CHAPITRE PREMIER LES BÉNÉFICIAIRES DES RATIONS
A. — RÈGLES SUIVIES jusqu'à la fin de l'année I916.
Les produits importés par le Comité National comprenaient, comme on l'a vu plus haut, des denrées alimentaires qui n'occupent en temps normal qu'une place secondaire dans l'alimentation, telles que le riz ou les haricots, ou des produits qui, sans être nécessaires, étaient devenus d'usage courant, comme le cacao et le café, ou enfin des graisses, substances que la Belgique produisait en quantité suffisante pour pouvoir, durant la période de guerre, faire face à ses besoins, si ceux-ci étaient bornés à ce qu'exige le maintien de la santé. Pour aucun de ces produits le Comité National ne se proposa, comme il le fit pour le pain, de fournir à chacun sa ration quotidienne. Il voulut simplement procurer aux œuvres de secours, dans des conditions de prix avantageuses, une partie des matières premières nécessaires à la préparation des aliments qu'elles distribuaient aux habitants nécessiteux et mettre à la disposition du reste de la population de quoi atténuer, dans une certaine mesure, les difficultés de son ravitaillement en produits indigènes. Dans les intentions du Comité National, les destinataires des produits divers sont donc en premier lieu les clients des œuvres de secours, en second lieu les habitants qui, par suite de la hausse des prix ou par suite de l'insuffisance de l'offre en vivres indigènes, ne
peuvent acquérir ce qui est nécessaire à leur alimentation. Quelques Comités provinciaux ou locaux, d'accord avec le Comité National, admirent cependant une exception à ce principe en ce qui concerne certaines conserves envoyées d'Amérique, véritables aliments de luxe, que la population pauvre n'acquérait d'ordinaire que pour les revendre à des commerçants d'où ils passaient entre les mains de sujets de l'occupant. Pour réduire le plus possible ce trafic, des Comités défendirent de vendre ces articles aux personnes inscrites dans les œuvres de secours.
La mission de déterminer la portion de produits divers qu'il convenait d'employer au profit des nécessiteux fut abandonnée exclusivement pendant deux ans environ aux Comités jDrovinciaux ou locaux. Dans les grandes villes ou dans les régions industrielles, la part cédée aux œuvres d'alimentation populaire fut considérable. Dans les régions agricoles, au contraire, où ces œuvres étaient peu répandues et peu actives, les produits divers étaient le plus souvent mis à la disposition de toute la population.
Durant cette période, le Comité National s'immisça peu en matière de rationnement dans les opérations des Comités locaux. Il ^e borna à leur prescrire de ne faire aucune distribution générale avant d'avoir fourni aux institutions de secours ce qui leur était nécessaire (voir notamment le procès-verbal de la réunion des délégués provinciaux du 29 juin 1916). Il leur défendit aussi de céder à l'industrie ou de vendre à des particuliers par fortes quantités des produits importés, à moins que ceux-ci ne fussent devenus impropres à la consommation. (Communications aux délégués des Comités provinciaux le 20 mai et le 23 septembre 1915.) Mais cette dernière concession donna Heu à des abus. Au cours d'enquêtes auxquelles il fut procédé, il fut constaté que des Comités locaux avaient cédé à des particuliers qui en faisaient le commerce, de grandes quantités de denrées, entre autres du riz, des haricots, des pois, etc., sous prétexte que les marchandises étant avariées et impropres à la consommation, il fallait s'en débarrasser en bloc et sans retard. Or, certaines de ces marchandises ayant pu être suivies, il fut reconnus après prélèvement et examen d'échantillons qu'elles étaient absolu-