ÏJ. ALLAITEMENT AU SEIN
Cette uniformité n’a guère de retentissement sur la santé des enfants au sein. Ce procédé alimentaire est à la fois rationnel et physiologique, et l'abondance de la sécrétion lactée varie spontanément avec l’âge pour se plier aux exigences de l'enfant. Il en est de même de la composition du lait, et le colostrum sécrété à la fin de la grossesse présente des transformations progressives à l’épogue de l’accouchement ; le lait n’atteint sa composition définitive qu'au bout de quelques jours, en laissant ainsi à l'organisme encore fragile du nouveau-né le temps de s’y adapter.
On voit par là toute la sécurité de cette méthode. C’est celle qui garantit le mieux la santé et la croissance des jeunes enfants. Et pourtant, cette donnée a été l’objet de longues discussions, et n’est universellement admise
que depuis un demi-siècle, Il est curieux cependant de
noter que, dès le xvr siècle, à l'hôpital du Saint- Esprit, qui représente la première œuvre parisienne d'assistance aux enfants du premier âge, l’unique mode d'alimentation admis pour les jeunes enfants était l’allaitement par des nourrices. En aucun cas, les nourrissons ne devaient être « ne sevrez ne hostez de la mamelle silz nont an et demy passé, de peur que en ce faisant, nature ne soit grevée, destournée ou empeschée de œu-
vrer au nourrissement diceulx » (1). Le règlement est formel, et ses conclusions exclusives cadrent assez bien avec les données actuelles de notre expérience.
De nos jours, les nourrissons au sein de ieurs mères présentent une grande résistance aux infections, leur développement est facile et normal, la bonne santé est leur apanage habituel. Bien mieux, leurs yeux vifs, leur bonne musculature, leur peau rose permettraient au regard exercé du médecin de distinguer les enfants au sein des enfants nourris au biberon, même quand ces derniers se portent bien en apparence. On comprendra donc que, chez un enfant né en bonne santé, sans aucune hérédité morbide, les vrais méfaits de l’allaitement au sein relèvent le plus souvent d’une alimentation insuffisante ou excessive, ou encore, dans quelques eas fort rares du reste, d’une mauvaise qualité du lait maternel : tels sont, par exemple, certains laits trop riches en graisses et justiciables de poussées aiguës d’eczéma, qui ne cèdent qu'à un changement total ou partiel du régime, ou d’autres laits trop riches en lactose et pauvres en graisses,
Mais ces circonstances mises à part, il arrive de voir de loin en loin, un nourrisson âgé de huit à dix mois et dont le développement, très satisfaisant au début de son existence, est devenu médiocre, malgré l’allaitement au sein qui n’a subi aucun changement. La mère se plaint de ce que son enfant est grognon, nerveux, S’agite pendant son sommeil, et d’autre part de ce qu’il n’a plus d’appétit, est constipé, présentant des selles dures, par-
(1) G. RENOUX. L'assistance aux enfa
*C nts du premier âge au xvr et au XVIr siècles. Thèse, Paris 1924. °
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fois décolorées. A l'examen de l’enfant, deux ordres de faits frappent É médecin : l’amaigrissement et la pâleur. L'amaigrissement se manifeste par la fonte du tissu adipeux, avec diminution où disparition de la turgescence des parties molles. 11 exprime la. sous-alimentation de l'enfant, et le simple interrogatoire de la mère en fournit habituellement la preuve. De fait, presque toujours, celle-ci ignore l'accroissement des besoins alimentaires de son enfant et la nécessité d'augmenter sa ration calorique par l’adjonction de bouillies de farines. À ce signe s'ajoute la pâleur de la peau et des muqueuses, pâleur qui reflète une anémie due le plus souvent à
l’abaissement du taux de lhémoglobine plus qu’à hy-
pogiobulie. Elle relève habituellement de deux facteurs : d’une part, de l’épuisement en fer des réserves fœtales, épuisement que le lait ne vient pas combler, et qui, si l’on n’y pourvoit, provoque de l’anémie vers la fin de la première année. C’est l’oligosidérémie ou anémie ferriprive (Professeur Marfan). D'autre part elle relève probablement de ia teneur en albumine du lait de femme, teneur deux fois plus faible que celle du lait de vache. Or, si l’on n’a pu encore fixer le mode d’action de l’albumine du lait dans l’hématopoïèse et la fixation du fer, cette action est cependant incontestable, témoin la grande supériorité du fer supporté par une texture organique comme le jus de viande, la moelle osseuse.
Il semble d’ailleurs à ce sujet que le rôle plastique de l’albumine du lait commence à se faire moins sentir quand V'anémie apparaît. L’amaigrissement signalé plus haut, coïncide avec un ralentissement général du déve-
loppement de l’enfant, et il paraît logique d’imputer ce
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retard de croissance à la pauvreté relative du lait maternel en matières protéiques.
Pour obscure que soit la pathogénie de ces faits, leur existence ne semble guère contestable. Il est tentant de les rapprocher du cas des prématurés, pesant moins de deux kilogs, dont parle le Professeur Feer (de Zurich) et qui se développent mal en dépit d’une alimentation exclusive au sein. Pour les faire prospérer, il faudrait, d’après cet auteur, ajouter à chacune de leurs tétées une petite quantité de lactalbumine, qui serait un stimulant indispensable à leur faible organisme.
Quoi qu’il en soit, les accidents qui relèvent d’un allaitement au sein trop prolongé ont, d'ordinaire, un pronostic bénin ; et pourtant, les difficultés thérapeutiques n’en existent pas moins. Chez de tels enfants, l’anorexie se double souvent d’un réel dégout pour tout aliment autre que le lait. Ce dégout est en apparence absolu, mais en apparence seulement. En fait, il est de courte durée, la seule condition du succès reposant dans la persistance des parents à fournir à l'enfant un régime plus varié et plus nutritif,