort différents vers » lesquels doit être dirigée l'institution du travail, suivant qu'on » l'envisage comme moyen de traitement pour les aliénés cura- » blés, ou comme moyen de bien-être pour les incurables. — » L'emploi du travail, comme les autres ressources de la théra- « peutique, ne peut être soumis à des règles absolues; il y a, » dans la direction à donner aux malades, un grand compte à h tenir de toutes les circonstances individuelles de causes, de » caractère, de formes du délire. — Le travail, dans les asiles, » comme dans les agglomérations humaines, est une condition » essentielle du maintien, de l'ordre et de la conservation des » bonnes mœurs. — Le bien-être des incurables même n'est pas » moins étroitement lié que celui des autres hommes à l'obser- « vation de la loi du travail, soit qu'on le considère comme un » moyen hygiénique propre à entretenir la santé par le main-

grands leviers dont on se sert principalement pour obtenir guérison, amélioration, modification avantageuse ou réglementation de l'existence.

» tien de l'équilibre des forces, soit qu'on l'envisage comme un » moyen moralisateur apte à assurer le repos de l'âme par l'é- « loignement de la tristesse et de l'ennui. — Ce que réclame » essentiellement l'intérêt des aliénés incurables, ce sont des » occupations salubres et agréables. Au point de vue de la salu- » brité du travail, les occupations qui mettent en action tout » l'appareil locomoteur et qui supposent l'exercice en plein air » sont celles qui, généralement doivent être préférées. Les » occupations sédentaires, les seules qui conviennent au plus » grand nombre des femmes, ne peuvent demeurer salubres » qu'à la condition de leur interruption par des intervalles » suffisants consacrés à l'exercice en plein air, et à la condition » de leur accomplissement dans des ateliers vastes, bien éclai- » rés, bien ventilés, où l'on ait jamais à souffrir de la chaleur » ni du froid. - Ce qui réalise l'attrait dans les travaux, c'est » le changement de lieu, la variété des occupations, la satisfac- » lion de créer des produits; c'est encore — et à un haut degré « — la préférence pour une occupation qu'on avait choisie et à » laquelle on est habitué. On comprendra donc que le travail, » pour les incurables, est celui qui se rapproche le plus des >> métiers exercés par eux avant leur entrée. » (Ann. médicopsychologiques, lre série, t. II, p. 395 et suiv.).

Par cet extrait d'un travail du savant Inspecteur général, ceux qui sont par trop poussés vers la critique pourront apprécier comment doit être envisagé le labeur dans les asiles, qu'elle est sa nature, quel est son but. On conçoit que son organisation, si elle a une grande utilité physique, présente également un grand intérêt moral. — La productivité pour l'asile et le travail comme traitement sont deux choses parfaitement conciliables sans détriment pour l'aliéné. La bienveillance dans l'autorité,

Qu'est-ce que l'isolement pour les aliénés? C'est la vie en commun, une des bases du traitement, soumise à une surveillance physique et morale qui prend sa source dans la bienveillance; c'est la vie en commun substituée à l'individualisme. — L'homme devenu fou sous l'influence de fausses aspirations , de certains instincts , de certaines passions, de luttes diverses avec sa famille et ses semblables, a besoin du repos et de la solitude, non pas de celle qui ne ferait qu'augmenter ou changer son délire, mais d'une solitude qui l'arrache à toutes les influences pernicieuses du dehors. C'est la séquestration qui permettra, par l'intermédiaire d'un cerveau étranger, de régulariser ses pensées et ses actes, de procurer le calme à l'organisme, et qui pourra offrir l'espoir d'un retour à une liberté morale dégagée des entraves d'autrefois.

« L'isolement, dit M. Morel, n'est pas, dans son appli- » cation thérapeutique, la privation absolue de toute com- » munication , mais la privation seule des rapports au » milieu desquels la folie s'est développée ou qui pourraient

la sévérité tempérée par la douceur, la surveillance attentive, le soin de changer ou de faire cesser le travail, l'étude minutieuse des modifications qui peuvent survenir dans l'entendement et la sensibilité affective, et que la médecine ne doit jamais perdre de vue comme guides de l'avenir de l'aliéné...., etc., sont autant de règles qu'il faut savoir discerner avec toute la sagacité et le tact possibles, qu'il est urgent de suivre concurremment pour mener à bonne fin les travaux nécessaires à la curation ou simplement à l'hygiène physique et morale des malades.

» en rappeler les causes. — Les relations des médecins » agissent différemment; elles changent la direction des » esprits malades, elles permettent de combattre les idées » fausses et mettent à la place de la famille cette résis- » tance sage qui donne à réfléchir. »

« L'isolement, avait déjà écrit, en 1832, Esquirol, est » le moyen le plus nécessaire et le plus utile pour com- » battre les maladies mentales. »

Par l'isolement l'asile n'est pas seulement un lieu assuré de traitement régulier et que l'expérience confirme chaque jour; il devient un élément colonisateur pour le réveil des aptitudes.

« La vie ordinaire, disait à juste titre Renaudin, s'y » reproduit sous ses formes les plus variées; la règle et » la discipline dirigent plutôt qu'elles ne contraignent; le » travail y est un besoin, une distraction et un moyen » hygiénique, et les rapports entre tous les modificateurs » sont établis de telle sorte qu'ils se prêtent un mutuel » concours. »

La présence de l'aliéné au milieu d'autres malades, loin d'être un vice comme on l'a avancé et comme le pensent certains préjugés vulgaires, est d'une influence favorable par le compte qu'il se rend de sa situation avec celle de son voisin et de l'excitation qui en résulte pour l'attention et le jugement.

