QUALITÉ MÉDIOCRE DU PAIN
remplacé la culture des céréales par d'autres cultures plus rémunératrices.
Il a été remis aux chefs de service des différents Comités pro\dnciaux une liste des communes agricoles avec indication des quantités de céréales à fournir, les quantités livrées, les déficits ainsi que la proportion de la population agricole par rapport à la population totale.
Au cas où cette mesure serait appliquée, il conviendrait cependant de prendre les dispositions nécessaires pour que les ouvriers et les nécessiteux dans les localités susvisées reçoivent néanmoins leur ration de farine;
c) Si le manque de froment ou de farine est tel que les dispositions préconisées ci-dessus ne soient pas suffisantes, les Comités auront à agir conformément aux indications données antérieurement à cela, dans l'ordre suivant :
i" Supprimer toutes les fabrications spéciales : torréaline, aliments spéciaux, etc.;
2° Opérer des réductions, des suppressions sur les rations supplémentaires qui auraient été accordées par extension des instructions de juin 1917, sans toucher aux rations accordées aux ouvriers;
30 Opérer une réduction momentanée sur la ration et prévenir le pubUc que le solde sera distribué dès que les arrivages attendus le permettront, cette mesure devant cependant autant que possible être évitée dans les centres urbains et industriels.
II est certain que l'appUcation des mesures énumérées ci-dessus peut rencontrer des difficultés sérieuses, étant donné le peu d'importance de nos stocks permanents des céréales dans les provinces. Mais nous ne devons pas oublier que ces difficultés ne sont rien en comparaison de la calamité qu'une nouvelle réduction de la ration de pain serait pour la population. Nous ne doutons pas que nous trouverons dans tous les Comités provinciaux et locaux le concours nécessaire pour que ces mesures soient appliquées de telle façon qu'elles réduisent au minimum les inconvénients que peut avoir pour la population la période critique que nous allons traverser.
Il va de soi que la plupart de ces instructions ne s'adressent pas aux Comités des régions d'étapes où les rations supplémentaires n'existent qu'en faveur des protégés de certaines œuvres et des enfants des écoles. Il est à noter que, dans les étapes, la ration de pain a été réduite à 300 gr. dans le courant du mois d'avril écoulé.
Il ne fut pas en général nécessaire de recourir à ces mesures extraordinaires, mais le pain que la population reçut fut souvent de qualité médiocre. De nombreux essais de panification au moyen de farine de froment exotique et indigène, de farine d'orge, de seigle et de maïs furent faits, tant par le département d'Alimentation que par les Comités provinciaux. Il en résulta qu'il est possible d'obtenir un pain excellent par des mélanges
appropriés de ces divers éléments. L'introduction de 30 à 35 %. de maïs et de 30 à 50 % d'un mélange par parties égales de maïs et d'orge dans la farine ordinaire composée de froment exotique (60 %), de froment indigène (30 %) et de seigle (10 %), donne un pain satisfaisant, nécessitant seulement une cuisson un peu plus longue. Chaque Comité provincial dut adapter une formule de mélange à ses disponibilités en céréales. Malheureusement pour atteindre un bon résultat, il eût fallu disposer à tout moment des quantités nécessaires de chacune des espèces de farine et les arrivages ne le permirent pas toujours. Pendant toute une période, le froment exotique fit presque totalement défaut et l'on fut souvent obligé de faire des mélanges de fortune au moyen des éléments dont on disposait et dans lesquels prédominait la farine intégrale de froment et de seigle indigène, presque toujours de qualité médiocre. Le Comité National, comme les Comités provinciaux, fut pendant cette période assailli de réclamations contre la mauvaise qualité du pain. Ces réclamations étaient en général justifiées, mais impuissant à remédier à la situation, il ne pouvait qu'exhorter les réclamants à la patience. Au début du mois de juillet, cet état de choses s'améliora beaucoup grâce à des envois importants de farine blanche de froment. A la réunion des délégués des Comités provinciaux du 25 juillet 1918, le président du Comité exécutif pouvait dire : « Actuellement la crise est passée ; le froment et la farine de froment reprennent de jour en jour une plus grande place dans les arrivages d'outre-mer. Nous sommes donc actuellement sortis de l'ère de difficultés que nous avions prévue et l'avenir se présente sous les meilleurs auspices. Nous espérons fermement pouvoir augmenter prochainement la ration de pain. »
Mais un nouvel incident se produisit. A la fin du mois de juillet 191 8, les dockers de Rotterdam se mirent en grève. Pendant trois semaines environ, la C. R. B. ne put faire décharger les navires qui lui arrivaient, de sorte qu'il y avait surabondance de farine à Rotterdam et disette en Belgique. L'augmentation de la ration de pain qui aurait pu se réaliser sans cette grève, dès le 1^^ septembre, dut être retardée de quinze jours. La ration ne fut pas en outre ramenée immédiatement à son poids antérieur de 250 grammes de farine, mais portée seulement de 190 grammes
à 225 grammes. Elle ne fut portée à 250 grammes de farine et à 330 grammes de pain que le 15 octobre.
