DISETTE DU DÉBUT DE I
suspendant la fabrication de la torréaline (seigle torréfié succédané du café).
Au mois de janvier 1918, le Comité National apprit que la C. R. B. craignait de ne plus pouvoir procurer à la Belgique d'aussi fortes quantités de froment qu'auparavant et de devoir remplacer en partie cette céréale par du seigle, de l'orge et du maïs. En faisant part de cette circonstance aux délégués provinciaux lors de leur réunion du 28 février 1918, le président du Comité exécutif ajouta que, d'après les renseignements qu'il avait obtenus en Hollande où il avait reçu l'autorisation de se rendre, les importations ne diminueraient pas de volume. Les transports d'outre-mer se faisaient d'une façon relativement aisée et les céréales propres à remplacer le froment ne manquaient pas sur le marché. Une circonstance imprévue vint subitement modifier cette situation. Les événements militaires qui se passèrent sur le front ouest obligèrent les États-Unis à envoyer leurs armées en Europe plus tôt qu'ils ne l'avaient prévu. Le nombre de navires dont disposait la C. R. B. fut soudain restreint ; en outre, un navire fut saisi par un sous-marin allemand, un autre fut coulé. Durant le mois de mars, le Comité National ne reçut que 5,703 tonnes de froment. En y joignant 14,715 tonnes de maïs et 1,412 tonnes de farine d'orge, céréales envoyées comme « subrogés du froment », le poids des matières panifiables n'atteignit pas durant ce mois 22,000 tonnes. Il fallut diminuer la ration. Le 15 mars 1918, celle-ci fut réduite de 255 grammes de farine à 190 grammes. La décision fut portée à la connaissance des Comités provinciaux le 14 mars 1918 dans les termes suivants :
Depuis le début de cette aimée, le ra\4taillement en céréales pour panification a rencontré de grosses difiScultés.
En Amérique, les expéditions ont été entravées par diverses causes successives : le gel des ports d'embarquement, l'encombrement des voies ferrées, etc.
A ces causes d'ordre général, est venue s'ajouter la perte de deux cargaisons de froment : celle du steamer Haelen, capturé par un sousmarin et emmené à Swinemiinde, 4,363 tonnes, et celle du steamer Friedland, coulé, 6,715 tonnes, soit 11,078 tonnes.
Vu la quantité exceptionnellement minime de nos stocks, nous avons demandé aux autorités le remplacement immédiat de ces deux cargaisons ;
le remplacement de la cargaison du steamer Haelen par les autorités allemandes se fera incessamment; malheureusement, pour le steamer Friedland, il faut un certain temps pour mener à bonne fin les négociations et nous nous trouvons devant un déficit de plus de 7,500 tonnes de céréales à panification.
Dans ces conditions, il est absolument impossible de maintenir la ration de pain au taux actuel.
Conformément aux instructions du 28 juin 191 7, qui vous ont été données par ordre de nos INIinistres protecteurs et qui stipulaient que la ration ordinaire de pain variera suivant la quantité de froment disponible, tandis que le taux des rations supplémentaires est fixe, le Comité National, suivant de nouvelles instructions des Ministres protecteurs, a décidé de réduire, à partir du 15 mars, la ration de farine de 250 à 190 grammes et la ration de pain, de 330 à 255-260 grammes.
Les rations supplémentaires seront donc maintenues au taux actuel et continueront à être distribuées selon les instructions qui ont été données antérieurement aux Comités pro\-inciaux, particulièrement celles du 7 février dernier.
La Commission centrale des récoltes s'est déclarée d'accord sur ces mesures.
D'autre part, pour les mois suivants, nous pouvons nous attendre à ce que le froment soit, en grande partie, remplacé par d'autres céréales : seigle, mais, orge et avoine. Les Comités pro^'inciaux voudront bien veiller à ce que ces céréales soient utilisées au mieux des intérêts de la population.
Nous avons tout lieu de croire que le déficit dans les expéditions de céréales d'Amérique cessera à bref délai, car nous avons reçu le 3 mars, le télégramme suivant :
(( Londres informe que Ministre de Nayer a quitté Galveston avec chargement seigle (3,451 tonnes); Republica Argentina est parti de Philadelphie avec froment et farine. Informe de plus que tous les bateaux disponibles en Amérique seront chargés immédiatement et que les prévisions pour expéditions ultérieures sont excellentes. »
En ce qui concerne les produits divers, nos stocks de lard et de saindoux dans le pays sont encore importants et il y a en stock à Rotterdam et en cours de route vers Rotterdam, 25,000 tonnes. Les stocks de féculents dans le pays sont aussi encore importants et il en existe 10,000 tonnes eu stock à Rotterdam et en cours de route.
Dans ces conditions, il nous est possible de rassurer complètement les populations sur l'avenir de notre ra\dtaillement. Nous allons, certes, du 15 mars au 15 avril, passer une période difiicile en ce qui concerne le pain; mais nous avons la perspective de pouvoir, à bref délai, ramener la ration ordinaire au taux actuel et, de plus, pendant cette période nous tâcherons de combler le déficit dans la ration de pain par des distributions supplémentaires d'autres denrées.
