‹ L'Alimentation Complémentaire du Nourrisson à l'Allaitement ArtificielChapitre 10 sur 29 · II, ALLAITEMENT ARTIFICIEL · texte numérisé non relu

II, ALLAITEMENT ARTIFICIEL

La fréquence et la sévérité des accidents sont toutes différentes quand l'enfant est nourri au lait de vache, Le nourrisson peut être soumis à l’allaitement artificiel aussitôt après sa naissance, ou bien après une phase plus ou moins longue d'allaitement au sein. Dans ces derniers cas, c’est le sevrage dont le succès est très inconstant. Le sevrage, en effet, laisse toujours à redouter des difficultés d'autant plus grandes qu’il est plus rapide, que l’enfant est plus jeune, plus délicat. :

Le sevrage rapide mérite à peine une mention. C’est une mesure d’ignorance criminelle qui aboutit aux pires désastres Il n’en est de meilleure preuve que les cas trop nombreux de tout jeunes enfants d’abord élevés au sein puis brusquement mis au biberon du jour au lendemain. Leurs mères les amènent d'ordinaire à l'hôpital au bout de deux ou trois jours de ce régime. Ils présentent dès leur entrée un facies plombé et toxique, un amaigrissement rapide et considérable, de la diarrhée, des vomissements, bref un tableau très voisin du choléra infantile. Le pronostic est d'emblée des plus sévères, et trop gouvent il n’est plus possible de les arracher à la mort.

Pour se pratiquer d’une manière favorable, le sevrage doit être lent et progressif. Il exige quinze jours au moins et un mois si possible. Il doit avoir lieu, pour remplir les conditions les plus propices, en dehors des pé-

riodes de grande chaleur, qui exposent aux diarrhées toxiques, entre le huitième et le quinzième mois. Mais bien souvent on est obligé de le pratiquer pius tôt.

Or, l'expérience montre que la phase préalable d’allaitement au sein favorise la bonne santé de l'enfant et sa résistance aux accidents auxquels expose le sevrage. Cette heureuse influence se manifeste d'autant mieux que la durée de l’allaitement au sein s’est prolongée davantage. Mais les éléments du pronostic ne se bornent pas là.

On peut dire, d’un point de vue très général, que le suecès de l'allaitement artificiel semble relever de deux facteurs : d’une part de la bonne santé de l'organisme qui y est soumis, d'autre part de la qualité des substances alimentaires fournies à cet organisme.

La question du terrain semble la première en cause, et les données de l’observation, d’accord avec la théorie, incriminent l'influence de toutes les causes pathologiques, influence vraiment néfaste pour la santé de l’enfant. Il est facile de concevoir la place que tiennent toutes les causes morbides. De même qu’elles peuvent avoir une expression extérieure grossière (dystrophie, malformation congénitale), de même, et plus souvent encore les lourdes hérédités ont un retentissement viscérai et créent des lésions histologiques susceptibles d’entraver ou de dévier le fonctionnement physiologique de ces viscères.

À cet égard, la syphilis semble particulièrement typique. On sait aujourd’hui de façon très nette avec quelle fréquence l’enfant issu de parents syphilitiques présente des troubles digestifs. Tous les degrés peuvent

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être observés chez lui, depuis le vomissement simple, lJ’accès de diarrhée banale, jusqu’à l’athrepsie la plus grave, tous ces troubles étant la même expression à un degré varié de la sensibilité digestive de ces enfants. MM. Ribadeau-Dumas et Faroy ont contribué à l'explication de cette sensibilité digestive en montrant l’altération presque constante des glandes digestives, surtout du foie et du pancréas chez les hérédo-syphilitiques. Or, ces lésions s’accompagnent non seulement d'élimination par ie tube digestif de substances toxiques, mais souvent aussi de troubles des échanges et d’insuffisances glandulaïres.

Les mêmes difficultés s’observent chez les enfants issus de parents tuberculeux, même quand l'éloignement de l'enfant a été effectué aussitôt après la naissance, Ici l’explication est plus délicate, et la question de l’hérédité tuberculeuse a été l’objet de recherches et de discussions nombreuses. Aujourd’hui son affirmation est plus facile à faire, et les notions toutes récentes des formes filtrantes du virus tuberculeux viennent éclairer le problème d’une lueur toute nouvelle.

À ces cas, dont le mécanisme semble assez explicite, se juxtapose toute une série de faits d'interprétation plus difficile, mais qui sont observés avec une assez grande fréquence. C’est ainsi que les enfants d’alcooliques sont d’une fragilité hors de doute. C’est aussi l’apanage de tous ceux dont les mères ont eu des grossesses compliquées ou pathologiques, des accouchements prolongés et laborieux : l’éclampsie, les vomissements incoercibles avec sous-alimentation prolongée, les hémorragies abondantes ou répétées font toujours souffrir Îo

fœtus. Celui-ci, s'il arrive à naître vivant et viabie, en conserve toujours une empreinte sévère, surtout à l’occasion de l'allaitement artificiel.

GQuelquefois de tels enfants sont des prématurés, mais en outre ce sont presque toujours des débiles, dont le poids et la taille sont inférieurs à ceux d’un enfant du même âge, né bien portant et à terme. Aussi chez la plupart de ces nourrissons, la fréquence et la gravité du moindre trouble digestif est telle que pour beaucoup l’al- Jaitement au sein pendant les premiers mois est presque une condition d'existence et doit faire partie des soins innornbrables qu’exige leur fragilité extrême.

D'autres enfants sembient bien portants à leur naissance, leur examen et celui de leurs parents ne révèlent à première vue aucune tare héréditaire, et cependant leur état est précaire au bout de quelques mois d’allaitement artificiel. L'on note chez eux des troubles d’assimilation, soit par excès (formes florides), soit par défaut, l’enfant étant dans les deux cas un débile. Son état, d’après M. Lesage, serait imputable à une hérédité arthritique, souvent de vieille souche, et dont il serait la première manifestation chez le nourrisson. Mais cette hérédité poursuivra l’enfant par la suite, pouvant affecter les modalités d'expression les plus variées : troubles nerveux, &Czéma, asthme, migraine, etc.

Enfin, après l’observation de Bar, MM. Barbier, Hutinel, Lesné, Weiïll (de Lyon), ont proposé d'attribuer bien des troubles digestifs du nourrisson à une intolérance au lait d’origine anaphylactique. Dans ce groupe, on tend à ranger des accidents nombreux et disparates. Or il semble que dans certains cas aigus, à allure dra-

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