Pour les cultivateurs se ravitaillant eux-mêmes, la ration de farine fut fixée par la Commission centrale des récoltes, le 3 juillet 1918, à 330 grammes et ils furent autorisés à réserver sur le produit de leurs champs une quantité de froment sufifisante pour assurer cette ration durant l'année entière à eux-mêmes, à leur famille et aux domestiques attachés à l'exploitation. Ils se trouvaient ainsi singulièrement favorisés, puisqu'ils étaient certains d'avoir d'une façon constante la ration la plus forte que le Comité National eût jamais accordée aux autres habitants. La considération qui détermina la Commission centrale des récoltes à prendre cette mesure, c'est qu'il est préférable de légaliser ce qu'on ne peut empêcher. L'expérience des années précédentes avait démontré à sufiisance que les agriculteurs n'avaient aucune peine pour retenir plus de céréales que les règlements ne le leur permettaient et qu'il était donc illusoire de prétendre les soumettre au même rationnement que les autres habitants.
1. — Les rations supplémentaires pour les ouvriers et les nécessiteux.
En établissant, le 19 novembre 1914, d'accord avec les délégués des provinces les bases du rationnement du pain, le Comité National envisagea la distribution d'une ration égale à tous les habitants. Il ne tint pas compte de ce que le pain occupe une place plus considérable dans l'alimentation du pauvre que dans celle du riche, ni que, par sa facilité de transport, le pain constitue l'élément principal des repas que les ouvriers font hors de chez eux. Il n'eût pas été sage dans les circonstances où l'on se trouvait, de compliquer par des règles variables selon les individus une
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■distribution que sous sa forme la plus simple, celle de la ration égale, on n'était pas certain de pouvoir réaliser.
La première dérogation au principe du rationnement égal pour tous fut introduite à l'initiative et sous la pression de l'autorité allemande. Les mineurs du Hainaut prétendaient que n'ayant pas assez de pain, ils ne pouvaient prendre au fond de la mine leurs repas habituels et qu'il leur était impossible dans ces conditions de continuer à travailler comme par le passé. Les uns demandaient une diminution de la journée de travail, d'autres allaient même jusqu'à abandonner complètement les chantiers. L'autorité occupante s'émut de cet état de choses. Elle avait besoin de charbon belge tant pour alimenter les services militaires que pour ravitailler en combustible la Hollande qui lui livrait des vivres en échange. EUe désirait donc vivement donner satisfaction aux mineurs. Elle s'adressa dans ce but au Comité National. Le 22 mai 1915, le chef de l'administration civile écrivait à ce dernier :
Par ordre de M. le gouverneur général, j'ai l'honneur de prier le Comité National d'accorder aux ouvriers, notamment aux ouvriers des mines qui ne peuvent prendre leur repas de midi chez eux et restent au travail pendant toute la journée, une ration de pain joumaUère plus importante que celle dont ils bénéficient jusqu'à présent en leur donnant, si possible, 350 grammes.
Prière de bien vouloir me faire connaître le plus tôt possible les mesures prises à ce sujet.
Ni le Comité National, ni les Comités provinciaux n'étaient favorables à l'abandon du principe de l'égalité dans la distribution du pain. Ils pressentaient les difficultés d'ordre pratique et moral que ferait naître l'institution d'un régime différentiel. Les circonstances du moment les déterminèrent cependant à ne pas opposer à la requête allemande une fin de non-recevoir catégorique. Mais ils réduisirent la concession au minimum. Le 5 juin 1915, ils répondaient à l'administration civile allemande :
Nous avons l'honneur de vous faire savoir que nous avons examiné, de concert avec les Comités provinciaux, la possibiUté d'augmenter la ration de pain des mineurs qui prennent leur repas de midi au fond de la mine.
Bien que nos stocks ne soient guère importants, il a été décidé de fournir
RATIONS SUPPLÉMENTAIRES IMPOSEES PAR 1, OCCUPANT 24I • aux directeurs de charbonnages, la quantité de farine nécessaire pour leur permettre de vendre aux ou^■Tiers une ration supplémentaire de 150 gr. de pain par jour de travail.
