‹ L'aliéné devant lui-même, l'appréciation légale, la législation, les systèmes, la société et la familleChapitre 82 sur 100 · OBSERVATION XXXI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXXI

Lypémanie aiguë.— Tendances suicides et homicides — Exagération de sensibilité; actes violents. — Alternances de délire ambitieux. — Internement rapide. — Guérison.

Le nommé G... entre à l'asile de..., en... — Né de parents assez aisés, C... aurait beaucoup aimé une position plus relevée que celle qu'on lui a l'ait prendre. — Il eut , à ce sujet, de vives discussions avec sa famille. D'une sensibilité exagérée, il s'affectait beaucoup pour le motif le plus futile. — Six semaines avant son entrée; sa femme le voit ebanger notablement et passer par toutes les nuances de la tristesse jusqu'à la concentration la plus extrême. Indolent, soupçonneux, voyant sans cesse des complots se tramer contre sa personne , il tente a plusieurs reprises de se suicider. — La nuit qui précéda son admission, il se releva brusquement, saisit un rasoir, et allait se couper le cou, quand sa femme, qui le surveillait attentivement, put l'arrêtera temps; il se rendormit; puis, s'ôveillant de nouveau, il secoua violemment sa femme en lui disant qu'il allait la magnétiser pour la tuer; heureusement qu'il se calma presque aussitôt.— On s'empressa de l'interner. — Taciturnité des plus profondes; refus de manger; pas de sommeil ; deux jours après, la concentration fait place à une loquacité excessive avec incohérence; agitation multiforme; tendresse exagérée : il embrasse tout le monde; puis il devient, de plus, turbulent, méchant; il frappe. — La scène

change encore : il délire moins dans les actes , mais il est agité par des rêves ambitieux; il est un grand poète; il fait des horloges admirables; il a réalisé le mouvement perpétuel; il a les bonnes grâces de l'Empereur, il s'entretient familièrement avec lui, vient d'être nommé son aide-de-camp. Si on le contredit, il devient furieux et se livrerait à des violences si on continuait. — Pas d'hésitation dans la parole; la marche est très-franche, pas d'inégalité de pupilles; les fonctions digestives s'exécutent bien. — On lui administre l'opium à haute dose , des bains prolongés avec affusions froides. — Le délire était général , avec prédominance d'idées ambitieuses. — Pendant trois semaines, il y eut peu de modification. — Tout à coup, la loquacité cesse brusquement pour faire place à l'insouciance et à la laciturnité; il est impossible de fixer son attention. Cet état ne dure que peu de jours; puis, le malade semble sortir comme d'un rêve; il s'étonne de se trouver où il est, s'informe de ses parents, de sa femme, répond nettement et raisonnablement aux questions qu'on lui pose; on ne l'entend plus faire ses rêves ambitieux; il se dit fou d'avoir pensé à de pareilles sottises. — Il demande à travailler, s'occupe activement. — Le calme s 'étant soutenu assez longtemps bon, on provoque la sortie. — Le malade n'était resté que deux mois isolé.

Remarques. — Ici, l'internement a été très-hàtif, et il n'était que temps. — C'est dans des occurrences aussi émouvantes qu'on saisit surtout l'utilité d'une loi d'exception et qu'on peut juger, de la plus nette façon, que l'autorité administrative, avec sa promptitude d'action, est le seul pouvoir capable de sauvegarder rapidement la chose commune en opposant à la fois une digue aux tendances funestes qu'un malade a vis-à-vis de lui-même. — Le droit de s'emparer brusquement de sa personne évite tout

danger, et ce droit est tout au profit de l'individu puisqu'il lui procure rapidement les chances de guérison. — L'internement dès le début a enrayé la marche de l'affection, et un traitement énergique a fait rentrer la raison dans ses limites naturelles. — Au moment du retour des facultés vers la normale, le travail a été d'un excellent effet ; et, c'est principalement lors d'une convalescence, entrevue bien évidemment comme certaine, que ce mode puissant d'action dans les maladies mentales doit être manié avec prudence et circonspection ; en donnant de l'occupation, il faut bien éviter de l'imposer car on pourrait heurter une spontanéité qui doit revenir sans secousses ; dans nos asiles seulement on parvient à ce but parce que le travail n'y est pas un lucre et qu'il n'est qu'un moyen.

Lorsqu'un malade guéri rentre dans sa famille, la longanimité la plus grande doit être développée à son égard pour qu'à l'aide du temps les derniers vestiges de la compromission mentale puissent s'effacer. — Généralement, on ne s'en rend pas assez compte ; le labeur manuel exagéré ou la tension intellectuelle vers telle ou telle affaire sont trop vite repris; les circonstances de milieu ne sont pas assez évitées ; les habitudes hygiéniques sont loin d'être surveillées convenablement, et des rechutes apparaissent.

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