‹ L'aliéné devant lui-même, l'appréciation légale, la législation, les systèmes, la société et la familleChapitre 72 sur 100 · OBSERVATION XX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XX

Manie instinctive. — Tentative de meurtre provenant du retard apporté dans la séquestration. — Perversion extrême; violences concentrées. — Dressemenl disciplinaire. — Façonnement au travail. — Sortie réclamée par la famille ; intérêts pécuniaires engagés ; prudence de la loi.

Le nommé C... entre à l'asile de..., en... — 11 était d'abord accusé d'avoir commis une tentative de meurtre pour laquelle il fut poursuivi et détenu pendant trois ou quatre mois. — La Chambre des mises en accusation prononça qu'il n'y avait point lieu de poursuivre l'inculpé qui ne paraissait pas jouir de ses facultés. — Il fut transféré à l'asile. — Depuis deux ans, suivant les renseignements fournis par son père, il n'avait plus l'intégrité de sa raison. Plusieurs fois, il avait reçu des coups de pied de cheval, notamment à la tète, ce qui avait occasionné diverses maladies à la suite desquelles on commença à remarquer que G... n'apportait plus dans ses actes la même intelli-

gence que précédemment. Il se dérangeait de ses habitudes, devenait plus irritable, cherchait souvent querelle à ses camarades, leur donnait des coups ; il porta un jour à l'un d'eux sept coups de couteau. — Dans l'asile, C... présente à notre observation tous les symptômes de la manie. Interrogé sur le fait qui a spécialement motivé son internement, il ne manifeste pas le moindre repentir et dit qu'il aurait eu du plaisir à tuer son homme; il n'avait pourtant aucun motif d'hostilité. — Il refuse de connaître son père qui a toujours été très-bon pour lui et ne veut plus en entendre parler.

Le malade présente une perversion bien marquée dans les facultés affectives; aussi, s'explique-t-on la tentative d'homicide et le peu de regrets qu'il manifeste. Il nous parait doué d'une de ces natures froidement cruelles et portées au mal par instinct comme d'autres le sont au bien. — Suivant les circonstances qui l'environnent, il pourrait recommencer l'acte qui l'a conduit en prison et, probablement même, aller beaucoup plus loin. 11 nous parait essentiellement tenir à la famille des Papavoine et de tant d'autres criminels célèbres chez lesquels une perversion des plus déplorables enlevait jusqu'à la plus simple notion du bien et du mal — c'est-à-dire qu'ils commettaient avec plaisir le mal — et chez lesquels la cruauté dépendait d'un défaut d'équilibre dans les facultés. — De tels états ne peuvent être ni guéris, ni améliorés, si ce n'est dans un âge moins avancé que celui où se trouve le malade. Les idées se trouveraient-elles rectifiées que le danger que l'individu pourrait faire courir à ses semblables imprimerait encore la nécessité de prolonger la séquestration jusqu'à ce qu'on ait sur son compte les preuves les plus assurées de retour vers une conduite meilleure.

L'observation fut confirmée et, les parents ayant plusieurs fois demandé la sortie, elle fut refusée. — G..., irritable, impulsif, raisonnant parfois très-nettement et de façon à en imposer, est cependant sans conscience de ses actes. — Bien

certainement des malheurs seraient arrivés si on avait eu la faiblesse d'accéder à la demande des parents.

La discipline a fortement maintenu C... qui est fort craintif devant une volonté supérieure à la sienne, mais pourvu que cette volonté se soutienne. — Il est façonné au travail et laborieux. — Il parle peu et souffre difficilement la contrariété. — Gomme on connaît son délire et ses tendances, on doit se borner à le maintenir et éviter la conversation.

Remarques. — On peut constater dans cette observation un exemple saisissant du péril qu'occasionne quelquefois le retard apporté dans la séquestration. — Au moment où l'on vit C... chercher querelle, donner des coups, phénomènes qui succédaient à un changement dans l'humeur, à une bizarrerie d'habitudes et qui coïncidaient avec une irritabilité permanente, l'indication formelle était d'interner d'urgence. Cette incurie ou cette ignorance ont failli causer un meurtre dont la responsabilité morale aurait, selon moi, retombé sur les parents de l'aliéné qui s'apercevant, depuis quelque temps, de variations de mauvaise nature dans l'état mental auraient dû consulter.

