COMITÉ DU NORD DE LA FRANCE
se mettait à l'œuvre (i). Ce nouvel organisme, appelé souvent par abréviation le Comité français, — le C. F. des documents administratifs, — ne relève pas du Comité National. Il a pour ressort toute la partie occupée de la France, moins, jusqu'au 15 janvier 1918, le couloir de Givet rattaché à la Belgique et, jusqu'au mois d'octobre 1916, la région de Maubeuge. Il dispose de ressources propres, complètement distinctes de celles du Comité National, il gère en toute indépendance ses services, répartit comme il le juge bon les vivres entre les populations de son ressort, traite seul avec les administrations locales françaises. Mais cette séparation entre les deux Comités n'est nette que dans la forme ou, si l'on veut, dans la lettre des règlements et dans la comptabilité. Elle est limitée à ce qu'exigent l'existence d'une frontière politique entre les régions ravitaillées et la position différente de chacune d'elles vis-à-vis de l'autorité occupante. Dans leur fonctionnement, les deux Comités apparaissent sous leur physionomie exacte qui est celle de collaborateurs d'une même entreprise d'utilité publique. Les circonstances leur imposent l'entente. Ils ont im protecteur commun contre l'autorité allemande : c'était, au début, le bureau de Bruxelles de la Commission for Relief in Belgium; c'est, depuis le i^^ mai 1917, le Comité hispano-néerlandais pour la protection du ravitaillement. Ils reçoivent presque exclusivement par les mêmes intermédiaires, par les bureaux hollandais, anglais et américain de la Commission for Relief, les vivres qu'ils répartissent. C'est par les canaux et les voies ferrées de la Belgique que le nord de la France transporte ses approvisionnements ; c'est souvent dans les usines belges, conjointement parfois avec les produits réservés à la Belgique, que sont préparées pour la consommation les denrées qui lui sont destinées. C'est en Belgique qu'au début de son existence, le Comité français se procura nombre d'articles qu'il ne pouvait faire venir de l'étranger; c'est enfin le Comité
(i) Voir sur la formation de ce Comité le Rapport présenté par le bureau de Bruxelles du Comité d'alimentation du nord de la France sur les opérations efjectiiées depuis le début de l'organisation jusqu'au 31 décembre 1915. I vol. de 329 pages. Imprimerie des Travaux publics, Bruxelles, 191 6, p. III.
National qui est son intermédiaire financier et met à sa disposition les valeurs monétaires nécessaires au fonctionnement de ses services. Les liens si intimes c[ui iniissent les deux Comités apparaissent dans la disposition de leurs bureaux occupant le même immeuble et dans la présence aux réunions du Comité National et de son Comité exécutif des agents supérieurs du Comité français.
En charge directe, le Comité National n'a que le ravitaillement du territoire belge et, j^endant quelques années, de minimes parties du territoire français indiquées plus haut; mais dans l'établissement de son programme alimentaire, dans la répartition des denrées, dans l'agencement des transports, il doit, depuis le mois d'avril 1915, tenir compte de ce qu'une postulation voisine et amie, dont le chiffre dépasse deux millions d'habitants (i), plus dénuée de ressources encore que celle dont il a la charge directe, se ravitaille aux mêmes sources que lui et utilise j^our le transport et la manutention des denrées, les voies ferrées, les canaux, les usines dont il se sert lui-même. Aux périodes si nombreuses de resserrement, quand les réser\^es menacent de s'épuiser, quand les canaux sont inutilisables faute de matériel ou parce que la glace les obstrue, quand les chemins de fer, aux mains de l'occupant, perdent graduellement une partie de leur capacité de transport, ce sera pour le Comité National une grave préoccupation de satisfaire dans une mesure équitable aux besoins des pays d'en deçà et d'au delà de la frontière. Jamais, il est inutile de le dire, il n'usa de la prépondérance que sa position vis-à-vis du Comité du nord de la France lui assurait, pour satisfaire d'abord les besoins de ses compatriotes. Au contraire, poussant jusqu'à l'abnégation la générosité qui, dès son origine, avait inspiré ses actes, il admit comme une règle, que les besoins de la France fussent satisfaits les premiers. « D'une façon générale, écrivait-il à Rotterdam le 31 mars 1916, noiis aimerions à ce que
(i) La population fut évaluée, lors de la constitution du Comité français, à 2,110,467 habitants; au 30 juin 1916, elle est de 2,092,965 habitants; au 30 décembre 1916, de 2,093,402. L'annexion du district de Maubeuge comptant 76,000 habitants compensa la perte de population due à l'évacuation du district de Péronnes, aux rapatriements et à l'excédent des décès sur les naissances.