LIÈGE
INI. PÉROT. — Dans notre province, les autorités allemandes ne connaissent pas les itinéraires. Le kreischef de Liège ne connaissait rien; celui de Huy nous a donné quelques renseignements, mais lui non plus ne savait pas grand'chose. De province à province, les commandantures ne se renseignent pas. Les autorités ne sont informées que la veille ou, tout au plus, le jour précédent.
Nous sommes allés à Éghezée et à Gembloux pour essayer de connaître le nombre d'évacués et les itinéraires. Nous n'avons pas été plus renseignés.
Finalement, à force de recherches, nous avons trouvé que l'entrée dans la province de Liège, à l'arrivée d'Éghezée, se ferait par Wasseiges et par Meefïe.
De là, ils suivent divers itinéraires, toujours sur la rive gauche de la ISIeuse. Il y a eu un premier itinéraire : Wasseiges, Hannut, HoUognesur-Geer, Waremme. Il y avait environ 7,000 évacués qui devaient être hébergés dans les communes de l'arrondissement de Waremme. Quand toutes les communes ont eu leur contingent, on a suivi un autre itinéraire : Wasseiges, Burdinne vers Huy.
Les évacués qui vont vers le Limbourg suivent deux autres itinéraires : d'une part, Wasseiges, Hannut, Landen, Saint-Trond; d'autre part, Wasseiges, Omal, HoUogne-sur-Geer, Waremme, Opheers, Toiigres.
Il est à remarquer que les évacués appartenant à la zone d'un corps d'armée doivent suivre des itinéraires qui ne sortent pas de la zone de ce corps d'armée.
Voici les dispositions que nous avons prises pour être renseignés aussi réguUèrement que possible. Nous avons étabh un inspecteur à poste fixe à la commandanture d'Éghezée, le commandant a bien voulu mettre un logement à sa disposition pour lui permettre de se tenir en communication avec la commandanture de Gembloux. Notre inspecteur nous prévient, la veille au matin, du nombre d'évacués qui vont entrer dans la province.
A l'entrée dans la province, chaque évacué reçoit une carte de ménage qui lui permet de se ravitailler sans qu'il y ait double emploi. A Wasseiges et à Meefïe, nous avons deux postes d'inspecteurs et d'employés. Comme à ces endroits les évacués changent de chariots, les bureaux ont le temps
de confectionner les cartes de ménage. On sert aux évacués de la soupe et du pain, et on les dirige vers Hannut.
Avant leur départ, on leur donne comme ravitaillement : de la soupe, I kilo de pain, 25 grammes de saindoux et du sucre. Lorsqu'ils arrivent le soir à l'étape, on leur sert une soupe renforcée comprenant, par litre, 80 grammes de féculents, 18 grammes de graisse, 25 grammes de viande, pommes de terre et légumes.
Nos inspecteurs qui ont accompagné la colonne s'efforcent de les loger chez les habitants; autant que possible, on leur fait préparer du feu.
Au point de vue de l' alimentation, les évacués ne se plaignent pas, ils ont assez de pain.
Quand ils restent dans une locahté pendant cinq ou six jours, la ration de pain n'est plus que d'un demi-kilo par tête. On leur sert encore des boissons chaudes le matin, de la soupe à midi et un repas le soir.
Le long de la route, il y a des endroits où on leur sert des boissons chaudes, mais c'est souvent difficile à réaliser parce que les Allemands changent souvent les itinéraires. Ils changent de même les étapes. A un endroit, on croit que le convoi va s'arrêter, tout est prêt, mais le sousofficier qui commande les fait aller plus loin et les évacués arrivent le soir dans im village où rien n'est préparé et où l'on a beaucoup de peine à les héberger.
Comme mesures sanitaires, nous avons installé des hôpitaux.
A Wasseiges et à Meefïe, nous avons étabU deux lazarets. Les médecins examinent les réfugiés; s'il y a des malades, ils sont admis au lazaret. Quand ces deux lazarets sont pleins, nous envoyons les malades qui peuvent encore marcher à Hannut ou à Burdinne où il y a aussi des lazarets.
Le malade n'est pas séparé de sa famille.
M. L-^iBiN. — Les Allemands le permettent?
M. PÉROT. — Nous ne nous en occupons pas; le médecin donne l'ordre de retenir le malade et la famille reste également dans la localité.
Nous avons reçu, jusqu'à présent, 25 à 30,000 évacués venant de la province de Namur, dont une partie est déjà passée dans le Limbourg, mais dont une grande partie est encore dans notre province, nous les évacuons au fur et à mesure.