Cette décision ne s'appliquera qu'à la province de Hainaut. Les directeurs des charbonnages de la pro\Tnce de Liège peuvent, grâce à la situation géographique de la province, prendre certaines mesures, connues d'ailleurs des autorités locales allemandes, pour se procurer en Hollande et sans l'intervention du Comité National des rations de pain supplémentaires pour leurs ou\Tiers.
De nombreuses catégories d'ouvriers ne manquèrent pas de réclamer le bénéfice de la mesure qui venait d'être prise en faveur des bouilleurs du Hainaut. Beaucoup étaient dans le vrai en affirmant que les conditions de leur travail leur rendaient l'augmentation de la ration tout aussi nécessaire qu'aux mineurs. Le Comité National néanmoins repoussa toutes les requêtes qui lui parvinrent. Il toléra sans l'approuver l'initiative prise par le Comité de Namur, au début de 1916, d'accorder aux boui leurs de sa province un supplément analogue à celui dont jouissaient les bouilleurs du Hainaut. Des raisons de justice et de patriotisme imposaient au Comité National cette attitude et lui commandaient de défendre le principe du rationnement uniforme. D'un côté, un certain nombre des usines en activité servaient directement ou indirectement les intérêts de l'occupant et le Comité National se devait de ne pas les seconder en facilitant le ravitaillement de leurs ouvriers. D'un autre côté, les ouvriers au travail ne constituaient plus toujours comme en temps de paix la meilleure portion de la population ouvrière. Le groupe sans cesse grandissant des cbômeurs comptait nombre de bons patriotes qui préféraient vivre misérablement des secours que leur accordait le Comité National, plutôt que de gagner de gros salaires en acceptant le travail que leur offrait l'occupant. Il eût été indigne de les moins bien traiter au point de vue alimentaire que les ouvriers au travail. Depuis l'arrêté du 23 juillet 1915 décidant la saisie de la récolte indigène au profit de la poptdation, le Comité National avait besoin de l'assentiment de l'occupant pour établir des exceptions au rationnement uniforme; il savait d'avance qu'il n'obtiendrait l'autorisation de favoriser certaines catégories particulièrement intéressantes de la population qu'en
accordant des avantages aux ouvriers dont le travail était utile à l'autorité allemande.
C'est pourquoi lorsque au printemps de 1916 les circonstances obligèrent cependant le Comité National à chercher un moyen d'accorder un supplément de ration aux indigents, il se vit obligé de solliciter de l'autorité allemande une augmentation de ration même pour les travailleurs bien payés par l'administration étrangère. lycs circonstances qui l'amenèrent à faire cette demande sont exposées dans la requête suivante qu'il adressa à la Commission centrale des récoltes le 24 mai 1916 :
L'alimentation de la population laborieuse et nécessiteuse est devenue très difficile par suite de la disette des pommes de terre. De partout, et spécialement des provinces industrielles, il a été reçu de nombreuses plaintes. Des grèves ont même éclaté dans certaines régions du Hainaut où la situation est plus critique que dans les autres provinces qui possèdent certaines ressources agricoles ou qui, comme c'est le cas pour Liège, peuvent encore recevoir du pain de Hollande.
S. Exe. M. le gouverneur général des territoires occupés de la Belgique a reçu lui-même une délégation d'ouvriers du Hainaut se plaignant de ce qu'ils ne peuvent plus nourrir leur famille.
C'est en faveur de ces ouvriers et des travailleurs et nécessiteux des provinces les moins favorisées, que le Comité National voudrait voir augmenter la ration de pain, car le pain est devenu le seul aliment sur lequel les pauvres peuvent régulièrement compter. D'après l'expérience qu'il a acquise au cours de ses opérations dans tout le pays, le Comité National est à même de déterminer quelles quantités supplémentaires de froment il conviendrait d'attribuer à chaque pro^dnce pour satisfaire à ces besoins pressants.
D'après des estimations, il y aurait environ 2,500,000 ouvriers nécessiteux auxquels il faudrait accorder pour eux et pour leur famille, une ration supplémentaire de 100 granunes de pain par jour. L'octroi de cette ration supplémentaire exigerait une libération complémentaire d'environ 7,500 tonnes par mois. Celles-ci seraient approximativement réparties cormne suit :
Hainaut 2,700 tonnes.
Liège 1,500 »
Anvers 900 »
Bruxelles goo »
Total... 6,000 tonnes.
Le reste, soit 1,500 tomies, serait à répartir entre les provinces de Brabant, Namur, Limbourg et Luxembourg. Ces deux dernières, qui ne