Quelle est la limite de l'isolement? On ne peut l'enchainer à des règles fixes et invariables. Elle dépend du sujet, des conditions nosologiques, des circonstances de

milieu quand il vient à sortir. — Tantôt l'isolement doit être rigoureusement maintenu pendant toute la durée du traitement et le malade peut être renvoyé aussitôt qu'apparaît la guérison; d'autres fois, un temps d'observation plus ou moins long, et qu'il faut laisser à la sagacité du médecin, doit être surajouté; d'autres fois encore il est utile de renvoyer quand l'amélioration se présente, et la guérison se parachève mieux à l'extérieur.

Par le fait de l'isolement on arrive à la direction morale des aliénés. On doit éviter de les heurter, de leur faire des promesses irréalisables; il faut savoir leur imposer sans jamais les blesser. Pour cela être, il est nécessaire de se rendre compte de toutes les perturbations mentales et, quand on pensera devoir chercher à les redresser, on doit démêler en elles celle qui offre la plus grande susceptibilité d'attaque; les conseils étant donnés, le combat qu'on engage contre les erreurs ne devra jamais être de longue durée; on les répétera plus souvent; on mettra également des intervalles pendant lesquels on observera vis-à-vis des aliénés la passivité du silence pour lui apprendre à observer, à se rappeler, à réfléchir. — S'il est utile que l'aliéné sache qu'on est son maitre, et qu'on peut dompter au besoin son inactivité ou son délire multiple, on n'oubliera pas de lui laisser voir qu'on est son ami et son protecteur. — Une réserve des plus prudentes sera déployée dans les concessions ou acquiescements qu'on jugera convenable d'accorder sur divers points et, en particulier, la lecture et l'envoi des lettres. Pour ces der-

nières il est essentiellement important de s'attacher davantage a l'esprit qu'à la lettre du 30 juin 1 838. — 11 faut aussi qu'en l'absence du chef l'aliéné apprenne à se subordonner aux préposés à sa garde ; préposés dont la volonté n'est en définitive que le reflet d'une autorité supérieure. Le gardien devra, à son tour, toujours se souvenir que, si l'intimidation est souvent commandée par les circonstances, elle n'exclut pas la douceur et, en tout cas, repousse formellement la brutalité.

Il est impossible de permettre à certains aliénés de porter leurs pas où la volonté les dirige ; une digue doit être opposée à leurs appétits quand ils se font sentir. — L'aidoiomane a sa place bien marquée, et d'avance. — Le lypémaniaque avec idées invétérées de suicide ou farci de convictions de persécution ou d'hallucinations dont la résultante est le meurtre doit être enfermé dans un double intérêt, personnel et social. — Que doit devenir l'individu aux penchants homicides? 11 veut sa liberté; il a du vouloir ; est-ce un vouloir morbide? Faut-il le laisser parcourir librement la voie publique? — Toute la série du délire partiel renferme tant et plus de gens dangereux. — Ne doit-on pas tenir en grande méfiance ces hallucinés qu'on retrouve dans toutes les formes du délire, et même dans la démence? — Le délire général, l'imbécillité — surtout avec instincts pervers — l'idiotie donneront un chiffre remarquable d'éléments pernicieux devant lequel

la société devra mûrement réfléchir avant de rester en contact avec l'aliéné.

Du maniaque Saùl, du lycanthrope Nabuchodonosor, à Charles VI et Charles IX, à Philippe V d'Espagne.., etc., de ceux-ci aux fous actuels, il y a toujours eu des êtres dénués de raison dont on devait se méfier et dont on aurait dû se garer. — C'est pour n'avoir pas été renfermés que Jacques Clément et Ravaillac ont pu commettre leurs crimes; ils avaient de la volonté, ceux-là; ils en avaient même trop. La perversion de ces êtres qu'il ne faut pas confondre avec la perversité d'un Louvel exige que l'homme prenne des garanties contre eux. — C'est parce que le flambeau de 89 n'avait pas paru et que la médecine psychologique n'avait pas pu donner de preuves d'existence, que Laubardemont a pu faire impunément brûler Urbain Grandier et que, parmi les religieuses de Loudun, les unes n'ont pas été fouettées et les autres n'ont pas été mises dans une maison de bienfaisance pour y recevoir les soins que nécessitait leur état. — Le Christ pourtant avait le premier donné l'exemple du traitement moral envers les aliénés, comme Arétée et Soranus l'avaient indiqué pour tous les fous. — La justice devait sévir contre les convulsionnaires ; toutefois, beaucoup d'entre eux, fous primitivement ou par suite de l'imitation, devenaient passibles de l'internement comme dangereux pour la morale publique.., etc. — Jadis, Jean de Dieu, Vincent de Paul ont pu juger les vices de l'oppression, de l'orgueil et de l'ignorance ; ils sont restés partisans d'un

internement conforme aux lois de la morale et d'une charité comprise.

