‹ L'aliéné devant lui-même, l'appréciation légale, la législation, les systèmes, la société et la familleChapitre 64 sur 100 · OBSERVATION XII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XII

Imbécillité. — Irritabilité extrême. — Mauvais instincts. — Volonté opiniâtre. — Violences. — Pas de relations de famille.

B... entre à l'asile de..., en... — Arrêt de développement des facultés; le malade est inapte à se diriger lui-même; il est irritable à l'excès, et une extrême sévérité est nécessaire pour le maintenir. On a pu l'occuper constamment pendant longtemps, mais son travail est essentiellement machinal; ce travail est néanmoins utile parce qu'il change le cours des tendances et moralise les actes.

B... est héméralope; sa constitution est assez délicate, et il a besoin d'une alimentation tonique qu'il faut réglementer attentivement. — Il est paresseux, apathique, concentré ; il se fait remarquer parfois par un orgueil excessif, une violente excitabilité et une volonté opiniâtre qui font un contraste frappant avec la dégradation intellectuelle. — Il est sournois, menaçant et frappe traîtreusement ses camarades. — Sans abolir ses mauvaises tendances instinctives, l'isolement et la discipline les ont un peu modifiées; en tout cas, elles exercent sur l'individu une

pression salutaire en arrêtant un écart dangereux d'actes. — Aucunes relations de famille.

Remarques. — Je ne m'étends pas plus longuement sur ce malade. -- B... est un imbécile à tendances instinctives, perverses, et sujet à des excitations maniaques de mauvaise nature. — Si B... avait une famille qui voulût s'occuper de lui, il n'en serait pas moins très-nuisible à l'extérieur, car les bons soins qu'on lui donnerait, et la surveillance qu'on exercerait n'équivaudraient jamais à la réglementation suivie d'un service d'asile. — S'il était en liberté, il commettrait bientôt des actes criminels. — Il est profondément dissimulé, a une volonté opiniâtre qu'il ne peut maîtriser. — Sa faiblesse intellectuelle n'est pas exclusive d'un certain raisonnement; il a de la volonté, mais il n'est pas libre ; il en est de lui comme de beaucoup d'imbéciles à instincts pervers qui, par ce seul fait de la volonté, doivent être considérés comme encore plus dangereux. — Ces imbéciles qui ne sont pas renfermés nous offrent continuellement, dans les feuilles judiciaires et dans les autres gazettes, des actes regrettables et d'un caractère incriminable. Ils ont parfois développé de la réflexion, du raisonnement, et une volonté persistante; mais, doit-on sévir sans chercher à distinguer les éléments morbides de cette réflexion, de ce raisonnement, de cette volonté? — Lorsqu'un homme s'est montré dangereux pour la société, celle-ci s'en débarrasse par deux moyens ; s'il agit avec conscience et liberté, c'est à la vindicte des lois qu'il

appartient; s'il agit avec volonté sans conscience et liberté, on doit le placer dans des conditions telles qu'il ne puisse plus nuire à personne en même temps qu'on lui donne, dans les asiles, toute la moralisation possible. — Dans le premier cas, c'est malheureux pour l'honneur des familles, mais ce n'est que justice; dans le second, ce serait fâcheux, et pour lui et pour la considération des parents, si on condamnait l'individu inculpé.

A Dieu ne plaise que je veuille innocenter des gens pervers, mais libre de leur entendement et de leur moral qu'ils tournent vers un mauvais but. A Dieu ne plaise aussi que je ne m'élève pas de tout mon pouvoir — si faible pourtant — contre la culpabilité qu'on pourrait trouver chez des imbéciles ou semi-imbéciles à instincts pervers qui ont de la volonté, et cependant ne sont pas libres.

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