EMPLOI DE IvA FARINE DE MAÏS 235
L'emploi en grand du maïs dans la panification exigeait un changement dans la façon de traiter ce produit. Le département d'Alimentation fit des arrangements avec les maïzeries en vue du traitement intensif du maïs, principalement pour la production des produits à panification. Le traitement du maïs avait eu principalement pour but jusqu'à ce moment la production de la céréaline, des gruaux et de la semoule répartis comme supplément à la ration de féculents. Il ne rendait guère que 40 % de produits panifiables. Il fallait donc modifier le programme des usines et faire produire par celles-ci la farine et les gruaux qui seraient mélangés au pain.
Le département d'Alimentation recueillit en cette circonstance les bénéfices des efforts constants qu'il avait faits depuis le commencement de 1915 pour faire entrer le maïs dans l'alimentation humaine, et grâce auxquels les deux usines qui, en Belgique, travaillaient cette céréale avant la guerre, avaient progressivement doublé leur capacité de fabrication. On pouvait donc espérer mettre à la disposition de la population, sur les importantes cargaisons de maïs annoncées, des contingents suffisants de farine de maïs pour remplacer la partie du froment qui allait faire défaut.
Lorsque le premier steamer chargé de maïs arriva à Rotterdam le 25 février, les maïzeries étaient arrêtées depuis plusieurs mois. Bien que leur remise en mouvement fût contrariée pendant plus d'un mois par la mauvaise qualité du charbon et la nature du maïs à traiter, les premières expéditions de farine de maïs provenant de ce steamer, furent faites vers les Comités provinciaux le 9 mars et continuèrent ensuite sans discontinuer. Kn cours de fabrication, des disjDositions nouvelles furent prises pour augmenter le rendement total des aliments destinés à la consommation humaine, principalement en vue de la panification, sans nuire toutefois à la qualité des produits.
Le rendement total fut porté progressivement de 65 % en février à 79 % en juin. Le rendement spécial en produits panifiables fut porté de 40 à 60 %. Pour atteindre ces résultats, les tourteaux spécialement fabriqués avec des matières riches en amidon et en huile, à l'exclusion des poussières et sons, furent moulus et blutés pour constituer un produit nouveau sous la
dénomination de « feed alimentaire ». Ce produit fut d'abord remis tel quel à la disposition des Comités provinciaux, mais, dans la suite, il fut mélangé à la farine alimentaire.
En avril, les importations se relevèrent jusqu'à 28,700 tonnes» mais, en mai, elles retombèrent à 7,900 tonnes. Comme la fabrication du pain n'est possible que si la pâte contient une proportion d'au moins 40 % de farine de froment, le Comité National donna le 16 mai 1918 aux Comités provinciaux les instructions suivantes pour le cas où ils n'auraient pas à leur disposition une quantité de froment suffisante pour assurer la fabrication du pain :
1. Il se peut que les Comités provinciaux, tout en recevant des quantités suffisantes de céréales et de farine pour assurer théoriquement la ration, aient à leur disposition peu de froment ou de farine de froment et beaucoup plus de farine non panifiable d'orge ou de maïs. Dans ces conditions, ainsi que cela a déjà été conseillé antérieurement, les Comités provinciaux devront examiner la possibilité de réserver principalement le froment et le seigle aux centres urbains et industriels et les farines de maïs et d'orge aux régions agricoles où la ration est fournie en farine. En d'autres termes, ils devront commencer par mélanger au froment, le maximum d'orge et de maïs, de manière à obtenir une farine panifiable. Si l'on peut incorporer à la farine de froment toute la farine d'orge et de maïs, l'on distribuera partout une farine uniforme. Si l'on n'y arrive pas, il y aura Heu de faire des distributions spéciales de farine d'orge et de maïs, de préférence dans les régions agricoles et dans les localités où le pain se fait à domicile. Il sera nécessaire, dans ce cas, de donner à la population des indications sur l'emploi de ces farines.
2. Du fait qu'une partie importante des farines qui seront délivrées prochainement sont des farines de maïs fabriquées par les maïzeries de Louvain et de Boom, nous devons prévoir le cas où, par suite de la difficulté des expéditions par fer, les Comités provinciaux n'auraient momentanément pas assez de farine pour assurer les distributions réguhères. Il y aura heu alors d'examiner les solutions suivantes :
a) La distribution de farine dans les régions agricoles se fait généralement par anticipation pour la huitaine ou même pour la quinzaine. On pourra, dans ces régions, conunencer par hmiter la distribution à la ration de deux ou trois jours, au heu de celle de huit ou quinze jours;
b) Il est certain qu'il vaut mieux réduire ou suspendre momentanément la distribution de farine dans les régions agricoles que dans les centres industriels ou urbains. Si les Comités doivent avoir recours à cette mesure, ils jugeront peut-être utile de l'apphquer de préférence dans les locahtés qui sont en déficit dans la hvraison de leurs céréales indigènes ou qui ont