RAVITAILLEMENT DES PATISSIERS
B. — Ravitaillement des pâtissiers.
Dès que le rationnement du pain fut établi, et il le fut, on l'a vu, peu après la constitution du Comité National, la question se posa de savoir s'il fallait autoriser la fabrication des pâtisseries et fournir d^ la farine aux pâtissiers. Répondant, le 17 décembre 1914, à un mémorandum que lui avait adressé à ce sujet le département politique du gouvernement général, le 13 du même mois, le Comité National exposa la conduite qu'il entendait tenir en cette matière :
Le Comité National a laissé les Comités provinciaux juges de la question de savoir s'il y avait Ueu de délivrer de la farine aux pâtissiers de leur ressort; ils peuA'ent donc décider suivant les circonstances locales. Mais le Comité National estime, en principe, que le maintien en acti\-ité de cette industrie présente le grand avantage de mettre à la disposition de la population sous forme de gâteaux et surtout de tartes, des denrées qu'elle ne consommerait pas sans cela. Il en est ainsi notamment du sucre, du riz et des fruits en conserve qu'on fabrique en grande quantité en Belgique. Ces denrées entrent pour plus de So °o dans la fabrication des pâtisseries; la farine ne constitue donc que l'élément accessoire qui permet de les faire entrer dans la consommation. Il est à remarquer aussi que la pâtisserie occupe de nombreux ouATiers qui seraient sans ouvrage et à charge de la bienfaisance si l'on supprimait complètement l'alimentation de la pâtis-serie en farine.
La majorité des Comités provinciaux, notamment ceux du Hainaut, de Liège, du Limbourg et du Luxembourg, refusèrent de ravitailler les pâtisseries. Le Brabant, après avoir pris une décision identique le 28 mai 191 5, la modifia le 24 septembre suivant. Mais un an plus tard, le 29 septembre 19 16, à un moment où il craignait de devoir, faute de farine, diminuer la ration de pain, il supprima la vente de farine blanche aux pâtissiers. Le Comité d'Anvers, qui s'était auparavant prononcé en sens contraire, et les Comités de Bruxelles et de Namur estimèrent qu'il convenait de fournir aux pâtissiers une quantité limitée de farine. Le 4 décembre 1915, le Comité de Brirxelles écrivait au Comité National :
Dans le but de venir en aide à la corporation des pâtissiers, nous avons décidé, d'accord avec le représentant de la Commission for Relief in Belgium, de leur fournir une partie de la farine nécessaire à l'exercice de leur profession.
Depuis le 22 féATier 191 5, chaque pâtissier qui a souscrit l'engagement
de ne pas fabriquer de cramiques, brioches, couques au beurre (en général tous les articles faits au moyen de pâte levée) a reçu 44 kilos de farine blanche par semaine.
La farine exotique livrée dans ces conditions a été facturée à raison de 30 francs les 44 kilos. Ce prix a été ramené à 45 francs les 100 kilos au mois d'octobre écoulé.
Pendant la période précédant la Saint-Nicolas, la Noël et le nouvel an, il est délivré à chaque pâtissier une quantité supplémentaire de farine.
La farine est livrée par nos soins à l'Association des Patrons Pâtissiers qui assume la charge d'en faire la répartition sous sa responsabilité, entre tous les ayants droit, qu'ils soient affiliés ou non à l'Association.
Nous croyons devoir ajouter que l'Association des Patrons Pâtissiers, à qui nous avons permis ainsi de conserver l'activité de son industrie, verse hebdomadairement à la caisse du Comité de Secours une importante contribution dont elle nous justifie.
A Anvers, les pâtissiers ne recevaient chacun que 50 kilos de farine par semaine.
La situation privilégiée des pâtissiers de l'Agglomération bruxelloise provoqua naturellement des réclamations nombreuses de leurs collègues habitant les autres j)rovinces. Le Comité National fut fréquemment prié d'intervenir. Mais il refusa toujours de le faire, répondant aux solliciteurs que la question relevait uniquement des Comités provinciaux. Il ne cacha cependant pas à ceux-ci que son opinion première s'était modifiée et qu'il croyait plus conforme aux principes admis pour l'importation des produits exotiques de ne pas livrer une partie de ces produits à des commerçants, tels que les pâtissiers, où des agents du pouvoir occupant pouvaient se les procurer. Au mois de juin 1915, le représentant de la C. R. B. engagea pour ce motif le Comité d'Anvers à supprimer le ravitaillement des pâtissiers, lui affirmant que le Comité National obligerait le Comité de Bruxelles à prendre la même mesure dès que celle-ci serait appliquée dans les provinces. Le 9 juillet le Comité d'Anvers déférait au désir exprimé par le délégué. Au mois d'août 1915, répondant à une question que lui avait adressée le Comité de Liège, le Comité National lui fit savoir qu'il n'existait pas de disposition générale concernant la fabrication de la pâtisserie, mais qu'à son avis, le moment était mal choisi pour modifier la règle en vigueur, dans la province de Liège, de ne' pas fournir de farine aux pâtissiers.