‹ L'aliéné devant lui-même, l'appréciation légale, la législation, les systèmes, la société et la familleChapitre 75 sur 100 · OBSERVATION XXIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXIV

Manie chronique. — Mysticisme; extatisme; automatisme moral.

— Violences , fureurs, incoercibililé que rien ne peut vaincre.

— Isolement indispensable.

La nommée G..., en religion sœur F..., entre à l'asile de... — Lypémanie profonde, accompagnée d'un état de stupeur qui l'empêche de répondre nettement et autrement que par monosyllabes aux questions qui lui sont adressées, de se livrer à aucune des occupations habituelles aux sœurs de charité , et même à une minime pratique des exercices religieux. — Elle se renferme depuis plusieurs mois dans un système de mutisme. La santé physique avait, au moment de l'entrée, subi une atteinte grave par le refus habituel de manger. — Un mois après l'internement, on remarque de nombreuses idées mystiques et extatiques,,un refus presque complet des aliments qu'il faut la forcer de prendre, de même qu'il faut lui faire violence pour l'obliger à accomplir les actes ordinaires de la vie , tels que se lever, se déshabiller, se coucher; elle s'obstine, avec une opiniâtreté invincible, à ne se livrer à aucun travail, même le plus simple; elle ne veut ni prier, ni assister aux offices. — Depuis lors, jusqu'à maintenant, on n'a rien pu obtenir de la malade; elle se

renferme dans le silence le plus complet quand on tente , à son égard , un raisonnement quelconque et qu'on tâche de la faire revenir à des idées meilleures ; elle pousse de grands cris et est dans l'agitation la plus violente quand on veut la faire participer aux actes rudimentaires et essentiels de la vie; si parfois, dans cet état d'agitation, elle répond à ce qu'on lui dit, ses paroles sont confuses, dépourvues d'ensemble et montrent bien évidemment le défaut de corrélation des pensées. — Elle reste debout, la journée entière, appuyée contre un mur, dans un état d'impassibilité des plus grands. — Si on lui fait changer sa position, elle entre dans une fureur extrême pour retomber dans la môme apparence d'abrutissement. On profite de ces moments de violente excitation pour pouvoir connaître plus à fond ses idées et l'amener à un raisonnement sain et droit sur les choses de la vie, et, en particulier, sur son état. — On obtient alors des lambeaux de phrases décousues. — Douceur la plus grande, conseils les mieux réfléchis, prévenances de toute sorte; coercition; tout s'épuise devant le bouleversement intellectuel et moral, devant l'incoercibilitô de la volonté; la malade kicère ses habits, détériore les portes, brise môme les serrures, et on est souvent obligé de la camisoler. — On est contraint de la faire manger, sinon elle ne réclamerait aucune nourriture. — Quand il s'agit du coucher, il faut énergiquement la violenter; autrement, elle passerait volontiers toute la nuit, même en hiver, et quel que soit le degré de. froid, debout derrière une porte. — Elle gâte quelquefois et ne veut faire aucun effort pour se corriger de son incurie.

Remarques. — Assurément, on ne peut accuser les ordres religieux de favoriser la séquestration d'un des leurs dans une maison d'aliénés. — Quel qu'ait été le scandale fait primitivement par la sœur F... dans la maison com-

munale , on a eu le bon sens de comprendre qu'il prenait son point de départ dans la folie. — Dès lors, l'internement a été jugé nécessaire dans un asile où seulement elle pouvait, s'il en était temps encore, recevoir les soins exigés par la maladie, être maintenue et réprimée au besoin, mais avec toute la modération convenable. — Cette malheureuse aliénée à laquelle on a témoigné les égards les plus grands, entourée de la plus vive sollicitude, a résisté à tout traitement. — Tombée dans la chronicité, elle est incurable. — L'observation montre que la turbulence peut la rendre dangereuse et indécente au dehors; puis, rebelle à tout, demandant à être traitée comme un enfant pour les besoins actuels journaliers de la vie, réclamant une surveillance continue, elle ne peut rentrer dans la maison-mère qui s'en chargerait peut-être encore, quoiqu'aliénée, si elle était docile et inoffensive. — Elle a donc fatalement besoin de la discipline d'un asile ainsi que de l'hygiène et des soins divers que là seulement elle peut trouver.

Cette malade est internée par suite d'un placement volontaire. Que si la maison-mère tenait absolument à la reprendre, il y aurait lieu, je pense, à refuser.

La lecture attentive d'une observation de malade aussi incoercible permettra de comprendre quels soins multiples il faut déployer en certains cas, quelle sollicitude et quel ennui! — La fatigue est extrême et l'on doit veiller à ce qu'elle ne s'épuise pas. — Je ne cite qu'un fait; c'est pour exemple, car les mêmes sujets sont fréquents. —

Les serviteurs d'asiles éprouvent alors beaucoup de peine. Quelle est la récompense? Le plaisir d'avoir bien fait, et l'estime de leurs chefs dont la vigilance devant la maintenue du devoir est à apprécier. — On retrouve là du phi— lanthropisme expérimental de meilleur aloi que le philanthropisme à tout essor théorique de pétitions surannées au Sénat et ramassées trop légèrement par de grandes feuilles publiques toujours mécontentes quand même.

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