‹ L'alimentation de la Belgique par le comite nationalChapitre 10 sur 227 · TERRITOIRE ETRANGER · texte numérisé non relu

TERRITOIRE ETRANGER

qu'à titre provisoire (26 novembre 1914), mais cette situation se prolongea jusqu'au mois d'octobre 1916, époque où l'autorité allemande rattacha Maubeuge au territoire français. Maubeuge, dès lors, partagea le sort du département du Nord.

L'accueil favorable accordé à la demande du maire de Maubeuge devait naturellement faire naître de nouvelles sollicitations. Une seule fut accueillie. A la réunion des délégués provinciaux tenue le 31 décembre 1914, le président du Comité exécutif annonça que le Comité de la province de Namur avait été prié d'assurer, sans engagement d'aucune sorte, le ravitaillement des régions de Funiay et de Givet, qu'à raison de leur configuration et de leur situation enclavée dans la province de Namur on appelle souvent le « couloir de Givet ». Cette décision fut prise par pitié pour la situation malheureuse dans laquelle se trouvaient les populations de cette région. Celles-ci comprennent d'ailleurs un assez grand nombre de Belges. C'étaient 41,000 habitants de plus à ravitailler. Ils le furent pendant un peu plus de trois ans : le 15 janvier 1918, le couloir de Givet fut rattaché au territoire français.

Le Comité National jugea impossible, sans risquer de compromettre toute l'œuvre qu'il édifiait, d'étendre son action à d'autres territoires français, comme on le lui demandait. Il exposa au représentant des États-Unis, M. Brand Whitlock, les motifs de sa décision dans une lettre du 29 décembre 1914 où, en refusant d'accueillir une demande adressée par l'évêque de Lille, il indique en même temps le moyen de secourir les i)opulations de la zone française occupée :

EXCEI,I,ENCE,

Nous avons eu l'honneur de recevoir la lettre du 23 de ce mois par laquelle Votre Excellence a bien voulu nous transmettre une copie de la lettre de S. G. Mgr l'évêque de Lille, tendante à voir notre Comité ravitailler la région de Lille.

Nous sonmies vraiment émus de la détresse des populations du nord de la France. En dehors des hens de sang qui nous rattachent à elles et du grand nombre de nos compatriotes établis dans cette région, des considérations humanitaires nous dictent de secourir dans la mesure de nos moyens les dites populations.

A notre grand regret, toutefois, nous ne pouvons intervenir directe-

ment. Votre Excellence voudra bien se souvenir des discussions c|ui eurent lieu à la réunion du Comité National du 24 novembre dernier, à laquelle elle avait bien voulu assister, relativement au ravitaillement de JMaubeuge. Il fut expressément décidé que le Comité n'interviendrait qu'à titre tout à fait exceptionnel et c^ue le précédent ne pourrait, en aucun cas, être invoqué auprès du Comité pour l'amener à ravitailler d'autres régions de la France. Au surplus, nous devons ajouter que notre tâche est déjà tellement vaste que nous ne croyons pas pouvoir étendre notre champ d'action. Est-il nécessaire aussi de rappeler à \'otre Excellence les difficultés, si laborieusement résolues, que nous avons rencontrées pour raA-itailler les régions de notre pays se trouvant immédiatement à l'arrière des armées.

Le précédent, admis en faveur de Maubeuge pour des raisons connues de Votre Excellence, n'a pas manqué d'être invoqué par d'autres régions de la France : couloir de Givet, région de Valenciennes et, aujourd'hui, Lille. S'il est est vrai que l'occupant est tenu par les conventions internationales d'assurer le ra\-itaillement des populations vivant dans les territoires occupés, nous ne pouvons toutefois nous désintéresser des malheureuses populations du nord de la France. Nous croyons devoir signaler à Votre Excellence le procédé que nous avons suggéré aux délégués de Valenciennes qui sont venus nous voir : ces Messieurs achèteraient à l'étranger et consigneraient à la Commission for Relief in Belgium, à Londres ou à Rotterdam, les produits dont ils seraient intentionnés de ravitailler leurs régions. Le rôle de « The Commission for Relief in Belgium )) et de notre Comité consisterait uniquement à servir d'intermédiaire pour le transport des marchandises. ]\Iais il conviendrait qu'au préalable ces ^Messieurs obtiennent des gouvernements aUiés les autorisations nécessaires et, des autorités allemandes, des garanties formelles de non-réquisition et de non-saisie sans lesquelles notre Comité pas plus que (( The Commission for Relief in Belgium », croyons-nous, ne pourrait ni ne voudrait prêter ses bons offices.

Les journaux annoncent que le Parlement français aurait voté un crédit de 300 milUons de francs pour venir en aide aux populations du nord de la France. La solution de la question du ravitaillement de ces régions pourrait donc être résolue si, d'accord avec les gouvernements alliés, des consignations de produits étaient faites à la Commission for Relief in Belgium, pour les dites populations.

Au cas où. \'otre Excellence approuverait cette manière de faire, peut-être estimerait-elle pouvoir conseiller à S. G. Mgr l'évêque de Lille d'en agir ainsi pour la région qui le concerne, ou encore, prenant l'affaire en main d'une manié re générale, régler cette question avec le Gouvernement français et le Gouvernement allemand. /

Le moyen proposé fut adopté et, au mois d'avril 191 5, un nouveau Comité chargé du ravitaillement du nord de la France

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