L'excellent ouvrage de M. Parchappe (1) et les Commentaires médico-administratifs de Renaudin (2) rendent compte des attentions minutieuses auxquelles donne lieu l'aliéné, et jusqu'à quel point s'étend la préoccupation d'organiser convenablement les moyens d'appliquer les soins diététiques et moraux de l'isolement. Leur simple lecture invite à la justice envers la loi, l'administration et les aliénistes.

A l'heure qu'il est, des voix s'élèvent contre l'enfermement des aliénés et les tortures qu'ils souffrent. — Que deviendraient-ils, eux et la société, si on supprimait nos établissements? Il faudrait dès lors supprimer l'article 64 du Code pénal qui rend la folie exclusive du crime, augmenter les prisons et mettre l'échafaud en permanence, car il y aurait plus de gens pour trouver à toute force un coupable et moins pour l'excuser.

« Laissant de côté, dit très-justement M. Auzouy, la » question de conscience et d'honorabilité professionnelle » qui, pour nous, serait une garantie suffisante, nous » n'admettons pas qu'en face des formalités et des pré- » cautions prescrites par la loi il puisse se produire une

(1) Des principes à suivre dans la fondation des asiles d'aliénés. Paris, Victor Masson.

(2) Commentaires médico-administratifs sur le service des aliénés. Paris, J.-B. Baillère.

» seule séquestration arbitraire dans les asiles tels qu'ils » sont aujourd'hui organisés. — Les visites périodiques » et toujours inattendues des magistrats de tout odre, » préfets, procureurs impériaux, maires, juges de paix, » membres des conseils généraux et des commissions de » surveillance, et surtout l'inspection générale qui se fait » à l'improviste, ne constituent-elles pas les plus sérieuses » garanties contre tout soupçon de séquestration arbitraire » ou illégale? Comment pourrait-il se passer dans nos » établissements quelque chose de mystérieux qui échappe » à une surveillance aussi multipliée et aussi vigilante? » Le nombreux personnel qui nous seconde ne voit-il pas » tout ce qui se passe,- et un médecin prévaricateur ne » serait-il pas à la merci d'un infirmier mécontent ou » congédié? Chaque jour, d'ailleurs, voit davantage s'é- » largir le cercle dans lequel se meut l'aliéné ; les com- » munications avec le dehors deviennent plus fréquentes, » et les restrictions apportées momentanément à la liberté » deviennent de jour en jour moins étroites. Personne ne » contestera que tous les efforts des médecins aliénistes » ne tendent à procurer à l'insensé la plus grande somme » de bien-être et de liberté compatible avec sa situation » mentale » (1).

Vouloir les aliénés libres ! — Mais, laissera-t-on porter les pas où la volonté les dirige à l'assujettissement aveugle

(1) Journal de Médecine mentale, t. VI, p. 317.

psychologique, à l'impulsion aveugle de l'hypochondriaque, à ces impulsions instinctives dont on ne sait jamais le moment, et dont les conséquences sont si funestes! — L'homme dont la passion est entraînée tellement en dehors de sa sphère d'activité qu'elle ne peut plus être soumise à la réflexion est-il criminel ou aliéné? — H est aliéné; il peut nuire, et on doit l'enfermer ; c'est ce que les gazettes de chaque jour nous font connaître dans leurs faits divers. — Ne sait-on pas que, de notre temps, Feldmann, Lecouffe, Papavoine, Henriette Cornier, et tant d'autres qu'on peut trouver dans les opuscules ou rapports médico-légaux Jobard, l'assassin du théâtre des Céles-

tins peut-être le sergent Bertrand peut-être Verger auraient dû avoir leur place dans une maison de

fous. — N'est-ce pas pour avoir laissé trop longtemps abandonnées à elle-même la liberté et la volonté dont la restriction était nécessaire que se commettent ces faits qui, faute d'un examen antérieur plus psychologiquement approfondi, tombent sous le coup de la pénalité parce qu'on les a considérés comme criminels? — Ne voit-on pas journellement dans les asiles des individus sur le compte desquels il n'y avait encore eu rien de trop fâcheux à noter, oser à la grande surprise des chefs et des gardiens les actes les plus nuisibles. — S'ils étaient à l'extérieur sans surveillance et sans rien pour les maintenir, qu'arriverait-il? — A diverses époques, des médecins et des gardiens ont été tués; malgré la profonde douleur qu'en ressent l'aliéniste, il est encore trop juste pour ne

pas demander l'exonération du fou qui a méfait. Loin de demander la liberté, il insiste avec plus de force sur la surveillance de tout instant, et il appelle l'attention sur les insensés qui se trouvent encore au dehors.

« Les aliénés les plus dangereux, a dit Aubanel, ne » sont pas ceux qui crient, chantent, brisent; ce sont » ceux qui, sous le voile trompeur du silence, méditent en » repos les sinistres projets enfantés par leur imagination » malade. »

Dans un rapport médico-légal sur une inculpation de meurtre (1845), M. Parchappe, concluant que l'individu ne jouissait pas du libre exercice de ses facultés au moment où avait été commis le crime, déclarait en outre qu'il n'avait offert depuis son incarcération, et au moment de l'examen, aucun signe d'aliénation, mais qu'eu égard à ses antécédents la séquestration était nécessaire. — Les partisans de la non-séquestration considéreraient celte conclusion qui s'est renouvelée plusieurs fois depuis comme une atteinte portée à la liberté individuelle, comme un crime de lèse-humanité lorsqu'au contraire c'est une précaution des plus prudentes en faveur de l'individu et du groupe social.

