LA RATION DURANT I^'ÉTÉ I
Bien que la C. R. B. eût abaissé à partir du mois de février, de 340 à 305 grammes la quantité de céréales attribuée aux Comités provinciaux pour la nourriture journalière de chacun de leurs habitants, on put, grâce à cette élévation du taux de la mouture et à l'addition de farines de seigle et de maïs à la farine de froment, maintenir la ration au poids qui lui avait été attribué au mois d'octobre précédent, sauf dans l'Agglomération bruxelloise où, en février 1916, on lui enleva 15 grammes (285 grammes au lieu de 300 grammes).
Les mois de mai, juin et juillet sont régulièrement ceux où l'alimentation publique rencontre le plus de difficultés; les provisions de l'automne sont consommées et la terre ne produit pas encore de quoi les remplacer. En 1916, cette période fut particulièrement critique, la récolte des pommes de terre ayant été en dessous de la moyenne. Le Comité National estima qu'il fallait coûte que coûte augmenter la ration de pain, au moins pour les classes indigentes de la population. Bien que la C. R. B. continuât à ne fournir aux provinces que 305 grammes de froment par habitant, il semblait cependant possible d'ajouter quelques grammes à la ration en utilisant, du consentement de la Commission centrale des récoltes, une partie de la récolte indigène mise en réserve et en mêlant au froment un peu plus de seigle et de maïs. Dans les intentions du Comité National l'augmentation de la ration ne devait profiter qu'aux classes nécessiteuses et leur être attribuée sous forme d'un supplément de ration. Mais comme certaines provinces répugnaient, pour des motifs qui seront indiqués plus loin, à renoncer au principe de l'égalité dans le rationnement, il fut admis que les Comités provinciaux répartiraient comme ils l'entendraient les approvisionnements mis à leur disposition. L'Agglomération bruxelloise porta, au mois d'avril, la ration ordinaire de pain de 285 à 330 grammes et, le mois suivant, à 340 grammes; en outre, à partir du mois de juillet, elle accorda aux indigents un supplément journalier de 60 grammes. Le Comité d'Anvers maintint la ration à son poids antérieur dans les communes rurales, mais l'éleva à 400 grammes dans les communes industrielles (juin 1916). Les Comités de Liège et de Namur, partisans de l'uniformité dans le rationnement, augmentèrent la ration ordinaire. Au mois de
juin, celle-ci fut à Liège de 280 grammes de farine ou de 375 grammes de pain; à Namur, elle passa de 275 grammes de farine en mai à 300 grammes en juin, à 325 en août (433 grammes de pain). Cette farine constituait, il est vrai, un mélange de froment, de seigle, d'épeautre et de maïs. Dans les autres provinces, la ration ordinaire ne fut pas modifiée, mais il fut accordé à des catégories d'habitants plus ou moins nombreuses un supplément de ration.
Au mois de septembre 1916, les perspectives s'éclaircirent au point que les directeurs du ravitaillement estimèrent que l'on pouvait sans imprudence augmenter de façon générale la ration. Les informations reçues d'outre-mer permettaient d'espérer la réalisation intégrale du programme des importations. Il restait de la récolte 1915, 18,000 tonnes de froment. Enfin, en supprimant le droit accordé l'année précédente aux cultivateurs d'emplo3'er une partie de leur récolte de seigle pour la nourriture de leur bétail, on comptait obtenir pour la panification une quantité de seigle suffisante pour compenser la diminution attendue de la récolte de froment.
A dater du i^"^ octobre, la ration théorique, c'est-à-dire le poids du froment mis par la C. R. B. à la disposition des provinces pour chacun de leurs habitants, fut portée de 305 à 366 grammes. En déduisant de la ration théorique le froment nécessaire aux ravitaillements spéciaux (malades, hôteliers, pâtissiers, etc.), il devenait possible à tous les Comités de distribuer une ration journalière de farine ou de pain égale ou même supérieure à celle qui avait été fixée au début des opérations du Comité National. Le taux de la mouture seul continuait à différer de celui qui avait été adopté alors : il était de 82 % au lieu de 75 %. Le pain n'était pas blanc, mais légèrement gris.
Tout heureuses des largesses qui leur étaient faites, les provinces s'empressèrent d'accorder à leurs habitants ime augmentation de la ration de pain. Quelques-unes, notamment le Hainaut et le Brabant, interprétant dans un sens trop favorable les communications qu'elles avaient reçues, se crurent autorisées à répartir comme ration ordinaire 300 grammes de farine ou environ 400 grammes de pain. Elles en arrivèrent par cette méprise à consommer au mois d'octobre au delà de leur con-