LA RATION DE PAIN 3II
rouage autonome et indépendant dans une matière entièrement réservée à sa compétence. »
Les seuls cas où le Comité National intervint furent ceux où la question à trancher intéressait l'ensemble du pays et dépassait donc la compétence d'un Comité provincial. Les principaux actes qu'il posa dans cet ordre d'idées concernent :
1° L'égalité de la répartition des céréales entre les provinces. De bonne heure, le Comité National s'efforça d'obtenir des Comités provinciaux des renseignements précis sur leurs besoins réels. Il était donc naturel qu'il les invitât à corriger leur système de distribution si celui-ci les exposait à répartir plus de rations qu'il n'y avait de consommateurs. L'exemple de l'Agglomération bruxelloise prouve à quel point le contrôle de l'organe central était nécessaire à ce point de vue. D'après la statistique de la population, les dix-huit communes constituant l'agglomération comptaient au 31 décembre 1913, 786,000 habitants. Or, au début de l'année 1915, le nombre des rations distribuées dépassait I million. Un contrôle opéré au coûts de l'année permit de supprimer plus de 100,000 rations qui faisaient double emploi et, au i^"" janvier 1916, le chiffre total des rations n'était plus que de 912,000. Il était certain cependant que ce chiffre était encore trop élevé et on en eut la preuve évidente en comparant le rationnement en pain opéré suivant un répertoire sur fiches, au rationnement en produits divers qui se faisait suivant les inscriptions des cartes de ménage : le 14 novembre 1917 on trouvait d'un côté 894,469 rations et de l'autre 729,326 seulement. A force d'instances, le Comité National obtint du Comité de l'Agglomération bruxelloise qu'il fît re viser les listes de distribution du pain en exigeant de chaque consommateur la production de sa carte d'identité. Le résultat fut qu'au début du mois de février 1918, le nombre des rations de pain n'atteignit plus 705,000.
2° Le ravitaillement des personnes qui changent de résidence et passent du ressort d'un Comité dans celui d'un autre. Comme les mesures prises furent les mêmes pour le pain et pour les autres denrées, elles seront exposées au paragraphe suivant.
30 Certaines fraudes commises par les boulangers. Tantôt le Comité National signale aux Comités les précautions prises dans l'une ou l'autre province pour combattre ces fraudes, tantôt il
leur prescrit les mesures à prendre. Par exemple, le 2 décembre 191 5, il les invite à exercer un contrôle sévère sur les boulangers pour empêcher ceux-ci de mêler à la farine fournie par la C. R. B. de la farine de pommes de terre; le 26 avril 1917, il les prie de prendre des mesures pour empêcher les boulangers placés sous leur contrôle d'élever ou d'engraisser des porcs.
Il va de soi que le Comité National prêta toujours aux Comités provinciaux le concours de ses services pour résoudre les questions techniques concernant la distribution du pain. Il les instruisait des résultats obtenus au Stock général par le mélange des farines de diverses espèces ou de diverses provenances; il leur commvmiquait les rendements en pain des farines, question délicate et d'une importance extrême. Délicate, car le rendement peut varier de 131 à 138 kilos de pain par 100 kilos de farine; importante, car si le rendement exigé du boulanger est trop élevé, il cause à celui-ci une perte, s'il est trop faible, il lui laisse des excédents qu'il peut revendre. Durant l'année 1918 où le prix du pain vendu en fraude atteignit souvent 10 francs par kilo et oii celui de la farine dépassa 15 francs, la disposition d'un excédent même faible procurait parfois au boulanger un revenu supérieur à la rémimération qui lui était accordée par contrat pour son travail.
Dans le même ordre d'idées, le Comité National soumit aux Comités provinciaux un projet de carte pour le rationnement supplémentaire du pain quand les règles relatives au rationnement furent unifiées (25 juin 1917). Ce n'était qu'un projet destiné simplement à leur faciliter la confection des cartes de leur ressort.
Dans le courant de l'année 1918, le Comité National reconnut l'utilité de rechercher avec les Comités provinciaux le moyen d'introduire une certaine uniformité dans les systèmes de distribution du pain. Depuis plusieurs mois, il recevait continuellement des plaintes de boulangers qui réclamaient une augmentation de salaire et profitaient des différences notables entre les règlements édictés par les diverses provinces pour échafauder de véritables réquisitoires contre le Comité dont ils relevaient. L'unification ou tout au moins la coordination des tarifs de rémunération en vigueur, devait faciliter les relations entre les