En ce moment (15 septembre 1865) j'ai dans mon service un individu — des Vosges justement, département le plus en colère contre l'arbitraire, si on en croyait le docteur Turck — qui, sous l'influence de convictions lypémaniaques et d'hallucinations persécutives , a tué son beau-père et, s'il n'a pas tué une autre personne, c'est

par suite de circonstances indépendantes de sa volonté morbide. Aujourd'hui, il semble raisonner comme un autre, manifeste les meilleures intentions, a beaucoup de regret ; son attention est nette, ses conceptions précises, sa mémoire fort juste; mais, l'expression hypocrite de sa figure, ses façons cauteleuses, son apathie devant tout m'indiquent assez la dissimulation. Or, la dissimulation chez l'aliéné est énorme. — La simple interrogation du malade fera dire à un visiteur : il n'est pas fou. Soit; provoquez sa sortie; mais, moi, bien que je désire au plus haut degré des exeat à mon bilan annuel, je ne provoquerai rien, non pas, comme le dit M. Girard de Cailleux, parce que j'aurai peur de compromettre ma réputation scientifique, mais parce que je tremble à l'idée d'un meurtre commis à la suite d'un avis trop précipité de ma part et parce que l'expérience indique combien on doit se méfier des aliénés homicides.

Les mots « liberté individuelle » ne demandent pas à être exagérés au point de nuire à l'intérêt commun qui mérite bien une certaine défense. Il faut sans doute leur accorder le plus grand respect; toutefois, il est urgent de ne pas se laisser emporter par un trop vif amour pour eux quand on sait pertinemment que cet amour est une faiblesse ou une erreur. Le progrès et la civilisation réclament des égards ; mais, naviguant toujours devant des horizons inconnus, ils doivent se tenir en défiance contre le cap des Tempêtes.

Si l'humanité veille sur l'individu sage ou réputé tel,

elle sait également défendre l'individu fou. — L'internement, et un internement hàtif, est un important bienfait que réclament impérieusement les besoins de l'aliéné.

« Pourquoi, disait le regrettable Follet (de Quimper), » les aliénés ne nous arrivent- ils qu'après plusieurs an- » nées d'invasion de la folie, soit qu'ils proviennent de » leurs familles ou des hôpitaux qui les ont conservés >• pendant longtemps, soit des maisons centrales et de » diverses prisons d'où ils sortent par ordonnance de non- » lieu? C'est ainsi que les aliénés sortent sans indication » pour être tolérés, çà et là, tant qu'ils sont tolérables, » et n'être isolés que s'ils viennent à inquiéter la famille » ou le voisin, alors qu'ils ont progressé dans une chronicité qui va les condamner à végéter dans les voies de » l'oblitération. » — 11 ajoute à ces justes réflexions le modèle d'une circulaire que l'autorité pourrait adresser aux maires ; j'en extrais le passage suivant : « l'observa- » lion démontre que la médication est trop souvent attar- » dée et que, si la folie pouvait être traitée dès son inva- » sion, on compterait des guérisons nombreuses et moins » sujettes à récidiver. — 11 arrive que, sous l'influence » de conditions faciles à apprécier, la plupart des malades » n'entrent dans les établissements qu'après une folie de » vieille date....; si, pour une fièvre ordinaire, la moindre » blessure, on s'empresse de recourir aux hommes de » l'art, est-il prudent de laisser une maladie mentale seule » à ses progrès sans s'exposer à la voir dégénérer, à » devenir nuisible pour l'ordre public et la sûreté des

» personnes. — Faut-il attendre que l'état mental ait déjà » donné ces inquiétudes pour qu'il soit obligatoire de s'en » préoccuper » (1)?

Pour que l'aliéné respire l'air de la liberté, il faut, comme primum movens , qu'il présente un caractère d'innocuité. L'offre- t-il généralement? Non; donc, comme sûreté, il doit être gardé à vue. La considération d'un seul, lorsqu'il y a tant de raisons militant malheureusement contre lui, ne doit jamais prévaloir contre l'intérêt général ; c'est un point de sociologie peu commode à nier.

Est-ce à dire que, parmi les aliénés, il n'y en a pas qui pourraient rester au dehors? On en connaît; mais, pour cela être, il leur faudrait un appui véritable ; un œil vigilant devrait être avec continuité fixé sur eux. — Cette condition n'existant pas ou venant à manquer, l'administration supérieure qui a mission de veiller sur la sécurité commune s'appuie sur la loi et reprend ses droits. Elle est en règle et agit sainement; les asiles font le reste. H n'y a de comparable entre eux et des prisons que ce que des philantropes aisément émotionnables ont bien voulu se persuader. En parlant de contrainte imposée à la volonté, de joug qui opprime, ils ont mis tout simplement la lance en arrêt contre les moulins à vent de leur imagination.

(1) Annales médico-psychologiques, 1™ série, t. XII, p. 83.

Contrainte imposée à la volonté ! joug qui opprime ! — J'engage à ne pas confondre le joug avec la discipline qui maintient. — Qui donc ignore que, soumise à une sage et prudente réserve, la restriction est éminemment nécessaire pour arrêter les écarts d'actes dus à la déviation de l'intelligence et du sens moral ? — La répression qu'on exerce sur une volonté folle ne doit jamais donner l'idée de contrainte, mot qui, mal interprété, semblerait indiquer qu'on met obstacle à l'expression de la spontanéité. — Invisa nunquàm imperia retinentur diù. — Cette spontanéité, on la cherche au contraire et, quand on la voit naître, on l'encourage par tous les moyens, surtout quand on pense que c'est la raison qui l'a fait se manifester.

