‹ L'Alimentation Complémentaire du Nourrisson à l'Allaitement ArtificielChapitre 20 sur 29 · B. — APPORT DE SUBSTANCES MINIMALES · texte numérisé non relu

B. — APPORT DE SUBSTANCES MINIMALES

L'idée de variété alimentaire augmente d'importance quand on envisage le problème du point de vue des maladies par carence. En effet, soit qu'il s'agisse d’un régime curatif, soit qu’il s'agisse d’un régime prophylactique, les diverses vitamines actuellement connues sont très disséminées dans la nature, et leur apport exige du nourrisson l’ingestion d'aliments très différents.

Cette notion fondamentale doit dépasser le domaine de la curiosité médicale, et être enseignée à toutes les mères qui élèvent leurs bébés au biberon. Pour le moment, celles-ci méconnaissent tout à fait cette notion, mais elles en retiendront facilement la portée pratique; car l'usage aujourd’hui familier du jus de citron et des jus de fruits constitue déjà un important précédent. Mais cet usage, dont l'ancienneté remonte à peu près aux descriptions de Barlow, n'a été l’origine d’aucun progrès ultérieur, et il reste aujourd’hui un immense pas à franchir. ;

SCOREUT. Si on commence par examiner le scorbut, dont la question se range parmi les plus fréquentes de la médecine infantile, les jus de fruits paraissent être loin d'épuiser le problème diététique qui demande à être entièrement repris.

On pourrait d'abord s'étonner à première vue de voir décrire au scorbut autant d’aspects cliniques, et surtout d’aspects relativement fréquents pour les formes frustes. En effet, si on fait abstraction des cas imputables

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à une alimentation exclusive aux farines, on sait que le lait de vache renferme la vitamine C et n’est pas gcorbutigène par lui-même, Mais des actions mécaniques ou chimiques peuvent modifier profondément le kit, détruire la vitamine antiscorbutique et favoriser apparition de la maladie de Barlow. Le lait homogénéisé, le lait humanisé sont les plus importants de ces laïts profondément modifiés. Le lait Stérilisé ne devient scorbutigène qu'après un séjour de dix minutes au «- moins à l’autoclave à 120 degrés, alors que l’ébullition simple ne touche pas la vitamine C, et qu’à 110 degrés la vitamine C résiste au moins une demi-heure, Si ces données résumaient toute la pathogénie du scorbut au cours de l’allaitement artificiel, la prophylaxie en serait relativement facile. Mais les recherches des dernières années ont mis en évidence les faits suivants dont l’importance est considérable, et qui augmentent la complexité du problème. :

1° Le vieillissement tendrait à détruire la vitamine C des laits stérilisés même à une température inférieure à 120 degrés, surtout si cette Stérilisation a été produite à l'air libre.

2° Les chauffages simples mais répétés à 60 ou 80 degrés suffisent bien Souvent à détruire la vitamine C d’un lait et à le rendre Scorbutigène, surtout s'ils sont espacés par un intervalle d’un ou de plusieurs jours. C’est là un point très important dans les villes, où assez fréquemment sous le nom de lait frais, on vend un lait pasteurisé quelques jours auparavant pour en assurer la conservation. L’ébullition pratiquée ensuite - dans les familles suffit dès lors à provoquer des acci-

dents de scorbut qu’on ne voit guère avec les laits condensés sucrés préparés à l’abri de l'air et à une température peu élevée (60 à 80 degrés).

Cette notion explique, en outre, comment on peut inconsciemment réaliser une autre condition essentielle du scorbut et soumettre un enfant à une alimentation défectueuse pendant une durée prolongée, trois ou qua- £re mois au minimum. Cr, ce n’est qu'au bout d’un tel laps de temps qu’apparaissent les premiers symptômes de la maladie.

De tout cet état de choses, on peut conclure à l’existence de trop de facteurs d'incertitude, pour pouvoir jamais garantir à l’abri du scorbut un nourrisson de ville alimenté exclusivement au lait de vache. Bien mieux, la vitamine € se trouve toujours en petite quantité dans le lait de vache frais, et ne fait que compléter dans les premiers mois de la vie les réserves faites par l'enfant au cours de l’existence intra-utérine. Maïs ces réserves s'épuisent normalement au bout de cinq à six mois, et de plus on admet que la consommation de la vitamine C peut être exagérée chez les hérédo-syphilitiques, ou au cours de la suralimentation avec un lait carencé, au cours des infections, de l’hyperthyroïdie. En outre, l’administration d'huile de foie de morue peut jouir des mêmes effets.

Dès lors, les risques de carence s’accentuent encore, d’où la règle d’être très méfiant et de pratiquer d’une facon presque systématique une alimentation anti-scorbutique préventive. Conformément aux données qui précèdent, on la pratiquera à partir de l’âge de cinq ou six mois. Avant ce n’est guère utile, car, en fait, le scorbut

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