‹ L'aliéné devant lui-même, l'appréciation légale, la législation, les systèmes, la société et la familleChapitre 57 sur 100 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

Démence. — Procréation. — Impossibilité de conduite. — Nullité de relations de famille dont la dissimulation antérieure est digne de tout blâme. — Particularités repoussantes.

La nommée A... est entrée à l'asile de..., en... — Elle est devenue aliénée, peu de temps après son mariage par suite de

irconstances déterminantes impossibles à dire. — Il y avait hérédité. — Assez calme d'abord, elle avait subi des brutalités qui ont déterminé de l'agitation maniaque. — Elle eut, à ce moment, ou plutôt à ces moments, 'des enfants doues fort nalurellement de peu d'intelligence; elle est arrivée à un état tel d'agitation rentrant évidemment dans la manie puerpérale qu'on n'a pu dissimuler et qu'on a opéré le placement de la malade. — Peu de temps après, phénomènes psychiques qu'on prendrait pour de l'imbécillité si on ne connaissait pas que la personne a été, dans sa jeunesse, capable de recevoir une bonne éducation. — Il y a, pour elle, impossibilité de se livrer à un travail suivi. Ce n'est pas l'absence d'idées qu'elle présente, c'est l'absence complète de pouvoir en avoir après en avoir eu. 11 faut la suivre dans tous ses mouvements et la conduire comme un enfant ; la nuit, elle ferait des saletés, si on lui laissait l'usage de ses mains. — Après de longues1 années pendant lesquelles on n'a pu, comme régularisation d'existence, que moraliser les acies et détruire par la discipline l'état gâteux, on observe : désordre complet de la sensibilité, irritabilité excessive, impossibilité du fixer l'attention, nullité du l'idée, manières désordonnées, rire à tout propos sans aucun sujet; un misérable chiffon, un rien qu'elle trouvera par terre l'amusera beaucoup ; besoin de destruction ; violences extrêmes parfois, réposant sur de l'agitation maniaque; perte du sentiment de la propreté; perte de la mémoire; les sentiments affectifs se. portent sur un chat qu'elle a beaucoup de plaisir à caresser, et ils sont fugitifs; impressions les plus passagères et ne laissant aucune trace dans son esprit; mobilité inouie; aucune conscience des actes les plus simples.

Relations de famille complètement nulles.

Remarques. — La nommée A... est dangereuse; il est a peine besoin de le dire. — L'isolement n'a rien pu faire pour modifier avantageusement les mauvaises conditions psychiques; niais, il a été un puissant correctif d'habitudes et une assurance de rectification de vie ainsi que de sécurité individuelle. -- La malade avait été gardée trop longtemps au dehors, pour des raisons d'égoïsme personnel et d'intérêt pécuniaire que le secret médical me force de taire; ayant eu, par suite d'une prolongation de séjour à l'extérieur — et je laisse à apprécier la responsabilité morale du mari — plusieurs enfants, elle s'est trouvée dans une fâcheuse position pour s'améliorer.

Il serait à désirer qu'on comprit mieux les chances ultérieures d'un internement hâtif. — Dans le cas qui nous occupe, la personne aurait pu retirer un grand avantage individuel d'une admission sainement comprise; elle n'aurait pas été exposée à devenir enceinte et, par ce fait, à aggraver son état mental ; elle n'aurait pas mis au monde des êtres vésaniques.

La nommée A... n'a pas conscience de sa position; c'est un grand bonheur pour elle. — Jamais on ne s'est occupé d'elle que pour payer sa pension ; il y a plus que de l'aisance dans la famille. — Je reconnais que cela est fort triste d'avoir des rapports avec une personne incurable ; mais, quand on a épongé, moralement, physiquement et pécuniairement, une malheureuse femme au point de la réduire au néant de ses plus nobles attributs, la décence nécessiterait au moins un intérêt superficiel.

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