Dans les sciences, — c'est Laromiguière qui parle — l'arbitraire déplaît. Or, on avance que les aliénés ont de la volonté, de cette volonté qui peut appartenir à tout le monde ; on part de là pour arriver à une demande implicite de non-séquestration.

Eh oui! certains ont de la volonté, beaucoup trop même; mais, est-elle régie par le libre-arbitre? — « Nul, » a dit Bossuet, ne fait moins ce qu'il veut que celui qui » vent faire tout ce qu'il veut. » — Liberté et volonté ! Voilà deux mois qu'on fait trop souvent cadrer et avec lesquels on pourrait refaire en entier le traité du libre arbitre. — L'écart, la perversion, la morbidité enfin de la

volonté amènent la licence dans la liberté ; on perd cette dernière pour la vouloir trop étendre.

Avant que la médecine mentale existât, le vieux Plutarque ne s'écriait-il pas : « les volontés désordonnées, » les actes contraires à la raison ne laissent à l'homme » qu'une liberté faible et momentanée. »

Le volenli nihil difficile de Sénèque et qui s'adresse aux gens raisonnables étonne parfois chez les aliénés qui exécutent des choses surprenantes. Mais la société — et, en cela, elle est dans le vrai — a pris ses mesures ; elle a voulu qu'il y ait des limites à l'application du vouloir. Là, on se rappellera cette belle phrase [de M. Villemain : « la » loi est la prudence des sociétés parce qu'elle protège et » réglemente en même temps l'usage de l'autorité. »

Pour qu'il y ait volonté normale, libre arbitre, il faut la liberté dans l'exercice de la conscience. — Or, minimum decel libère cui multùm licet.

« Le libre arbitre, dit M. H. de Castelnau, mer d'incer- » titudes, éternel sujet de discussions stériles où sont » venues se briser les forces des plus vigoureux génies. » — Plus tard, il dit que c'est une de ces questions inutiles à discuter en philosophie positive. Je trouve assez téméraire cette façon de trancher le nœud gordien.

Dans la sphère d'activité normale des fonctions intellectuelles et morales, on sent ce que doit être le libre arbitre, c'est-à-dire quelque chose d'idéal résultant d'une harmonie mathématique de ces fonctions. — « Le principe » de la liberté morale, dit Renaudin, est la base de l'en-

» seignement évangélique qui, en renversant le fatalisme,

» a moralisé les actes de l'homme etc. » — Mais,

avance M. Daily, peut-il exister en dehors des influences physiques et sociales? — Cet honorable auteur ne le pense pas; et, en effet, le libre arbitre existe-t-il dans toute la rigueur du mot? Rien n'influe-t-il autour de nous sur notre volonté? Nos organes nous accordent-ils la faculté de conduite dictée par nos résolutions? Les occasions les plus minimes ne peuvent-elles engendrer des modifications qui donnent à notre manière d'agir un tour différent des premiers motifs? Peut- on concevoir enfin le libre arbitre débarrassé des entraves que lui apportent l'hérédité , le tempérament , l'âge , le sexe , l'éducation, la position dans la vie, les divers états, les différents milieux, les passions, les habitudes, les maladies...., que sais-je?

Le libre arbitre des philosophes et de quelques grands théologiens est loin d'être un non-sens ; il peut se définir, mais il est trop idéologique et, pour un médecin, il ne peut guères cadrer avec notre organisation physique, nos conditions de vie, avec les influences terrestres auxquelles nous sommes astreints et qui nous subjuguent.

Avec les anciens moralistes on est à peu près convenu que le libre arbitre est la liberté de volonté avec le pouvoir de faire ou de ne pas faire une chose ; la moralité de nos actions consiste dans cette liberté du choix. De là résulte la somme de responsabilité.

Toutefois, je le répète, le libre arbitre est intimement lié

à une certaine régularité dans le fonctionnement physique.

« Si l'énergie plus ou moins prononcée de la volonté, » dit Renaudin, augmente ou diminue la responsabilité, » celle-ci, dans les actes plus ou moins complexes, dé- » pend aussi quelquefois du degré de l'intelligence, soit » naturelle, soit acquise par l'éducation. — Si, dans le » jeu normal et régulier de toutes les fonctions, nous » rencontrons des idiosyncrasies diverses qui, sans alté- » rer l'essence de la liberté normale, lui donnent cepen- » dant des directions bien différentes, nous devons facile- » ment concevoir que certaines altérations fonctionnelles » peuvent quelquefois suffire pour rendre cette responsa- » bilité plus lourde et diminuer la liberté d'action qui » constitue la moralité d'un acte. »

Bossuet parle de la raison connue ; il entend par là cette raison qui nous fait sentir et juger les choses comme la majorité la plus grande de nos semblables. Il y a donc pour elle une espèce de contrat social passé entre les hommes, et c'est ainsi que les jurisconsultes ont pensé. — En résulte— t-il qu'on soit physiologiquement dans le vrai? Oui et non ; oui, quand, malgré tous les éléments qui s'opposent au libre arbitre idéologique, divers états nervosiques ne lèsent pas l'état psychologique conventionnel ; non, dans le cas contraire.

