‹ L'alimentation de la Belgique par le comite nationalChapitre 198 sur 227 · OCTOBRE I · texte numérisé non relu

OCTOBRE I

Situation des évacués dans les provinces

M. Van BréE. — On nous demande des renseignements sur la situation des évacués. Nous désirerions obtenir de chaque délégué des indications aussi précises que possible sur les points suivants :

Nombre approximatif total d'évacués entrés dans la province, nombre approximatif de ceux qui en sont sortis, nombre approximatif de ceux qui restent.

Les routes suivies par les évacués.

Les mesures prises pour assurer le ra\-itaillement et le logement en cours de route.

L'état sanitaire et la mortalité.

Tous autres renseignements intéressants.

Suivons l'itinéraire général en commençant par le Hainaut.

M. Roi,i.AXD. — Pour la région de Péruwelz, on estime à 80,000 le nombre total des évacués qui restent actuellement dans la région.

Pour la région de ilons, on peut évaluer à 150,000 le nombre de ceux qui y sont passés et il nous en reste encore eUA-iron 100,000.

La plupart arrivent absolument exténués. Il y a beaucoup de malades qui ne peuvent continuer et lorsqu'il y a un malade dans une famille, les autres membres de la famille ne veulent pas abandonner le malade. Dès que ces gens trouvent un abri, maison ou grange, ils s'y cramponnent. Ils ne veulent d'ailleurs pas non plus se séparer de leurs bagages.

A Mons et dans les communes voisines, il y en a bien de 7 à 8,000; à ilons même, ils sont de 4 à 5,000.

On les loge dans toutes les maisons et dans tous les locaux qu'on a pu trouver, car les troupes allemandes occupent déjà la plupart des locaux publics et particuliers.

Toutes les égUses sont combles. Ces malheureux couchent sur les plus misérables Uts de fortune : les matelas manquent, les Allemands ne fournissent pas les copeaux qu'Us avaient promis.

Depuis quelques jours, on nous amionce une série de bateaux amenant des \-ieillards d'un hospice des environs de Condé. On a débarqué déjà pêle-mêle des hommes, des femmes, des fous et des morts, plusieurs décès s'étant produits en cours de route.

La situation sanitaire est très mauvaise. Nos médecins n'y suffisent plus. Il y a 700 à 800 malades entassés dans des locaux non désinfectés. A Mons même, il y a quatre ou cinq morts par jour parmi les évacués. ActueUement tout compris : population, armée allemande, évacués, la niortaUté est de dix à douze personnes par jour. Il meurt environ soixante-dix personnes par semaine. On ne par^àent plus à faire assez de cercueils. Les corps sont transportés par trois ou quatre et enterrés pro- A-isoirement recouverts d'une couche de chaux jusqu'au moment oii on pourra leur donner une sépulture convenable.

Xous avons demandé au Comité National de nous envoyer quelques médecins, des médicaments, du Hnge, des vêtements et, si possible, des effets de couchage.

Au début, des itinéraires avaient été indiqués, mais au bout de quelques jours ils n'ont plus été sui\'is parce que les routes principales étaient prises par les troupes allemandes en retraite. Par exemple, la grande route de \'alenciennes à Mons a été occupée complètement par les transports militaires et les évacués ont été détournés par des chemins latéraux.

356 RAVITAII,I,EMENTS SPÉCIAUX

Au point de vue du ravitaillement, nous considérons trois catégories d'évacués :

1° Ceux qui ne passent qu'une nuit et repartent le lendemain. Ils reçoivent du café et de la soupe avec 500 grammes de pain çt 25 grammes de saindoux. Au début, nous avons voulu donner i kilo de pain, mais nous ne parvenons pas à faire assez de pain et nous avons dû nous borner à donner une livre.

2° Ceux qui restent un ou deux jours par suite d'indisposition. On leur donne également du pain, du saindoux, des pommes de terre, du café, du sucre et deux rations de soupe.

30 A ceux qui séjournent plus longtemps dans une localité, nous faisons remettre une carte de ménage provisoire qui se renouvelle tous les huit ou quinze jours pour éviter de trop grands abus. Ceux-ci sont d'ailleurs assez réduits, car nous exerçons une surveillance assez efficace.

Lorsque les évacués s'installent à demeure dans une maison où ils peuvent préparer leur repas, nous leur donnons une carte de ménage ordinaire.

M. Van BréE. — D'où sont-ils originaires?

M. Roivi^AND. — De Douai et de Valenciennes. Très peu de LiUe.

M. Van BréE. — N'y en a-t-il pas de Haumont, Solesme et Le Cateau?

M. Roi,i<AND. — Quelques unités seulement.

M. Van BréE. — Qu'en est-il du transport le long des routes?

M. Roi:<i<AND. — Aucune mesure n'est prise par les autorités allemandes.

Nous nous sommes efforcés de soulager les évacués le plus possible. Chaque commune a l'obUgation de faire les transports par chariots vers la commune suivante. Cela a pu fonctionner quelque temps, lorsque les itinéraires étaient bien tracés et que le nombre d'évacués n'était pas excessif. Mais par la suite, cela n'a plus été possible. Les évacués sont arrivés en trop grand nombre et sans itinéraire fixé.

