‹ L'aliéné devant lui-même, l'appréciation légale, la législation, les systèmes, la société et la familleChapitre 94 sur 100 · OBSERVATION XLIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XLIII

Folie raisonnante. — Conversation nette en dehors de l'excitation qu'on lui imprime. — Hallucinations religieuses. — Impulsions dangereuses.

Le nommé C. . . qui entre à l'asile de a déjà fait un

séjour de huit ans dans un autre établissement qui s'est trouvé fort heureux de ne le plus posséder. — D'une constitution vigoureuse, d'un tempérament nervoso-sanguin, C... se présente, de prime abord, sous l'apparence d'un homme bien élevé ayant reçu une certaine instruction. Prévenant à l'extrême, d'une politesse exagérée, d'une docilité obséquieuse, il rend compte de ses affections et de ses haines pour les médecins en chef, directeurs et autres qu'il a vus se succéder à l'asile avec un semblant de vérité et de raison capable de dérouter les plus habiles de ceux qui voudraient le juger et l'apprécier avec les yeux seuls du raisonnement; tant il est vrai que, pour arriver à la connaissance et au diagnostic des lésions psychiques, la science et l'habileté du spécialiste n'est pas moins utile que pour arriver à déterminer sûrement les affections somatiques. — Ce qui prouve également qu'ils ont tort ceux qui, voulant sortir de leur domaine, s'imaginent être capables, avec la seule raison et une instruction élevée,

de résoudre la plupart des problèmes de la psychologie morbide.

A entendre les louanges que C... donne aux uns, les critiques et les calomnies qu'il distribue aux autres, un homme du monde s'y laisserait prendre et penserait de suite à un internement arbitraire; le malade a, en effet, l'œil vif et intelligent, le regard animé, le langage correct, la parole pleine de volubilité sans être incohérent de primesaut; il écrit assez bien, fait des vers qui, bien que mal faits, excitent néanmoins l'étonnement chez un homme d'une assez basse condition. — Mais, après une observation prolongée, une attention soutenue, guidée par l'expérience de semblables affections, on ne tarde pas à remarquer qu'au milieu de la conversation la plus raisonnable C... devient incohérent; il se lance dans des idées démonomaniaques, donnant immédiatement une juste idée de l'insanité de ses facultés intellectuelles. 11 a la prétention de connaître particulièrement l'Empereur et de lui avoir rendu d'éminents services , se croit un profond théologien en même temps qu'un poëte distingué, et il ferait un mauvais parti à quiconque voudrait lui prouver le contraire. Il a, dit-il, trouvé le moyen de s'élancer à travers l'espace, des hauteurs de nos bâtiments sur la cathédrale de N..., et il propose, chose qu'on n'accepte évidemment pas, de faire l'expérience. — Il se croit, en outre, illuminé et prophète, se pose constamment en appréciateur exercé de tous les changements opérés dans l'asile et semblable au moucheron de la fable, revendique

la plus grande part de toutes les modifications introduites. — Orgueilleux à l'excès, pour peu qu'on cause avec lui, on le voit donner l'essor à ses idées de perfection et à ses prétentions ambitieuses. D'une politesse ironique en face des gens, grossièrement cynique par derrière, flattant ceux qui sont là, dénigrant les absents, C... déploie dans ses invectives et ses calomnies un talent étonnant qui en fait un homme extrêmement dangereux.

Il est extrêmement mystique et a des hallucinations avec la Vierge et les saints. — 11 est très-sournois, plein d'une grande animosité et, dans certains moments d'irritabilité, il aurait une arme dans les mains qu'il en ferait un mauvais usage. — Je l'ai vu plusieurs fois très à craindre. — Quand on passe près de lui, il ne faut jamais le perdre de vue ; il est d'autant plus à redouter qu'il est rampant. — L'isolement seul arrête ses impulsions.

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