‹ L'aliéné devant lui-même, l'appréciation légale, la législation, les systèmes, la société et la familleChapitre 58 sur 100 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

Imbécillité. — Instincts dypsomaniaques. — Génésisme. — Caractère de l'isolement par maintien disciplinaire et direction sur certains points — Exploitation de la famille dont le sentiment est nul.

La nommée D... est entrée à l'asile de.. , en... — Il y avait chez cette malade faiblesse intellectuelle et perversion complète des sentiments affectifs, propension à l'abus des boissons, génésisme, incapacité de comprendre quoi que ce soit aux notions du devoir. — Si l'abrutissement de l'imbécillité n'a pas, de jour en jour, atteint son maximum, c'est aux soins de l'asile qu'il faut l'attribuer.'— La malade, en raison de sa perversion instinctive, a besoin d'une surveillance vigilante. — On constate chez elle une anomalie de la conformation de la tête qui est à front fuyant et en forme de pain de sucre ; elle a les idées les plus simples et n'apprécie pas la valeur des objets les plus usuels. — On dirait qu'elle a un peu conscience de son infériorité; il semble, par instants, lorsqu'on converse avec elle sur des choses trèsvulgaires, qu'elle comprend et pourrait suivre la conversation ; mais, la conception s'arrête à peine formée et la réflexion ne peut être.— Une seule faculté se fait jour, c'est la mémoire; autrement, l'aliénée est une automate qu'on fait mouvoir. — Jadis, elle avait dos impulsions très-érotiques ; l'âge n'a pu les diminuer. — Elle est très-irritable, et pour les circonstances les plus futiles ; son goût pour la boisson serait très-prononcé si elle élait libre, et le génésisme se développerait en raison directe. — On a pu diriger sa conduite et la rendre disciplinaire

et disciplinée; elle est très-craintive. Aussi, est-elle inoiïensive à condition d'un appui. — Il a été possible de lui apprendre certaines occupations rudimentaires.

Remarques. — La nommée D... a de la fortune; elle n'a plus de parents, est interdite, et par conséquent a un tuteur. — Ce tuteur pourrait, sans inconvénients, la garder chez lui où elle se rendrait utile à l'intérieur à condition d'une direction bien soutenue, parce que la eraintivité, si commune chez les imbéciles, et exagérée chez elle, permettrait l'essai. — Dressée comme elle l'a été à l'asile, elle n'offrirait plus les mêmes dangers que lors de son entrée; il n'y aurait que de minimes inconvénients qu'une observation attentive et attentionnée maintiendrait aisément. Loin de là! — et ici vient se placer une des fâcheuses conséquences de l'interdiction. — Le tuteur s'occupe fort peu de sa pupille; il faut même beaucoup le presser — et longtemps — pour qu'il envoie ce dont elle a besoin. — Mais, ce tuteur, tout en gérant bien la fortune, n'oublie pas qu'il a plusieurs enfants et qu'il est l'héritier direct de la nommée D... — Il n'oublie pas que, moins il donnera , tout en se tenant dans de bonnes limites, plus il fera fructifier pour lui et les siens. — Il n'oublie pas qu'elle est mieux soignée, et plus économiquement, dans un asile qu'elle ne le serait chez lui. — Quoi faire? Réclamer chaque année l'intérêt du capital pour le plus grand bien de la malade, ainsi que le veut la législation qui réclame tout ce qui appartient à l'aliéné dans son intérêt, dans la limite bien entendu des ascen-

dants ou premiers descendants? — La chose n'est pas légalement, à d'autres points de vue de droit, possible. — Mais, lors même; ce seraient des tiraillements sans résultat, des procès même...; la chose n'est pas toujours, presque jamais même praticable. — La conclusion pour D..., c'est que, séquestrée, elle subit un joug paternel sans que son irritabilité naturelle ait à souffrir du manque d'égards qu'elle aurait ailleurs; elle est tranquille, s'occupe et vivra ainsi sous une tutelle bienveillante. ■ — ■ Ne pouvant jamais compter sur les siens, il faut, et pour la société, et pour elle-même, qu'elle soit renfermée.

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