Pour nous qui pourrions être appelés à résoudre cette question : « tel individu est-il aliéné ? -, nous ne pensons pas — et c'est ainsi qu'on a procédé — qu'il faille partir de la raison connue, mais de la raison pervertie. C'est des

perturbations nerveuses de différente nature, soit idiopathiques, soit symptomathiques de maladies que naissent les états morbides de l'ordre intellectuel et moral qui peuvent, comme dans Tordre matériel, se grouper par familles, genres.... en présentant encore différentes expressions phénoménales selon les individualités. On analyse les sensations; les perceptions, c'est-à-dire les principes d'où vient l'idée directe et immédiate des choses; les appréciations et coordinations de rapports entre plusieurs termes ou le jugement ; les appréciations d'une suite de rapports partiels dont la résultante serait la raison. Toutes ces facultés concourent à la volition qui, expression du pouvoir producteur, agit à son tour pour amener l'acte de volonté. — Donc, pour déterminer le plus ou moins de liberté, il faut remonter jusqu'à la source et analyser pièce à pièce chacune des facuHés créatrices ; on synthétise ensuite et l'on compare avec la raison connue ; c'est alors qu'on peut voir si la volition est saine, s'il y a réellement liberté de vouloir. — Cela ne suffit pas encore, et il faut chercher jusqu'à quel point la volonté peut réglementer le pouvoir; dans la pondération de ces deux termes réside encore la liberté morale.

Le libre arbitre existe donc; car, s'il n'existait pas, toute société serait impossible; mais, il est soumis à de certaines conditions. — Il devient, en droit, quelque chose de conventionnel qui demande le bénéfice d'inventaire et, dans l'avis si délicat qu'on est appelé à donner administrativement pour la séquestration de ses sem-

blables, dans les graves expertises devant les juridictions civile et criminelle, on doit, après avoir minutieusement étudié telle nevropathie selon les règles scientifiques données et d'après son expérience propre, après avoir consciencieusement scruté ce qui pèche dans son développement, ce qui est délirant ou détruit, avoir tenu compte des liens tangibles qui peuvent rattacher les situations morbides intellectuelles ou morales aux manifestations normales, de toutes les modalités existantes ou survenant, de la logique subsistante et de ce qui est absorbé, de la logique illogique... etc.; — on doit, dis— je, conclure en philosophie sociale comme le jurisconsulte.

Les facultés intellectuelles sont-elles seules à agir dans l'expression de la volition, et, par suite, dans l'exécution de la volonté? Non. Les facultés morales y coopèrent également ; on en voit, chaque jour, des exemples frappants chez les lypémaniaques.

« Pourquoi, dit Esquirol, la volonté, ce complément de » l'être intellectuel et moral, ne serait-elle pas troublée et » anéantie? — Est-ce que la volonté, comme l'entende- » ment et les affections, n'éprouvent pas mille vicissitudes » suivant mille circonstances de la vie? Est-ce que les » passions n'amollissent pas ou n'exaltent pas la volonté?... » Pourquoi la volonté ne serait-elle pas soumise à des » troubles, à des faiblesses maladives, quelqu'ir.compré- » hensible que cet état soit pour nous? »

Est-ce vrai ce que dit Esquirol? — La volonté est-elle, oui ou non, sujette à des modifications multiples? Per-

vertie sous l'influence des passions, elle devient malade sous la cause de la folie ou même sous de simples irrégularités de la puissance nerveuse.

« La volonté, dit M. Litlré, consiste dans l'action céré- » brale qui est le dernier état du désir suscité par l'ins- » tinct ou par l'esprit. » — Elle ne peut exister sans le concours de cette volition réfléchie qu'affectent des sensations vraies et qui demandent un jugement sain. — La volition qui provient de sensations fausses ou en délire peut aussi être réfléchie; mais, son principe étant une erreur, mène droit à l'erreur de la volonté ; la plupart du temps, on peut en tirer pour conséquence une nullité de liberté d'action. — 11 est une autre volition qui semble n'appartenir qu'à la vie animale et où l'élément intermédiaire intellectuel parait manquer en grande partie ou n'existe pas. H y a encore les nuances qu'on ne peut discuter à priori, qu'il n'est permis de raisonner et d'établir que par l'observation attentive des individus et abstraite de spéculation.

La volonté qui suppose le libre arbitre est une détermination raisonnée et conforme à la raison que nous prenons en face des divers événements de la vie. — La volonté libre ne peut donc pas être séparée de la raison ; mais, il y a aussi la volonté raisonnée qui prend sa source dans des éléments morbides et qui arrive à des déterminations ; on peut voir, chaque jour, la persistance du vouloir chez des imbéciles, des maniaques et même des déments. Dans les folies raisonnantes, les conceptions

délirantes aboutissent à une continuité des plus rebelles qui, par cela seul, dévoilerait l'aliénation si cette dernière n'était déjà saisie sur d'autres points ; la résultante peut fréquemment amener les plus tristes conséquences.

