NAMUR
M. Kryn. — Nous avons eu environ 16,000 évacués; il en passe, à peu près, 2,000 par jour.
Passant par l'itinéraire Sombreffe, Mazy, Saint-Denis, ils ne restent qu'un ou deux jours.
Le plus difficile, c'est qu'on change les étapes à chaque instant. Il avait été bien dit qu'après quatre heures, les convois ne devaient plus marcher. Des évacués partis de Gembloux devaient s'arrêter à Éghezée; nous y avions préparé mille hts, tout était prêt pour les héberger. Mais les autorités allemandes les ont obUgés à continuer.
On fait marcher ces malheureux trop tard; ils arrivent alors dans un village par l'obscurité la plus complète et alors que rien n'a pu être préparé, on doit chercher dans ces conditions à les héberger tant bien que mal.
Il y a généralement un sous-officier qui accompagne le convoi et il dit qu'il a reçu des ordres qui l'obligent à faire continuer la route.
Nous ne sommes d'ailleurs pas renseignés sur les arrivées. Hier, nous avons trouvé en gare de Namur un train d'évacués venant de Valenciennes. Ils étaient partis depuis onze jours. Ils avaient été ravitaillés la veille à Luttre.
Nous les avons ravitaillés également le long de la voie. Mais nous n'avions été nullement prévenus de leur passage.
Nous faisons convoyer les colonnes le long de la route par des agents qui se sont offerts spontanément. Ils vont en avant prévenir la commune où l'on fera étape.
Là, on donne aux évacués du pain. Quand il n'y en a pas assez sur place, nous en envoyons de Namur et s'il n'y en a pas encore assez, nous complétons par des biscuits puisés au stock français. Nous leur donnons aussi du café, du sucre et 25 grammes de saindoux faute de pouvoir en donner davantage, car ce n'est pas beaucoup pour un kilo de pain. Lorsqu'il y a moyen, nous donnons aussi de la soupe. Le malheur, c'est que les Allemands changent souvent les itinéraires et les étapes, si bien que tandis
362 RAVITAIlvIvEMENTS SPÉCIAUX
que la soupe est prête à un endroit, les évacués passent ailleurs où il n'y a rien de préparé.
M. V.\N BréE. — Les Allemands n'ont donc rien fait pour vous aider?
M. Kryn. — Non, ce sont des personnes dévouées qui ont tout fait.
lyIMBOURG.
M. Machiels. — Les premières colonnes sont arrivées mercredi dernier à Saint-Trond.
Nous avons demandé au gouverneur le nombre d'évacués que nous aurions à recevoir; il nous a dit 150,000. Il a indiqué que nous en recevrions par jour d'abord 1,700, puis 2,900, enfin, c'était 4,000. Le lendemain, il nous a dit que les colonnes étaient divisées, que de Tirlemont une partie serait dirigée vers Hasselt, une autre vers Looz et Tongres, une autre vers Waremme et Liège.
Actuellement une partie des colonnes est dirigée sur Looz, Tongres; les autres viennent à Hasselt.
La première colonne arrivée à Hasselt effectuait ainsi sa vingt-troisième étape depuis le départ. Ils venaient des environs de Douai-Cambrai.
M. Van BréE. — Combien en est-il arrivé réellement?
M. ^L\CHiEi<s. — Le premier jour, 600; le deuxième jour, 1,750; le troisième jour, 1,500; le quatrième jour, 2,000.
De Hasselt, les évacués doivent être dirigés vers Genck et Asch, petites localités de 5 à 600 habitants, où il est bien difficile de les héberger. De là, ils doivent se rendre à Maeseyck. Le délégué espagnol a été demander au gouverneur miUtaire pourquoi on ne les expédiait pas directement en Hollande. Il a répondu qu'ils devaient faire d'abord une quarantaine à Maeseyck; qu'ensuite ils seraient envoyés par Geystingen et Molen- Beersel vers la Hollande et que les autres seraient dirigés de Tongres sur Lixhe et Mouland.
Nous avons réquisitionné, pour ainsi dire, tout le charroi du Limbourg pour le transport des évacués. Les chemins de fer vicinaux ont aussi organisé des trams spéciaux de Hasselt et de Tongres vers Maeseyck.
A un moment donné, il y avait de 4 à 5,000 évacués à Maeseyck; devant l'encombrement, on s'est décidé à leur ouvrir la frontière. Avant-hier, les premiers sont passés en Hollande et depuis, on laisse pour ainsi dire passer tout le monde. Voyant cela, les réfugiés qui étaient depuis longtemps déjà dans le Limbourg ont redemandé leur argent et passent également en Hollande. Nous en a\'ions 3,500, mais nous ne savons pas s'ils passeront tous en Hollande.
Le ravitaillement s'est très bien bpéré. D'ailleurs, les évacués déclarent généralement qu'ils ont été partout bien reçus en Belgique. Les Allemands leur avaient fait peur en leur disant que lorsqu'ils arriveraient en pays flamand, ils auraient affaire à des barbares qui les recevraient mal. Mais ils ont constaté le contraire et se plaisent à déclarer que les Flamands sont dignes d'être Français. [Rires.)
Seulement, nous sommes parfois entravés dans le ravitaillement faute d'être renseignés en temps utile. Par exemple, un train de réfugiés venant de Landen était en gare à Hasselt à 5 heures du matin. On est venu prévenir le Comité local de secours que ces évacués partaient à 1 1 heures et qu'on le priait de les ravitailler. Le Comité n'était évidemment pas à même de les ravitailler. Heureusement qu'il y avait du pain qu'il a pu donner, mais la soupe n'était pas prête et les évacués n'ont pu attendre. Dans ce train où ils étaient 1,200, en cours de route il y avait eu dixsept morts. Le train a continué vers Maeseyck.
Nous avons établi à Hasselt un lazaret spécial pour 60 malades.