‹ L'aliéné devant lui-même, l'appréciation légale, la législation, les systèmes, la société et la familleChapitre 56 sur 100 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

Manie chronique. — Agitation incoercible. — Passage à la dé- • rriencè: — Famille aisée qui ne veut pas du malade. — Impossibilité de décision dans la vie. — Protection indispensable.

B... est entré à l'asile du..., en... — Cet aliéné peut être considéré comme le type du maniaque au moment où la maladie tend à passer à la démence. — Désordre et incohérence d'idées, impossibilité de fixer l'attention sur un objet quelconque. — Dans son langage décousu on remarque les traces d'une instruction solide, et le travail trop assidu parait avoir, en fatigant le cerveau, contribué à en détruire le ressort et à abattre une intelligence qui aurait eu besoin de ménagements. — Agitation multiforme qui dure longtemps, à intervalles, d'une façon intense. — Plus tard, l'incohérence des idées et des actes n'est accompagnée d'aucune excitation. — Seulement, de temps en temps, et sans que l'on puisse en apprécier la cause, le malade parait en proie à une vive terreur; il jette des cris de détresse, et on a beaucoup de peine à le calmer; quelques-uns des gestes qu'il fait presque continuellement, et dune façon presque automatique, semblent être en rapport avec des hallucinations de la vue, mais le malade n'est pas à même d'en expliquer la nature; quand on parvient à fixer l'attention, on observe encore quelques traces d'intelligence. — Il connaît le jeu d'échecs, et on le voil combiner des coups avec une grande réflexion, mais elle est fugitive, et son attention a besoin d'être stimulée pour se maintenir et pour s'échapper ensuite rapidement. — Si la

mémoire des faits journaliers est à peu près nulle, celle des faits anciens est assez fraîche par instants ; ainsi, on l'entend parfois citer des vers latins ou grecs, et ses citations ne manquent pas d a-propos; si l'on cite les premiers mots d'un passage connu, le malade continue, mais bientût une autre idée vient lui traverser l'esprit ; en cet état, B... est impropre à tout; autrefois, il écrivait beaucoup, et ses écrits étaient curieux d'incohérence ; on ne peut plus obtenir la moindre ligne. — On reconnaît le passage de la manie chronique à la démence. — Quels que soient les soins donnés à B..., la démence se caractérise tout à fait. Il ne se préoccupe plus de quoi que ce soit au monde, et vit au jour le jour ; il reste silencieux, apathique ; on ne peut plus songer qu'à la santé physique qui, grâce à des soins bien entendus, se conserve intacte pendant vingt ans.

Aujourd'hui, môme affaissement; monologues incessants et à voixbasse; désordre dans les vêtements et l'attitude ; l'œil terne, le faciès dénué de toute expression dévoilent qu'on ne peut compter sur aucune réceplivité cérébrale ; en effet, on ne peut fixer la pensée sur aucun point, et on n'arrive pas à saisir les phrases confuses prononcées. — B... ne demanderait même pas à manger si on ne pensait pas pour lui. — Il a de la fortune ; ses parents ne s'occupent de lui que pour payer sa pension. — Les lettres reçues depuis l'entrée par l'administration sont des lettres d'envoi d'argent pour trimestres échus; elles ne contiennent aucune demande sur l'état physique et moral.

Remarques. — B... est un homme entièrement inoffensif parce qu'on ne le perd pas de vue et qu'il est entouré de soins continuels. — Autrement, il est dangereux; car, n'est pas dangereux seulement l'homme qui frappe, tue, incendie....; est dangereux celui qui, n'ayant aucune conscience de lui-même, peut se livrer à une foule d'actes

nuisibles qu'il serait trop long d'énumérer ici et dont on peut facilement se rendre compte en envisageant avec attention quelques-uns des infinis détails de la vie. — N'ayant pas de relations de famille, étant dans l'impossibilité la plus absolue de songer aux simples besoins physiques, B... est un aliéné dangereux et doit être interné.

— Par l'internement, il subit le bénéfice des soins hygiéniques et moraux qu'il n'aurait pas chez lui; c'est grâce à cet internement qu'il a dû d'être moralisé et que la société doit d'être préservée d'écarts illicites de conduite indépendante d'une volonté libre ; c'est grâce à cet internement qu'il a dû de vivre jusqu'à ce jour, en raison de la satisfaction donnée à tous les besoins. — Sans doute, la vie est entièrement végétative; mais, celui qui n'en peut avoir d'autre est heureux d'avoir les égards appropriés ; l'intermédiaire de l'asile est donc une grande ressource.

— Si on ne peut pas toujours guérir un malade, il est fort important de le faire durer.

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