LA GUERRE SOUS-MARINE RENFORCEE
lation, mais simplement mises en réserve. Autrement grave était le ralentissement des importations. Durant les mois d'août, de septembre et d'octobre 1916, il était entré en Belgique au total 220,000 tonnes de froment, soit en moyenne 73,000 tonnes par mois. Au mois d'octobre, on enregistre le chiffre qui n'avait jamais été atteint antérieurement de 95,000 tonnes! Mais durant les mois suivants l'importation se ralentit. Elle est de 40,000 tonnes en novembre, de 34,000 en décembre, de 47,000 en janvier, de 24,000 en février, soit en moyenne de 38,000 tonnes par mois. Or, pour distribuer la ration théorique de 366 grammes, il faut par mois ajouter aux 12,160 tonnes provenant de la récolte indigène, près de 44,000 tonnes (43,850 tonnes) de froment exotique. Le déficit est donc de 6,000 tonnes par mois. Pour maintenir la ration au poids fixé, on a déjà entamé largement les réserves faites durant les mois d'août, de septembre et d'octobre et les prévisions pour le printemps de 1917 sont alarmantes. L'Allemagne annonce qu'à la fin du mois de février elle renforcera la guerre sous-marine. Les navires affrétés par la C. R. B. devront suivre une route longue et seront exposés à plus de périls. Si même l'Allemagne respecte scrupuleusement l'engagement qu'elle a pris d'épargner les navires portant les signes distinctifs de la C, R. B., le ravitaillement de la Belgique deviendra plus difficile. La prudence exige donc que la ration soit diminuée. Le 12 février 1917, les Comités provinciaux sont prévenus télégraphiquement que, à partir du 15 février, la ration théorique sera réduite à 275 grammes de froment. Il en résultera une diminution de 12,000 tonnes dans la consommation du froment exotique. Pour permettre aux Comités qui distribuent des rations supplémentaires à certaines catégories d'habitants de les maintenir, le Comité National mettra à leur disposition environ 3,000 tonnes de farine de maïs. Il les autorise en outre, en cas de besoin, à prélever sur les approvisionnements de riz, quoique ceux-ci fussent bien modiques, de quoi ajouter 10 % de farine de riz aux farines de panification. A la suite de ces instructions tous les Comités réduisirent la ration ordinaire à 225 grammes de farine ou 300 grammes de pain.
Les eft'ets que la guerre sous-marine renforcée exerça sur le ravitaillement de la Belgique dépassèrent toute attente. Au mois
de mars, l'importation tomba à 5,745 tonnes; elle n'atteignit durant le mois d'avril que 28,000 tonnes et durant le mois de mai 22,500, alors que la consommation moyenne de froment exotique s'élevait à 32,000 tonnes par mois. Pour éviter un nouveau fléchissement de la ration, il fallut recourir à des expédients. Le premier que l'on employa fut d'augmenter le rendement de la mouture.
Dès le mois de février 1917, certaines provinces, notamment celles de Hainaut et de Namur, demandèrent à la Commission centrale des récoltes d'élever le rendement à 90 %. Le Comité National appuya cette demande sous la réserve que la modifi- • cation resterait facultative. En effet, les autorités médicales consultées étaient d'avis que la distribution d'un pain contenant une trop forte proportion de substances sans valeur alimentaire pouvait être nuisible pour la santé publique. La Commission centrale des récoltes ne s'arrêta pas à cette objection. Sur sa proposition, un arrêté du gouverneur général du 27 février 1917 fixa pour tout le territoire du gouvernement général le rendement de la mouture à 90 %, proportion qu'un arrêt du 13 avril suivant porta à 97 %. « Ce pourcentage, dit l'arrêté, signifie que tout le blé doit être moulu intégralement, sans que le son soit séparé. » Cette élévation du rendement, supérieure de 3 % à celle qui était admise à la même époque en Allemagne, rendit souvent impossible un nettoyage suffisant du blé. Certains meuniers craignant de ne pas atteindre le rendement prescrit s'ils éliminaient du blé les matières étrangères, supprimèrent même le nettoj^age. Le Comité National dut prier les Comités provinciaux de veiller à ce que cet errement fût abandonné et de surveiller attentivement les opérations des moulins travaillant pour eux. (Réunion des délégués provinciaux du 21 juin 1917.)
Au déficit des importations s'ajoutait un déficit dans le rendement de la récolte indigène. Au 16 juillet 1917, les céréales indigènes emmagasinées étaient aux quantités évaluées d'après les superficies emblavées dans le rapport de 71.39 à 100. Les diûerences entre les réceptions eôectuées et les réceptions prévues atteignaient 24 . 80 % pour le froment, 46 . 90 % pour l'épeautre, 35 • 80 % pour le seigle, 48 . 92 % pour le méteil. Comme une partie du déficit provenait, à n'en pas douter, de ce que beaucoup de
RATIONNEMENT UNIFORME (jUIN I917) 23I
cultivateurs avaient caché ou vendu en fraude une partie du grain qu'ils auraient dû livrer au Comité National, un arrêté du gouverneur général en date du 5 juin 1917 frappa de saisie tout le seigle qui leur avait été laissé pour la nourriture de leur bétail.
