RAVITAILLEMENT DES HÔTELS ET RESTAURANTS
constituaient une partie considérable de la clientèle des hôtels et des restaurants. Il est certain que ces militaires obtenaient de cette manière une quantité de farine beaucoup plus forte que par leurs achats dans les pâtisseries
Par contre, il est incontestable que la défense de fabriquer de la pâtisserie, c'est-à-dire des produits accessoires de l'alimentation, n'entraînait qu'une gêne légère pour le public, tandis que le refus de ravitailler en pain les hôtels et restaurants devait être une source de gros ennuis pour tous ceux, Belges et étrangers, qui étaient obligés d'y prendre leur nourriture. Il était donc désirable de trouver un mode d'organisation qui permît de fournir de pain les hôteliers et les restaurateurs, tout en soumettant aux règles du rationnement les Belges qui s'alimentaient par leur intermédiaire, et en empêchant les ressortissants allemands de consommer du pain fait avec de la farine importée. La grosse difficulté, on s'en rend aisément compte, tenait à ce que le règlement à faire devait soumettre à un régime spécial les militaires allemands.
Dès le 10 décembre 1914, le Comité National invita les Comités provinciaux à régler, d'accord avec les autorités allemandes, l'achat par des soldats de vivres importés par la C. R. B. Il leur conseillait, en ce qui concerne les restaurants, de faire dresser un compte approximatif des quantités de pain qui y étaient consommées par des officiers ou des soldats et de transmettre ce relevé à l'intendance allemande pour obtenir d'elle une quantité de farine équivalente à la quantité consommée. A diverses reprises il leur réclama, durant les premiers mois de l'année 1915, des renseignements sur la suite qui avait été donnée à ces instnictions. Les combinaisons les plus variées avaient eu lieu. A Courtrai, l'administration communale achetait à l'intendance allemande la farine nécessaire aux hôteliers logeant des officiers. A Bruges, la manutention militaire fournissait elle-même le pain à ces hôteliers. A Liège, on avait fixé à 1,200 le nombre moyen des militaires nourris dans les auberges et on évalua la consommation journalière de chacun d'eux à un quart de la ration de campagne. D'où résultait pour l'administration allemande l'obligation de restituer chaque mois au département d'Alimentation l'équivalent de 10,000 rations. A Anvers, au
mois de mai 1916, à la suite de longs pourparlers, le représentant de la C. R. B. et l'intendance allemande évaluèrent à 240 kilos par jour la quantité de farine que l'intendance avait à restituer en compensation des achats faits par les troupes dans les hôtels, les restaurants et les pâtisseries. A Namur, le Comité local ne fournit pas de farine exotique aux hôteliers. A Bruxelles, des négociations avaient eu lieu entre le Comité de l'Agglomération et le gouverneur allemand, mais n'avaient pas abouti.
Pressé par la C. R. B. de donner une solution à la question, le Comité National, par une circulaire du 12 mai 1915, prescrivit à tous les Comités provinciaux d'établir au moyen d'une enquête faite chez les restaurateurs et hôteliers, la quantité approximative de pain consommée chez eux depuis le mois de novembre 1914 par des soldats allemands et de réclamer la restitution de cette farine à l'intendance.
L'intendance allemande répondit aux démarches des Comités provinciaux — ou plus exactement aux démarches du Comité de Bruxelles qui, le 12 mai 1915, lui réclamait par l'intermédiaire du chef de l'administration civile allemande, 1,246 sacs de farine pour la période s'étendant du i^^ décembre 1914 au 28 février 1915 — en demandant la restitution de 8,000 tonnes de froment, saisies à Anvers, qu'elle avait abandonnées pour l'alimentation de la population belge. La ville d'Anvers prétendait que ce froment lui ajDpartenait, qu'il ne faisait pas partie des approvisionnements de la forteresse et ne pouvait être confisqué. Mais l'intendance refusait de reconnaître ces prétentions. Des échanges de notes eurent lieu qui ne firent pas avancer la question d'un pas.
Au mois de juin 1916, à la suite d'un accord qui avait été conclu au sujet du ravitaillement des sujets allemands n'appartenant pas à l'armée, le Comité National essaya à nouveau de résoudre les difficultés relatives à la consommation des produits farineux par les membres de l'armée allemande. Il expédia, le 8 juin 1916, une circulaire à toutes les provinces leur demandant un relevé de la quantité de farine consommée par les militaires allemands depuis le début des opérations jusqu'au i^^ juin 1916. Quelques provinces seulement le lui envoyèrent. Le gouverneur civil d'Anvers défendit, le 19 juin, au Comité provincial de dresser ces relevés et le gouverneur de Liège fit la même défense le 10 août