OBSERVATION XXXII
Lypémanie aiguë. — Négligence blâmable de la famille. — Vagabondage. — Craintes justifiées pour la sécurité publique. — Idées de persécution , d'empoisonnement ; refus de manger. — Bénéfice de l'isolement — Guérison.
Le nommé V. . . entre à l'asile de..., en... — C'est deux mois seulement avant son entrée que ses facultés mentales ont commencé à sombrer. — Au lieu de prendre soin de lui, ses parents le maltraitaient; l'altération mentale est devenue plus intense, et V..., inconscient de ses actes, s'est mis à vagabonder. — En dehors du peu d'égards qu'il avait trouvé près des siens, il est subjugué par des conceptions délirantes de persécution multiples et des craintes d'empoisonnement; il y avait aussi de la pantophobie, et V... se cachait dans les bois pour se soustraire à ses chimères. — A certains instants, quand il rencontrait quelqu'un , il faisait des menaces vengeresses. Les craintes qu'on ressentit justifièrent la main-mise sur lui et l'internement. — Il arrive couvert de vermine , dans un état complet de prostration morale et se renfermant dans un mutisme obstiné. — Il n'a pas mangé depuis plusieurs jours; cette condition, unie à la détestable alimentation qu'il trouvait je ne sais où , a profondément altéré la constitution. — On le place à l'infirmerie, où il reçoit d'abord les soins physiques nécessaires. — Le refus d'aliments vient compliquer le délire; c'est à la bouche artificielle qu'on doit le triomphe de sa résistance; il finit par prendre spontanément de la nourriture. — Tous ses mouvements sont instinctifs et automatiques ; ils ne s'exécutent qu'avec une
certaine lenteur. - Il recherche l'isolement. — Il se tient constamment silencieux, et, à l'écart, insensible à toute émotion et à toute stimulation. — V... est resté six mois dans cet état de stupeur. — Peu à peu, il regarde plus fixement son interlocuteur et répond avec une pertinence qui s'améliore chaque jour.
— On profite de cette réaction pour le faire travailler, et l'occupation , unie à des égards et à la bienveillance, ramènent tout à fait chez lui la spontanéité intellectuelle et morale d'autrefois.
— 11 sort guéri , au bout de huit mois.
Remarques. — L'incurie coupable et la désaffection de la famille ont placé un malheureux aliéné en état de vagabondange par inconscience, ont favorisé le danger d'actes envers la sûreté commune, et réduit l'organisme de l'individu à une pitoyable expression. — Errant depuis quelque temps, se nourrissant de saletés, et finissant par ne plus se nourrir, le malade se trouve dans un grand état de délabrement. — C'est dans ce cas qu'il faut surtout se pénétrer des principes d'alimentation dont j'ai parlé au sixième chapitre de cet ouvrage; c'est graduellement qu'il faut revenir à une nourriture substantielle. — V... enlevé à son milieu conserve encore longtemps sa défaillance mentale; mais, sa constitution physique une fois remise, il ne tarde pas à sortir de sa torpeur, et c'est le travail au grand air diligemment et prudemment surveillé qui parachève la guérison. — Cette guérison doit se maintenir si V... trouve de la sollicitude; mais, le peu d'intérêt de sa famille fait craindre une rechute pour lui. — L'Assistance de l'isolement lui a été profitable déjà ; la charité hospitalière ne lui ferait pas encore défaut.