‹ L'aliéné devant lui-même, l'appréciation légale, la législation, les systèmes, la société et la familleChapitre 84 sur 100 · OBSERVATION XXXIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXXIII

Lypémanie chronique. — Hallucinations préparatoires et qui se multiplient en changeant de formes. — Idées de persécution consécutives. — Danger inhérent. — Actes de bestialité. — Isolement nécessaire. — Travail réparateur. — Calme et agitation rémittentes. — Hallucinations persistantes. — Pas de famille.

Cette observation est fort intéressante au point de vue do l'élément hallucinatoire. — G... est une intelligence abrutie par la boisson, la paresse, et pervertie par des hallucinations nombreuses. — Mince, fluet, d'un tempérament nerveux, d'une constitution assez bonne, d'une santé généralement parfaite, il est arrivé à l'âge de 32 ans sans jamais avoir eu de position Dxe. — Constamment auprès des hôtels pour indiquer aux voyageurs des voitures ou porter leurs malles, entouré d'individus grossiers, paresseux, dont il partageait les goûts pour l'ivrognerie, C... ne pouvait manquer de tomber dans l'abrutissement. — Il commit d'abord, sinon des actes justiciables, au moins très-reprochables. — Depuis longtemps déjà il était atteint d'hallucinations de la vue et de l'ouïe. Il voyait des ombres qui marchaient devant lui dans les rues, entendait des voix qui se moquaient de lui et lui disaient : tu feras ou tu ne feras pas -telle chose. — 11 eut enfin une profonde concentration d'esprit provenant d'idées de persécution qui, quand elles étaient plus intenses que d'ordinaire, aboutissaient à la menace et à des déterminations regrettables. — Surpris un jour commettant des actes de bestialité avec une chienne, il fut conduit

au commissariat d'où il sortit pour être interné. — Le cynisme avec lequel il raconte ce dernier fait montre combien les instincts sont dépravés et donne peu d'espoir pour l'avenir. — Il nous donne des détails précis sur ses hallucinations. — On l'envoie immédiatement au travail pour le discipliner, le distraire et le moraliser; il s'y comporte d'une façon docile et laborieuse. — 11 est d'abord tranquille, mais offre des erreurs complètes de jugement avec la perversion de la volonté et du sentiment; les hallucinations persistent. — Cet état est stationnaire pendant plusieurs mois. — Au bout de ce temps, le malade réclame à outrance sa liberté. — On prévoit de l'agitation qui ne tarde pas à apparaître très-intense. — Les hallucinations se sont compliquées; dès le début, il offrait un état hallucinatoire de la vue et de l'ouïe; bientôt se joignent des hallucinations de l'odorat. — Il réclame toujours avec énergie sa sortie et, à ce propos, interrogé sur son état, il raconte qu'un habitant de.., et sa femme l'importunent tous les jours par les insultes qu'ils lui prodiguent; c'est sous la table, dans le lit, sous le sol que les voix de ces deux individus l'injurient et lui tiennent un langage obscène; pour ce dernier point, la femme seulement. Lorsqu'il mange, ces individus lui envoient des odeurs repoussantes. Comme il n'est pas aliéné, dit-il, il réclame sa sortie. — Tout est raconté avec beaucoup de précision; des expressions cyniques, triviales, abondent dans son récit et prouvent jusqu'à quel point ses facultés sont avilies. — Les hallucinations augmentent, le délire ne fait que croître et tout esprit de comparaison s'en va. — L'agitation se dévoile, arrivant souvent au paroxysme et toujours par intermittence selon le degré d'intensité des hallucinations. — Pendant les moments de calme, on occupe C...; autrement, il faut avoir recours à des moyens contenlifs et des bains prolongés. — L'état est devenu incurable.

Remarques. — Cette observation montre l'influence d'une mauvaise éducation sur le développement de la morbidité mentale. — Il est assez à croire que, dès le principe, C... était incurable en raison des tristes habitudes contractées depuis longtemps et de la perversion morale dans laquelle il s'était toujours complu. — Quoi qu'il en soit, l'internement s'est fait trop tard et, si un état hallucinatoire des plus dangereux n'a pas amené tout d'abord de conséquences funestes, c'est le hasard qu'il faut remercier ; la morale publique a souffert de ce retard puisque C... ne se gênait pas pour accomplir un acte de bestialité révoltant. — C'était le cas, lors de l'admission, de discipliniser sévèrement le malade et de le diriger avec assiduité vers un travail actif. — Au bout de quelque temps, l'abrutissement a diminué; mais, les hallucinations persistant et se surajoutant, une chronicité irrémédiable se laisse juger et C... n'est plus devenu qu'un être qu'il faut soigner, surveiller et dont il faut régulariser les déterminations. L'enclave de l'asile devient pour ses semblables un garant contre lui.

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