OBSERVATION XVI
Manie chronique. — Idées lypémaniaques primordiales. — Agitalion multiforme. — Violences. — Grossièretés. — Irritabilité extrême. — Hemillence imposant pour la guéri son. — Perversion instinctive. — Pas de rapports de famille.
La nommée A... est entrée à l'asile de... en... — Etat primitif de mélancolie, avec idées de suicide et hallucinations extrêmes; agitation. — A... déchire ses vêtements, cherche à briser ce qui s'offre à elle , commet des actes de violence envers les personnes qui l'environnent. - Impérieuse, d'une irascibilité extrême, ne se trouvant bien nulle part, elle est incapable de penser aux choses de première nécessité. — Hargneuse , vivant habituellement seule , n'adressant jamais la parole à personne , que pour proférer les injures les plus grossières , tourmentée continuellement par des odeurs qui l'étouffent, elle brise les fenêtres pour se donner de l'air et respirer plus librement. — On put croire , de bonne heure , que l'espérance de guérison serait infidèle. — Et , en effet, l'état moral, au lieu de s'améliorer, ne fit bientôt qu'empirer. — A... est inabordable et ne répond que par des injures aux observations les plus sages ; elle est d'une violence excessive. — Inca-
pable do se livrer à aucun travail , elle vit ordinairement silencieuse, accroupie dans un coin ou couchée sur le parquet de la salle; elle se plaint de tout, et chacun la persécute. — Vers la fin de la seconde année , sous l'influence d'un traitement perturbateur, il y eut de l'amendement dans les dispositions morales de l'aliénée; la violence fit place au calme; A... devint laborieuse, parut écouter avec intérêt les conseils qu'on lui donnait ; elle se soignait bien ; on put la faire travailler à des ouvrages nécessitant de l'aptitude; elle savait avoir été malade; elle pensait à retourner dans sa famille et s'abandonnait à la discrétion pour son exeat. — Cinq mois d'observation avaient paru un examen suffisant, lorsque des caprices et des bizarreries, bientôt suivis d'hallucinations intenses apparurent. — Triste , désœuvrée , elle accuse des souffrances imaginaires ; on la dépouille et on la persécute. — Son humeur se montre de plus en plus acariâtre, et l'irritabilité ne connaît plus de bornes. — On a pu, un moment, constater chez A... des hallucinations de tous les sens. — Très-ngiiée, insolente, grossière, poursuivie par des idées de maléfice, des craintes d'empoisonnement et de persécution diverses, elle est inaccessible à tous moyens capables de fixer son attention. — Il est impossible de manger plus salement qu'elle ne fait, et el'e n'a pas conscience de sa malpropreté; quand elle ne se répand pas en injures , elle tombe dans un profond automatisme.
Remarques. — Il est superflu de noter le danger inhérent à la situation de la personne qui réclame des soins assidus et une attention toute particulière qui n'est possible que dans une maison spéciale.
Elle a un peu de fortune et est interdite. — ■ On éprouve beaucoup de difficultés pour obtenir ce qui est nécessaire pour la vestition de la malade. — Le jugement d'interdic-
tion a douze ans de date; avant lui, on venait encore voir la personne et on s'informait d'elle; depuis lors, on ne trouve plus aucune demande de nouvelles ; pas de visites. — Du reste, M"0 A... ne veut pas entendre parler de sa famille, ou alors elle se met véritablement en fureur, pousse des cris violents, gesticule avec force et bientôt arrive au paroxisme de la rage; il serait donc, dans ces conditions, presque toujours impossible, si les parents venaient, d'autoriser une entrevue; cela ne pourrait qu'amener des résultats fâcheux.
Et, à ce propos, je tiens à placer incidemment une considération :
1° Lorsqu'une personne est dans un état aigu ou
bien est, en dehors de l'état aigu, agitée, violente... etc., il est souvent très-défavorable d'accorder une permission aux visiteurs.
2° Quand un aliéné va mieux, qu'on espère beaucoup pour le rétablissement de sa santé mentale, il est fréquemment utile de ne pas laisser visiter.
Ces deux conclusions pourraient soulever des rumeurs de la part de philanthropes à vues trop larges; mais, la pratique est là pour répondre : il y a des sévérités qui paraissent exagérées et qui ne sont pourtant que conformes au bien et à l'équité.
Le nocher dans son art s'instruit pendant l'orage: Il n'y devient expert qu'après plus d'un naufrage.