Autre chose ressort de notre observation. Bien qu'on fasse, à un moment donné, remarquer à la famille que l'aliéné C... est très-dangereux et que la société aussi bien qu'elle-même aurait à souffrir d'une mise en liberté, elle insiste pour l'élargissement. — Pourquoi ? Parce qu'elle a des arrangements d'intérêt à prendre et que la sortie de C... lui en facilitera les moyens et la mettra plus à son aise. - Je n'ai pas le droit, de l'aire de procès de

tendances; il me paraît toutefois que, s'il n'y avait pas eu, de la part de la famille, un but quelconque de captation, des affaires financières auraient tout aussi bien pu se traiter dans le cas où l'aliéné était en internement que dans celui où il ne l'aurait pas été. — Les derniers articles de la loi donnaient, répondait-on, les garanties efficaces; la voie légale sauvegardait tout. Mais on a probablement craint l'intervention d'une autorité protectrice et on a fini, après avoir beaucoup insisté, par s'incliner devant le refus formel de ne pas laisser sortir et devant le renvoi de l'administration préfectorale ou judiciaire.

Ainsi une famille, mue seulement par l'intérêt, ne calculera pas les conséquences funestes que pourrait avoir la présence d'un de ses membres dans le milieu social. — J'ai la conviction, parce que j'ai vu nombre de faits analogues, que, si on avait consenti à la sortie, on se serait empressé, une fois les affaires d'intérêt réglées, de redemander un placement de l'aliéné pour ne plus jamais s'en préoccuper. — Mais aussi , un crime aurait été inévitablement commis.

OBSERVATION XXL

Imbécillité. — Epilepsie. — Sournois, fantasque, violent. — Instincts criminels. — Rectification de l'existence. — Crainte salutaire de l'isolement. — Pédérastie. — Aucuns rapports de famille.

Le nommé D... est entré à l'asile de..., en... — C'est un imbécile qui présente en outre de dangereux accès de manie, et est épileptique. — Les facultés intellectuelles sont peu développées ; la mémoire est à peu près nulle ; les facultés affectives paraissent entièrement abolies. — Il est propre.

On l'a habitué à des travaux d'intérieur, les seuls pour lesquels on ait reconnu au malade un peu d'aptitude. — Les accès d'épilepsie ont été peu fréquents ; mais, par instants, on a remarqué une violente agitation maniaque alternant avec de la concentration d'esprit, de la dissimulation et des instincts pervers. — Le malade se livrerait à des actes répréhensibles s'il n'avait la crainte extrême d'un bain. En ville, la propension de l'individu l'entrainerait inévitablement à des faits de nature justiciable. — Il serait pédéraste si on n'exerçait sur lui une surveillance attentive et il ne se rend pas compte de la turpitude de ses instincts. — Sournois, fantasque, méchant quand on ne l'observe pas, il est devenu apathique, paresseux. — Il est nécessaire de lui imposer. — Dès lors, comme tous les épileptiques, il se soumet mais en faisant intérieurement ses réserves si la surveillance ne s'exerçait pas. — Le travail, en le distrayant, et la discipline en le maintenant détournent seuls le malade de ses tendances et le rendent inoffensif.

Remarques. — L'individu n'a aucunes relations de famille. — Quand même, l'asile serait rigoureusement exigible parce que D... a des instincts criminels, peut se livrer à des violences graves et qu'il serait pernicieux pour la morale publique. — L'isolement ainsi que l'organisation disciplinaire peuvent seuls arrêter l'écart des actes. — Comme tous les épileptiques, il est naturellement sournois, cauteleux, mais encore plus dangereux par ses actes que par un langage méchant. — On ne peut jamais trop se prémunir contre un épileptique. — Comme tous les épileptiques encore, il aime à dérober et, en vertu de la criminalité de sa perversion, on doit bien prendre garde d'oublier quelque chose qui deviendrait dans sa main un instrument offensif.

Non différemment que pour tous les autres aliénés, il faut chercher, si faire se peut, à occuper des épileptiques; mais, il faut en faire un chantier à part sous une surveillance spéciale d'hommes sur lesquels on peut compter et envers lesquels on doit être très-rigoureux.

On ne se rappellera jamais trop qu'un épileptique, quel qu'il soit, est éminemment à craindre. — Aussi, est-ce fort justement qu'on a demandé le renfermement de tous les épileptiques, soit dans les asiles, soit dans des établissements conçus exprès pour eux.

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