DISTRIBUTIONS DE PAIN OU DE FARINE EN DEHORS DU RATIONNEMENT RÉGULIER
A. — Objet de ces distributions.
Les services du ravitaillement ont fréquemment employé des quantités plus ou moins considérables de pain ou de farine à d'autres buts que ceux de la distribution régrdière de rations ordinaires ou supplémentaires. Tantôt c'était pour satisfaire à des besoins exceptionnels et momentanés, tantôt pour accommoder aux circonstances par quelques concessions les règles strictes du rationnement.
Les allocations exceptionnelles de farine ou de pain quand elles portent sur des quantités peu importantes sont faites d'ordinaire par les Comités provinciaux sans l'intermédiaire du Comité National. C'est ainsi que certains Comités font fabriquer des pains spéciaux pour malades, notamment pour les diabétiques, que d'autres fabriquent des aliments pour enfants, que d'autres encore distribuent un léger supplément de ration sous la forme de biscottes, de biscuits ou de nouilles. Mais il est des cas oti la distribution se fait à l'intervention du Comité National, soit à raison de son importance, soit à raison des c'rconstances spéciales qui l'ont motivée. C'est ainsi qu'au mois de mai 1915, le Comité National prie le Comité de l'Agglomération bruxelloise de délivrer mensuellement 150 sacs de farine à l'œuvre « la Cantine du Soldat prisonnier », afin d'adoucir les souffrances des soldats belges prisonniers en Allemagne et insuffisamment nourris. Une allocation de 50 sacs par mois est accordée à une œuvre similaire, « la Caissette du Soldat belge ». Ce service prit fin à la suite de l'arrêté du gouverneur général du 17 mars 1916, défendant d'envoyer aux prisonniers détenus en Allemagne des
colis contenant du pain. Au mois d'août 1916, des raisons d'humanité déterminèrent le Comité National à octroyer à la légation d'Espagne, chargée de la défense des intérêts russes, 2,000 kilos de farine pour lui permettre de distribuer des biscuits aux prisonniers russes employés comme travailleurs en Belgique par l'autorité militaire allemande, mais mal nourris par celle-ci. Il accorda aussi à cette légation une certaine quantité de farine qui lui servit à ravitailler des ItaUens indigents placés sous sa protection. Pour adoucir quelque peu les souffrances des malheureux ouvriers belges déportés en Allemagne durant l'hiver de 1916, le Comité National invita les Comités provinciaux à remettre à chacun d'eux deux rations de pain.
Dans le but de faciliter aux Comités locaux l'organisation de fêtes pour les enfants, le Comité National leur fit parfois largesse de certaines quantités de farine : en 1916, par exemple, il leur réserva 60,000 kilos de farine blanche pour leur permettre de distribuer dans toutes les écoles un gâteau à l'occasion de la fête de saint Nicolas. Une distribution analogue fut faite lors du 806 anniversaire de naissance de M. Ernest Solvay, président du Comité National.
A la demande des représentants des différents cultes, le Comité National leur fit remettre les quantités de farine nécessaires à la préparation des matières rituelles. Les communautés Israélites obtinrent en 1915, 1916 et 1917 respectivement 13,500, 25,000 et 40,000 kilos de froment pour fabriquer les pains azymes destinés à la célébration de la fête de Pâques. La section du ravitaillement du culte catholique reçut la farine blanche requise pour la confection des pains d'autel.
Le Comité National employa aussi une certaine quantité de farine pour la préparation d'aliments phosphatés destinés aux enfants (100,000 kilos par mois), pour la fabrication de cachets azymes utilisés par les pharmaciens, etc.
Deux questions parmi celles que provoqua la distribution de farine en dehors du rationnement régulier retinrent particulièrement l'attention des Comités provinciaux et du Comité National : c'est celle de la fourniture de farine aux pâtissiers et celle du ravitaillement en pain des hôtels et restaurants. Elles seront exposées dans les deux paragraphes suivants.