Il y a bien eu par-ci par-là quelque mauvais vouloir de la part des cultivateurs, mais les bourgmestres sont intervenus. En somme, on a fait tout ce qui était possible. Mais les moyens de transport font défaut. Ils ont tous été réquisitionnés par l'armée allemande, y compris les poussettes que les habitants de Mons s'étaient confectionnés pour transporter leurs bagages en cas d'évacuation.

Les vicinaux ont mis en marche deux trams spéciaux pour aller jusqu'au Rœulx; mais avec beaucoup de difficultés. Somme toute, on s'en est tiré tant bien que mal, mais beaucoup d'évacués ont dû faire la route à pied.

M. Van Maasdyck. — Il vous arrive encore des évacués et vous n'avez plus de place?

M. Roi<l,AND. — Parfaitement.

M. Van Maasdyck. — Combien de temps faudrait-il pour les amener de Mons à Bruxelles.

M. Roi,i,and. — Il y a 80 kilomètres, il faut compter trois jours : ces

LES ÉVACUES 357

gens sont accompagnés d'enfants et de vieillards et ils sont encombrés de bagages.

M. Van ^Laasdyck. — N'y aurait-il pas moyen, tout au moins, de faire continuer vers Bruxelles ceux qui sont encore capables de marcher trois jours?

M. ROLLAXD. — Impossible : ils ne veulent pas se séparer.

M. Vax BréE. — D'ailleurs tous ces gens cherchent à rester le plus près possible de chez eux.

Combien y a-t-il eu de morts à Mons?

M. Rolland. — A peu près une centaine, mais le nombre augmente progressivement à mesure que la maladie se propage.

M. Van Brée. — Pour les transports, les Allemands n'ont donc donné aucune facihté?

M. Rolland. — Au contraire, ils réquisitionnent tous nos moyens de transport.

Nous étions dans l'impossibilité de transporter de Nimy à IMons toute la farine nécessaire, il nous manquait 150 sacs; nous avons demandé aux Allemands un camion automobile : le Rittmeister WiUis a refusé, il a mis à notre disposition un camion à tirer à bras d'hommes.

M. Van Brée. — Personne ne se plaint de faim?

M. Rolland. — Non, pas trop. Seulement à certains moments, nous avons dû réduire la ration de pain parce qu'il ne nous était pas possible de faire parvenir les \"i^^:es là où il en fallait. Nous a\àons établi des étapes le long des itinéraires, mais ces itinéraires n'ont pas été sui\*is.

M. Baetens. — Il n'y a donc pas eu manque de vivres, mais difficultés de transport et déplacement des étapes.

M. Rolland. — Parfaitement.

Nous n'avons eu aucune aide des Allemands. Ainsi lorsqu'on a évacué Hensies, j'ai été trouver M. Willis. Comme à ce moment on parlait de paix, je lui ai représenté qu'il y aurait intérêt à ne pas trop éloigner ces gens-là de chez eux, qu'il suffisait de leur faire traverser le canal pour les héberger à Pommerœul. Il a refusé. Ces gens sont partis et sont allés se disséminer dans les villages en\'ironnants.

M. Van Brée. — Tous les évacués que vous avez reçus sont-ils partis de leur plein gré ou y ont-Us été obhgés par les Allemands?

M. RoLLASTD. — Nous avons vu beaucoup d'ordres d'évacuation où il était stipulé un délai vraiment trop court. Il en a été ainsi, par exemple, à Hensies et à Bemissart. L'affiche a été placardée le dimanche matin, à 10 heures, disant que les habitants devaient être partis le lendemain lundi, à 8 heures du matin.

H y en a sans doute bien qui sont partis par crainte, il y a peut-être bien eu quelques paniques, mais le plus grand nombre a dû partir par ordre des autorités militaires; la plupart avaient d'ailleurs des cartes d'évacuation.

358 RAVITAII.LEMENTS SPECIAUX

M. Van BréE. — Les évacués parlent-ils de leurs soufirances ? De quoi se plaignent-ils?

M. Roi,i,AND. — Ils ne se plaignent pas beaucoup, ils sont même, à ce point de vue, vraiment admirables. Ils ont simplement le regret d'avoir dû tout quitter. Au point de vue du ravitaillement, nous n'entendons pas de plaintes. Leur plus grande souffrance, c'est de devenir malades en cours de route.

Dans certaines localités où le Comité local n'avait pas appliqué immédiatement le rationnement des Français, il y a eu des demandes de ra\'itaiUement supplémentaire parce que ces gens avaient chez eux un régime meilleur que le nôtre. Mais, en général, il n'y a pas eu de plaintes.

M. Van BréE. — Les évacués ne transportent-ils pas de vivres?

M. Roi,l,AND. — Oui, ils ont des vivres, mais en quantité très variable. Ceux qui ont amené de gros chariots ont pu emporter assez bien de \dvres, plusieurs centaines de kilos de pommes de terre, par exemple; mais ce n'est pas le cas pour tous, ils n'ont guère, en moyenne, que \'ingt à trente kilos de vivres.

A Valenciennes, on leur a donné assez bien de provisions.

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