RAVITAILLEMENT DES PATISSIERS
Iv'autorité allemande fut au début d'une opinion opposée à celle qu'avait formulée le Comité National au mois de décembre 1914. Elle estima qu il fallait ou interdire ou du moins restreindre la fabrication des pâtisseries. Un arrêté du 11 janvier 1915 décida que « pour mettre un frein à la vie luxueuse et agrandir les provisions nécessaires à la fabrication du pain, la pâtisserie ne pourra plus se fare que le mercredi et le samedi dans les boulangeries, pâtisseries et restaurants ». Le 31 janvier, la section politique [Politische AhtciUtng) adressa au Comité National un nouveau mémorandum dans lequel, revenant sur les observations présentées le 13 décembre précédent, elle attira son attention sur le développement de la fabrication des pâtisseries qu'elle trouvait exagéré dans l'état de disette où se trouvait le pays. Le Comité National répondit qu'il examinerait la question. En fait, les choses restèrent en l'état. La façon de voir de l'autorité allemande changea à raison du fait, sans doute, que les officiers de l'armée d'occupation étaient les meilleurs clients des pâtisseries belges. Elle ne fit pas respecter son arrêté du 11 janvier qui tomba en désuétude, et à plusieurs reprises elle intervint pour protéger le commerce de la pâtisserie. Dans le courant du mois de décembre 19 15, la Commission centrale des récoltes fit savoir qu'elle était disj)Osée à libérer des quantités supplémentaires de seigle pour la fabrication des pains d'épice et demanda à connaître les quantités qui seraient mensuellement nécessaires. La libération n'eut pas lieu parce que la Commission des récoltes, vu la disette qui régnait dans le pays, décida le 17 février 1916 de réserv^er intégralement le seigle indigène à la panification. Mais la fabrication de la pâtisserie, au moyen de farine délivrée par les Comités provinciaux, resta permise jusqu'au mois d'octobre 1916. En fait, les Comités provinciaux avaient successivement refusé de fournir de la farine aux pâtissiers. Le Comité de Bruxelles lui-même, qui avait été le partisan le plus décidé du maintien de la pâtisserie, suspendit ses fournitures de farine au commencement du mois de septembre 1916. Cette attitude était dictée aux Comités provinciaux par l'état des arrivages qui, en septembre 1916, ne permettait pas de maintenir les rations supplémentaires ^de pain accordées au mois de juin précédent. Les autorités allemandes intervinrent et demandèrent
« si le Comité National avait l'intention de paralyser le commerce de la pâtisserie en supprimant la livraison de la farine ». Mais elles s'inclinèrent devant les motifs qui leur furent donnés et, changeant à nouveau de conduite, elles admirent qu'il était de l'intérêt public de réserver exclusivement la farine à la confection du pain. Un arrêté du gouverneur général du 6 octobre 1916 défendit d'employer de la farine ou des produits farineux pour faire de la pâtisserie, ce terme étant pris dans son sens le plus général.
La question qui avait divisé les Comités provinciaux était désormais tranchée. L'arrêté permettait cependant aux présidents des commissions des récoltes d'autoriser la fabrication de produits pour malades ou de pain d'épice. Les Comités provinciaux étant soumis à l'arrêté comme les particuliers durent dorénavant obtenir le consentement des présidents de ces commissions pour fabriquer tous les produits à base de farine, autres que le pain, notamment les biscottes pour malades, les biscuits de mer ou biscuits militaires, les conques scolaires, etc., qu'ils distribuaient aux habitants de leur ressort.