Tel être a la faculté de penser, qui n'a pas celle de raisonner. — Tel autre pense et raisonne des convictions délirantes. — Tel autre ne peut saisir, discerner, établir

de rapports etc., et cependant il veut aussi. —

« L'homme est enfin dirigé, dit M. Lasègne, vers le vou- » loir, dernier terme de son activité intérieure, par le » désir qui le précède et le détermine ; de la coordination » des désirs dépend l'unité et, par suite, la régularité de » l'existence humaine. »

La volonté n'est vraie, n'a d'expression véritablement normale que lorsqu'elle suit le trait d'union de l'intelligence et du sentiment. La simultanéité est nécessaire dans cette trilogie psychique ; si l'une des facultés vient à manquer ou à être lésée, la qualité des autres s'en amoindrit, se vicie ou disparait.

C'est surtout vrai dans le délire des actes, délire si dangereux, si peu compris par les philosophes et les gens du monde ; c'est ce qui faisait dire à Bouchet (de Nantes) : « Il n'est pas nécessaire que le malade délire par les » idées, le jugement, le raisonnement et le langage pour » qu'il soit dit aliéné. Il suffit aussi qu'il délire par les » actes excentriques, désordonnés que la sensibilité mala- » dive produit, que le jugement est impuissant à diriger, » pour que cette qualification soit applicable. Si dans la

» séquestration des aliénés, il fallait faire une séparation » entre ceux qui délirent par les paroles et ceux qui déli- » rent par les actions, le choix ne saurait être douteux ; » les derniers devraient être plutôt séquestrés que les » premiers. La perversion de la sensibilité entraînant bien » plus d'écarts dans la vie sociale que la perversion de » l'intelligence. »

Les impulsions irrésistibles, celles qui poussent opiniâtrement au meurtre de son semblable sont-elles l'effet d'une volonté en délire ou de cette volonté physiologique qui a conscience du bien et du mal ! — « Cette dernière, » dit le docteur Pereyra, peut lutter avec avantage contre » des penchants vicieux et criminels; mais, l'exercice » plein et entier de cette volonté est-il un fait absolu et » toujours le même? Ne peut-elle se briser contre une » force supérieure? » — Et cependant les lésions circonscrites de l'entendement et du moral, lésions auxquelles l'intensité seule donne un caractère différentiel, ne sont peut-être pas toujours appréciées en justice avec toute la rigueur qu'elles réclament. — Si parfois la volonté domine l'impulsion, elle est bien plus souvent subjuguée par elle ; on s'appuiera sur le premier cas pour dire : « vous avouez vous-même que l'impulsion se maîtrise », et on partira de là pour ne pas justifier le second.

La folie instantanée, transitoire, dont beaucoup de cas bien caractérisés existent dans les annales de la science, est du genre de celles pour lesquelles le jugement des exports et les décisions légales doivent être d'une grande

circonspection. C'est, en première ligne, la volonté qui est malade ; la force impulsive anéantit.la conscience ; or, « l'irrésistibilité de certains actes, leur instantanéité sont » des faits incontestables » — « Si, comme a dit Tertullien, « la volonté seule fait le crime », cela ne doit s'entendre que pour la volonté de l'homme raisonnable. Mais, répondra Sénèque : Haud est nocens quicumque uon sponte est nocens.

« Pour beaucoup de personnes, dit M. Billod, la vo- » lonté ne représente pas une faculté aussi distincte que » l'intelligence et la sensibilité ; elle se réduit en quelque » sorte à des organes qui obéissent et à des facultés qui » ordonnent. Soit, par exemple, une intelligence conce- » vant un acte à accomplir, et une motilité accomplissant » cet acte, ces personnes pensent que tout est dit, ou- » bliant que cet acte ne s'accomplirait jamais sans l'inter- » vention d'une troisième faculté qui établit un rapport » entre l'intelligence qui conçoit et fixe un acte et la mo- » tilité qui l'accomplit; en d'autres termes, d'une faculté » qui fait que la motilité entre en exercice.... etc. — » Pour d'autres, la volonté est une faculté presque exclu- » sivement intellectuelle ; la motilité vient bien à la suite, » il est vrai; mais, lorsqu'elle commence, la volonté a » déjà prononcé, le muscle ne fait qu'obéir, et sa contrac- » lion n'est pas même nécessaire pour qu'il y ait exercice » de la volonté. Cette opinion est aussi exclusive que la » précédente, méconnaît comme elle le rapport qui existe » entre la faculté qui conçoit et la faculté qui exécute. »

— 39 — ' — « La volonté, ajoute M. Billod qui, dans son excellent » travail, a su allier la philosophie la plus saine avec la » physiologie, est ce pouvoir que nous avons de faire entrer » en exercice un certain nombre de fonctions et de facul- » tés en vue de produire des actes qui revêtent le carac- » tère assigné par la philosophie aux actes volontaires. » C'est par ce pouvoir que l'homme a le maniement de » son organisme, la haute direction de son activité ; c'est » lui qui commande l'exercice à l'intelligence, à la mé- » moire, à l'attention aussi bien qu'à la musculation, mais » toujours en vue d'un but déterminé et aperçu. »

Cette définition, comme on le voit, est bien loin de celle qui tient seulement compte du pouvoir producteur sans s'arrêter sur le mode exécutoire et l'exécution.