Jusqu'à cette époque les provinces avaient conservé une certaine latitude dans la détermination du poids de la ration ordinaire. Celles qui n'accordaient pas ou accordaient peu de rations supplémentaires pouvaient naturellement donner dans la distribution générale des parts plus fortes (i). Ces différences dans le rationnement empêchaient de trouver un élément de comparaison uniforme pour établir la situation alimentaire de chaque province. Des provinces se i)laignaient d'être moins bien traitées que d'autres sans qu'il fût possible de leur démontrer de façon catégorique que leurs plaintes étaient mal fondées. Les critiques, d'abord modérées, devinrent plus vives à mesure que la crise alimentaire s'accrut. La rareté des vivres de toute espèce fit qu'on accorda au moindre morceau de pain une valeur considérable. Le Comité National estima nécessaire dans cet état de choses d'imposer à toutes les provinces la distribution d'une ration identique. « Une ration ordinaire de pain, dit la circulaire du 25 juin 1917, est accordée à tous les habitants ; le taux de cette ration variera suivant les quantités de froment dont on pourra disposer. Jusqu'à nouvel ordre, le taux de la ration ordinaire est fixé sur la base d'environ 255 grammes de froment, soit 330 grammes de pain par jour et par tête. »
C'est à ce poids que fut fixée la quantité de froment que les producteurs furent autorisés à conserver pour leur consommation personnelle.
Si modique qu'elle fût, cette ration exigeait plus de ressources que le Comité National n'en avait au moment où il l'établit. Au mois de juin, c'est grâce aux bons offices du Gouvernement
(i) Au mois de mai 191 7, la ration de farine était de 275 grammes dans le Brabaut, de 266 grammes dans le Hainaut, de 250 grammes dans les autres pro\'inces.
Au mois de juin suivant le poids de la ration ordinaire de pain était à Bruxelles de 330 grammes, dans le Hainaut de 359 grammes, dans le Luxembourg de 300 grammes, dans les autres pro\inces de 335 grammes.
néerlandais qui lui prêta 12,000 tonnes de froment qu'il put éviter de la réduire. Les importations de céréales furent heureusement très fortes en juin et juillet. Elles atteignirent respectivement durant ces deux mois 51,000 et 65,000 tonnes Mais en août, elles tombèrent à 15,000 tonnes. Les réserves de céréales indigènes étaient épuisées : après la dernière libération, celle du 15 août qui porta sur un quinzième seulement de la récolte, il restait à peine dans les dépôts 1,500 tonnes de céréales.
Le relevé des cultures de l'année agricole 1917-1918 dont les chiffres ont été donnés plus haut, démontrait que durant cette année, malgré la saisie du seigle pour l'alimentation humaine, le Comité National devrait, pour maintenir la ration au poids fixé, compter autant que par le passé sur l'importation. D'après les éléments fournis par ce relevé, les libérations mensuelles de 1917-1918 seraient à peu près égales à celles de 1916-1917, et s'élèveraient donc à environ 12,000 tonnes par mois.
Par suite de la lenteur mise par les Commissions provinciales des récoltes à emmagasiner les produits de la nouvelle récolte, il n'y eut pas de libération en septembre 1917 et celle d'octobre ne porta que sur 5,039 tonnes. La première libération normale fut celle de novembre. Il en résulta que le Comité National n'ayant guère à sa disposition que des céréales importées dut, pour maintenir la ration au poids fixé, faire de larges emprunts durant les mois d'août et de septembre aux réserves faites sur les gros arrivages de juin et de juillet.
Du mois de septembre 1917 au mois de février 1918, les importations se firent régulièrement et se maintinrent à un poids moyen de 40,500 tonnes. Les céréales indigènes comprises (12,300 tonnes), le Comité National avait donc à sa disposition mensuellement moins de 53,000 tonnes de matières panifiables. Or, la consommation atteignait 47,000 tonnes pour les provinces du gouvernement général. Celle des étapes, qui absorbait environ 5,600 tonnes depuis le début du mois d'août, en exigea 10,300 à compter du i^^ novembre 1917, la ration de froment exotique y ayant été portée en vertu des conventions avec l'autorité allemande de 100 à 185 grammes. La ration, dans ces conditions, ne put être maintenue qu'en utilisant pour la fabrication du pain une certaine quantité de farine de maïs et en