‹ L'aliéné devant lui-même, l'appréciation légale, la législation, les systèmes, la société et la familleChapitre 66 sur 100 · OBSERVATION XIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIV

Lypémanie. — Vagabondage par waintivilé et inconscience. — Idées dépressives multiples. — Violences. — Tendances au suicide. — Ilypochondrie. — Dissimulation. — Suicide.

S... entre à l'asile de..., en... — Ce ne fut que peu de temps après son admission qu'on apprit qu'il était atteint, depuis environ trois ans, d'une compromission mentale de cause inconnue, mais qui s'est manifestée, pour la première fois, à la suite d'un vol commis chez son père et dont il craignait qu'on ne le soupçonnât. — A diverses reprises, il avait quitté son domicile et erré dans la campagne où il a été un jour trouvé froid et inanimé. Le caractère saillant de sa folie est la défiance, la crainte d'être trompé par ses parents, et même d'être empoisonné.

S... est apathique et présente un défaut complet de réaction morale. — Peu communicatif, il est continuellement absorbé par des pensées tristes et des inquiétudes ; le tout n'est que chimères. — On attire difficilement son attention ; il interprête les sensations qu'il éprouve, conformément à son délire. — La sensibilité surexcitée lui fait tout exagérer. - Les erreurs de perception et de jugement sont nombreuses et variées; il a des hallucinations du tact; les fonctions digestives s'exécutent mal.

Quoique le malade manifeste toutes les erreurs d'un hypochondriaque, on remarque, au bout d'un certain temps, que la constitution s'améliore. — L'inertie fait place à un certain besoin d'agir. Il demande à s'occuper, et l'on saisit avec empressement cette occasion pour chercher à réveiller les facultés et les appeler à une direction normale. — Plus tard, on remarque chez S... des idées bizarres sur sa santé physique et la position de ses organes. — Le sentiment de crainte qui le domine le porte quelquefois à des actes de violence à caractère dangereux. — Plus tard, encore, on remarque que les idées délirantes n'exercent plus une aussi grande influence sur ses actions. — S... est plus actif au travail; il dit reconnaître ses erreurs; cependant, le sommeil est très-mauvais. — On n'osait point se prononcer encore pour de l'amélioration et on le surveillait attentivement; mais, un soir, S... profite de l'instant où un infirmier se déshabille, ouvre précipitamment une croisée et se brise le crâne sur le pavé.

Remarques. — S... était dangereux pour lui-même et pour les autres. — Il est probable que cet hypochondriaque qui est parvenu, malgré des soins multipliés, à se suicider, aurait accompli bien plus vite ses projets si l'isolement ne l'avait pas arrêté et se serait livré à des violences d'un caractère néfaste. — Sans doute, il y a des gens qui se suicident au dehors; il n'en est pas moins vrai que ces faits sont toujours une chose fâcheuse pour ceux qui en sont témoins, soit par suite de l'impression morale pouvant amener d'emblée ou ultérieurement des accidents préjudiciables à la santé physique et mentale de ces témoins, soit par suite de l'esprit d'imitation qu'on a malheureusement vu se propager.

L'isolement arrête pour un temps plus ou moins long ces tentatives de suicide, ou bien permet à la démence d'arriver — élément qui détruit la tendance, ou procure la guérison; tout cela dépend et de l'idyosyncrasie individuelle, et des formes délirantes, et du peu de retaud mis dans l'admission depuis le début de la maladie. — Il y a des volontés tellement persistantes qu'elles sont invincibles et, comme les moyens de se tuer sont très-multiples, le suicide apparaît toujours ; néanmoins l'isolement a retardé la mort, ce qui peut parfois être très-important pour les intérêts d'une famille.

Chez S... il y a eu, pendant longtemps, une dissimulation excessive qu'on voit nettement dans l'activité, le travail qui reparaissait trop subitement chez lui, et à la suite d'une moins grande concentration qui a donné lieu à la production d'un acte regrettable. — Cette dissimulation, qu'on retrouve assez fréquemment chez les imbéciles à instincts pervers et les maniaques partiels avec lésions instinctives, est fréquente chez les aliénés suicides; elle se trouve parfois unie à une certaine logique qui peut tromper même les hommes qui sont le plus habitués à leur contact et exercés à leur maniement. — A fortiori , ceux qui ne vivent pas avec eux ne devraient pas se hâter de conclure, sur une apparence de raison, à la non-insanité.

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