Ce n'est pas, et ce ne sera jamais — comme on l'a fait souvent — définir la volonté que de dire : « je porte mes pas à tel endroit, je fais mouvoir tel muscle, je lève un doigt et j'abaisse les autres... » — On ne s'occupe là que de la sensibilité et de la transmissibilité motrices. Dans ce fait, c'est le système cérébro-spinal qui agit seul ; c'est l'instinctivité animale qui veut sans que l'élément intermédiaire soit en jeu ; c'est la propriété de l'idiot comme celle de l'homme de génie; c'est le mécanisme matériel mis au service des organes et qui ne doit pas faire supposer d'emblée l'entendement avec sa liberté. — L'extrême majorité des idiots, par exemple, fait tout par impulsion et non par choix ; ils sont, en cela, bien inférieurs aux animaux, quoi qu'ait dit Bossuet de ceux-ci, quoi qu'ait dit

Buffon dont l'erreur a été relevée par M. Flourens. L'idiot pur-sang, au milieu de certains instincts mécaniques, de son automatisme, a été, dès le principe, soumis à une telle oblitération qu'il ne possède pas une des premières propulsions, celle qui a trait aux actes conservatoires. Assurément, il n'a pas de volonté. Parmi les aliénés même combien n'en trouve-t-on pas dans ce cas? Et, parmi eux encore, combien s'en trouve-t-il qui apprécient pertinen>ment un danger.

En résumé, je dirai avec M. Girard de Cailleux : « La liberté qui présuppose la possession de soi-même se compose de plusieurs ordres de phénomènes qui sont dans la série de leur succession : 1° la délibération qui consiste à envisager les choses sous plusieurs faces, à peser le pour et le contre avant de prendre une résolution ; 2° la décision en vertu de laquelle nous déterminons et nous voulons; 3° l'action qui consiste à réaliser un effet. » — La volonté doit toujours être soumise à la réflexion et à la raison ; elle ne peut exister sans l'harmonie des facultés intellectuelles et morales qui sont elles-mêmes subordonnées aux éventualités morbides ; elle n'est saine que par elles. Si elles souffrent, son existence décroit et s'éteint. On n'est compos sut que tant que la raison domine : « C'est alors, dit M. Flourens, que la liberté subsiste. »

D'après ce que nous venons de dire il est clair, je crois, qu'un aliéné ne peut se trouver vis-à-vis de lui-même,

des siens et de la société dans les mêmes conditions de liberté d'action que l'homme raisonnable. — Ignorant ce qu'il fait, ne redoutant pas la limite de ses pensées et de ses déterminations, il est nuisible. — 11 est dangereux parce que le danger est inhérent à la seule situation de l'individu; car, n'est pas dangereux seulement celui qui violente, frappe...., etc.; est dangereux tout être qui, par inconscience maladive dont il ne peut être maître, peut , dans une foule de circonstances , que je ne puis énumérer, être préjudiciable à lui-même et aux autres. — J'entendais, il y a peu de jours, quelqu'un me dire : « Si un tel se fait du mal à lui-même, cela ne regarde personne. » — En se nuisant à soi, on nuit fort souvent à l'entourage ; et, le premier devoir de la famille et de la société est de s'opposer à tout acte attentatoire à soimême ou à sa prospérité car les conséquences peuvent rejaillir sur autrui.

Mais, en pensant à elle, la société se reposant sur la loi n'a pas oublié la cause individuelle en assurant les conditions du traitement et en départissant à la personne incurable les bénéfices d'hygiène et de régularité d'existence. Donc :

1° Les aliénés sont des malades; on ne doit pas, purement et simplement, les envisager comme un obstacle à la sécurité commune ou à l'ordre public.

2° Ils ont droit à l'asile qui est pour eux un hôpital, quand il s'agit du traitement, et qui devient un hospice quand ils sont incurables et quand, dépourvus de tout

— 4<2 — refuge extérieur, l'assistance publique est devenue une nécessité.

Quoi que puisse objecter le néo-philanthropisme , il n'empêchera pas les familles riches ou aisées de placer leurs membres dans les maisons de santé sous le couvert de la loi et de la vigilance administrative. Autrement, je répondrais aux défenseurs exagérés de la liberté que, dans un sentiment auquel il est difficile de donner un nom ils despotisent le droit d'action et le droit de charité lorsque ces deux droits subissent l'efficacité du contrôle. — D'autre part, « les individus pauvres, dit M. Parchappe, » qui, par suite d'un état permanent de maladie, sont )> privés de la raison, et partant incapables de travail libre » et irresponsables de leurs actions, doivent être admis » dans les asiles d'aliénés. »

« L'asile, dit Renaudin, est un établissement de bienfai- » sance où le malade vient demander à des soins médicaux » éclairés le rétablissement de sa santé. Son placement » n'a pas une autre signification, quelles que soient les » formalités qui le précèdent. Voilà l'esprit de la loi, » comment elle doit être comprise et voilà comment elle » est appliquée. »

Pour les incurables, on les assiste et on procure à la société l'indemnité contre eux. — Malgré cela, « il y a atteinte à la liberté individuelle, » continuera-t-on à crier. A ce compte, il y a atteinte à la liberté individuelle envers les mendiants, les vieillards, les infirmes...., etc., qu'on reçoit dans les dépôts de mendicité...., etc. — Il m'est

* — 43 — donné de croire que l'accusation n'est pas en rapport avec la vérité, et que la charité théorique se brise devant l'évidence des faits.

En résumé :

L'aliéné est entaché de nullité de liberté d'action normale. 11 tombe alors sous le coup du regard commun. La loi fait le reste.

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