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RÈGLES LARGES AU DEBUT 29I

Même dans les communes où le besoin d'un rationnement se fit le plus tôt sentir, notamment dans l'Agglomération bruxelloise, les règles adoptées étaient très larges. On peut s'eu convaincre en consultant les tableaux de rationnement du magasin de la rue Duquesnoy et celui de la commune de Saint- Josse-ten-Noode reproduits plus loin dans les annexes. On voit, par exemple, que rue Duquesnoy, au mois de juillet 1915, le rationnement se faisait par catégories de ménages et que ces catégories n'étaient qu'au nombre de quatre. De sorte qu'un ménage d'une personne avait droit à autant de marchandises qu'un ménage de trois personnes. Les rations étaient très fortes. En effet, un ménage d'une à trois personnes pouvait acheter par semaine : 2 kilos de riz, 2 kilos de haricots, i kilo de biscuits de mer, 500 grammes de fromage de Chester, 2 kilos de lard, 2 kilos de graisse alimentaire, 2 kilos de pommes évaporées, 2 kilos de Rolled oats, et en outre des boîtes de cacao, de lait condensé, de conserves diverses. Au mois de septembre 1915, dans la ville de Liège, il n'y avait encore de rationnement que pour les pois, les haricots et le riz. A la même époque, le magasin de viande de la ville d'Anvers vendait à chacun 2 kilos de lard et I kilo de saindoux à la fois sans aucun contrôle de la qualité des acheteurs.

Ce système libéral, souple et élastique, constituait évidemment pour la population le mode de ravitaillement le plus commode. Il permettait à chacun de trouver dans les magasins du Comité National le supplément de denrées alimentaires que ses besoins réclamaient et que ses ressources lui permettaient d'acquérir. Les débits du Comité National fonctionnaient comme des auxiliaires du commerce libre auxquels le public avait recours quand ses fournisseurs habituels étaient incapables de le ser\'ir ou quand ils voulaient lui imposer de trop fortes majorations de prix. Mais pour qu'ils remplissent ce rôle, il fallait que le public pût trouver en dehors d'eux la plus grande partie de sa subsistance et que la différence de prix entre les denrées vendues par le Comité National et celles offertes par le commerce libre, fût assez faible pour n'attirer aux magasins du Comité National que la clientèle des personnes disposées, par la modicité de leurs ressources, à se contenter de denrées de qualité irréguhère pour réaliser une

légère épargne. Une réglementation plus sévère du rationnement devait s'imposer du jour oii cette situation se modifierait. Les quantités limites indiquées ci-dessus pour un magasin de l'Agglomération bruxelloise dépassaient de beaucoup ce qu'il eût été possible d'accorder à chacun si les denrées avaient été réparties également entre ^ous. Les marchandises reçues par l'Agglomération bruxelloise en 1915, si elles avaient été réparties entre tous les habitants, n'auraient permis d'accorder mensuellement à chacun d'eux que les poids suivants : pour le riz, 309 grammes ; pour les pois et les haricots, 595 grammes; pour le lard et le saindoux, 49 et 14 grammes.

Les premières critiques contre le système en vigueur s'élevèrent vers le mois de juin 1915 au moment où l'épuisement des réserves indigènes amena dans plusieurs parties du pays les difficultés de ravitaillement qui ont été exposées plus haut (voir p. 62). Les denrées importées étant réparties entre les Comités d'après le chiffre de leur population, les rations qu'ils pouvaient distribuer étaient naturellement d'autant moins fortes que plus d'habitants de leur ressort s'approvisionnaient dans leurs magasins. Il y avait à cet égard des différences sensibles entre les diverses régions du pays et surtout entre les communes industrielles et les communes rurales. Les délégués du Comité provincial de Liège prirent prétexte de cette inégalité pour proposer au Comité exécutif, le 15 juillet 1915, de fixer une échelle de rationnement uniforme pour tout le pays. Cette proposition ne fut pas admise. Son adoption eût exigé l'abandon du système de décentralisation sur lequel était basé toute l'organisation de l'alimentation belge. Les inconvénients de la liberté que signalaient les délégués de Liège, n'étaient pas assez graves pour justifier une modification de cette importance.

Des circonstances d'un ordre différent amenèrent cependant bientôt le Comité exécutif à restreindre la liberté qu'il avait laissée jusqu'alors aux Comités provinciaux dans le règlement du rationnement. Vers le mois d'août 1915, il fut prouvé que des spéculateurs rachetaient aux clients des magasins du Comité National certains produits. Les frais de cette opération, assez élevés puisqu'il s'agissait de grouper des marchandises réparties par quantités de quelques kilogrammes ou parfois même par

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