RAVITAILLEMENT DES HÔTELS ET RESTAURANTS
au Comité de sa province. Dans le Limbourg, le Brabant et la province de Namiir, les gouverneurs civils refusèrent de faire connaître la quantité de farine consommée par les mess d'officiers.
Il était évident que l'autorité allemande ne désirait pas qu'un règlement intervînt et préférait laisser à ses officiers la latitude d'user librement des hôtels et restaurants belges. Le Comité National n'osait lui réclamer trop énergiquement la conclusion d'un accord de peur de devoir, en dépit de son bon droit, restituer à l'intendance quelques milliers de tonnes de céréales, car, si largement qu'on évaluât la consommation de farine faite par l'armée allemande, on n'atteignait pas, et de loin, aux 8,000 tonnes que l'intendance prétendait avoir prêtées aux populations belges sur les approvisionnements trouvés à Anvers et qui constituaient, selon elle, une partie du butin de guerre.
Les provinces laissées à elles-mêmes tinrent des conduites différentes. L'agglomération bruxelloise décida dès le début de fournir aux restaurateurs 70 grammes de pain par client et par repas. Le Hainaut donna une quantité moitié moindre. Plusieurs Comités décidèrent en 1916 de ne plus ravitailler les hôtels et les restaurants. Mais le Comité National pour éviter d'avoir avec l'occupant un conflit qui remettrait en question la restitution des 8,000 tonnes de froment, leur fit savoir (31 août 1916) « que le pain ne peut être refusé à aucun des clients qui prennent 'eur repas dans un restaurant ». Le Comité du Luxembourg ayant jDassé outre à cette recommandation, la Deutsche Vermittlungstelle intervint (9 novembre 1916). Le Comité du Luxembourg fut obligé d'ordonner à ses Comités régionaux « d'accorder des rations supplémentaires de farine aux hôteliers et aubergistes patentés pour servir à l'alimentation des officiers et civils de nationalité étrangère qui sont de passage dans leur établissement ». (Lettre du 10 janvier 1916.) Le 2 mars 1917, le Comité du Brabant, vu la pénurie de farine, décida de supprimer la délivrance du pain aux hôteliers et aux restaurateurs. Immédiatement la Deutsche Vermittlungstelle adtessa au Comité National une réclamation (26 mars 1917) et le pria de faire en sorte que le Comité du Brabant revint sur sa décision.
A Anvers et à Liège, l'autorité allemande tint une autre conduite. Au lieu d'user de pression sur le Comité d'Anvers
pour le contraindre à ravitailler les hôtels et les restaurants, ce qu'il avait cessé de faire, elle favorisa l'organisation de la fraude des farines. Alors que dans le reste de la Belgique il était impossible d'acheter chez les boulangers un morceau de pain sans carte de ravitaillement, à Anvers on vendait à boutique ouverte du pain blanc. Le Comité National était désarmé. Les boulangers qui se livraient à ce commerce ne recevaient pas de farine exotique du Comité local et échappaient à son autorité. Les descentes de justice ne donnaient généralement pas de résultat. Les boulangers prétendaient que la farine blanche qu'ils employaient leur parvenait de Hollande en contrebande et il était le plus souvent impossible de prouver qu'elle provenait, par des voies illicites, des importations faites par le Comité National. A Liège, au mois de mai 1917, l'administration allemande accepta la mise en vigueur d'un système de bons pour la fourniture du pain à la clientèle des hôtels et restaurants.
Lors de l'unification des règlements sur la distribution du pain (25 juin 1917), le Comité National fixa à 70 grammes par jour dans tout le pays la ration à laquelle les hôteliers et restaurateurs avaient droit pour chacun de leurs clients. Cette décision laissait debout toute la difficulté du contrôle. Elle ne faisait qu'établir la base d'après laquelle on calculerait la quantité de farine nécessaire à chaque Comité pour le ravitaillement de l'industrie hôtelière. Le succès du régime introduit à Liège engagea le Comité National à chercher dans le système des bons de pain la solution du problème qui le préoccupait depuis si longtemps. Le 22 novembre 1917, il signala aux Comités provinciaux les avantages de cette organisation et leur conseilla de l'introduire dans leur circonscription, en modifiant simplement la valeur de chaque bon, de façon qu'elle correspondît à un sixième de ration. Chaque bon donnerait droit à 55 grajnmes de pain au lieu de 50 grammes, poids admis à Liège.
Pour mieux assurer l'application uniforme du système, le Comité National décida quelques mois plus tard d'établir luimême un règlement général applicable à toutes les provinces. Il en décrivit les lignes principales aux délégués des Comités provinciaux dans leur réunion du 21 février 1918 :
Devant les difficultés du ravitaillement, notamment en ce]qui'conceme