Pour nos quatre lazarets, nous avons eu : à Wasseiges, 45 malades, 8 morts; à Meeffe, 22 malades, 2 morts; à Burdinne, 32 malades, 5 morts; à Hannut, 40 à 50 malades, pas de morts.
Nous avons envoyé des médecins et des pharmaciens de Liège parce que les médecins de ces petites locaUtés ne pouvaient abandonner leurs malades. Des professeurs de l'Université font l'inspection et veillent aux mesures à prendre.
Il y a beaucoup de cas de grippe dans nos localités. Ce ne sont pas les évacués qui ont amené la grippe : elle sévissait avant leur arrivée; mais il est regrettable de devoir loger les évacués dans des communes où règne la grippe.
Voilà pour ce qui concerne la rive gauche de la Meuse. Mais on nous annonce que, sur la rive droite, nous allons recevoir des évacués de la 2^, de la 3e et de la 5^ armée venant de CharleviUe et de Réthel.
Là, nous avons essayé de nous occuper nous-mêmes de l'organisation ■des convois et de déterminer les routes à suivre. J'espère que notre programme sera admis.
Les évacués venant de Namur seraient dirigés sur Andenne et Huy. Là, nous les prendrions en bateaux pour les. conduire directement jusqu'à Wandre, au nord de Liège. Là, ils seront répartis dans les commandantures locales par convois, vers le plateau de Hervé.
D'autres seront transportés par tramways dans la direction de Verviers, de Seraing et d'Ans.
Les directeurs de tramways sont d'accord pour mettre le matériel à notre disposition. Mais l'autorité allemande n'a pas encore pris les dispositions pour réquisitionner les bateaux-mouches. Si à ma rentrée à Liège vendredi, il n'y a pas encore de solution, nous agiront nous-mêmes.
Un second itinéraire venant de Marche passerait par Hamoir et Comblain-au-Pont où nous embarquerions les évacués sur l'Ourthe.
Un troisième itinéraire venant de Laroche mènerait les évacués à Aywailles.
Pour ces trois directions, on nous annonce 40 à 50,000 évacués; ils sont en marche, mais ne sont pas encore arrivés. Ils ne passent pas par Namur parce que c'est hors de leur zone mihtaire. Entre Givet et Dinant, ils abandonnent la ligne de la Meuse pour prendre la direction nord-est de la province.
M. Van BréE. — Avez- vous des chariots en nombre suffisant?
M. PÉROT. — Oui, ils ont été réquisitionnés et il y en à suffisance.
Nous avons reçu des trains d'évacués. D'abord tout le personnel des mines d'Anzin. Ils ont été hébergés par les soins de la Bergverwaltung.
Puis trois trains d'ouvriers venant de Raisnes près de Valenciennes. Ce sont les ouvriers d'un ateUer miUtaire qui seront installés aux usines Cockerill. Leurs familles vont suivre, ils seront logés dans les habitations des usines.
Nous avons demandé à M. Saura ce qu'il faudra faire pour leur ravitaillement; il nous a été répondu qu'il fallait les ravitailler au même titre que la population belge.
M. PÉROT. — Nous donnons une carte de ménage à tous les évacués •dès leur entrée dans notre province, mais n'y aurait-il pas moyen de leur donner cette carte beaucoup plus tôt?
M. Roi,r<AND. — Cela n'a pas été possible.
Nous avions étabU, à Bemissart et à Quiévrain, des bureaux où nos contrôleurs donnaient une carte et faisaient l'échange des bons, mais au bout de quelques jours, au lieu de colonnes de 500 évacués, ce sont des milliers à la fois qui sont arrivés par les routes les plus diverses et il n'a plus été possible de leur déHvrer de carte.
366 RAVITAILI^EMENTS SPÉCIAUX
M. PÉROT. — Ne pourrait-on intervenir auprès du quartier général pour obtenir qu'il soit posé en principe que les évacués devraient partir vers 7 heures du matin, mais que, lorsqu'ils sont arrivés dans une commune vers 2 ou 3 heures, ils devraient s'y arrêter sans aller plus loin afin de ne pas arriver trop tard au lieu de l'étape. Certaines petites commandantures prescrivent cela, mais pour que ce soit respecté de façon générale, il faudrait un ordre venant de haut. {Marques d'assentiment.)
M. MACHlEiyS. — Beaucoup de ces évacués demandent l'indeimiité de I fr. 50 par jour prévu en faveur des évacués. Faut-il les leur accorder?
M. Van BréE. — Il faut qu'ils soient fixés à demeure pour obtenir le secours d'évacués. Tant qu'ils sont en route, ce secours est représenté par la valeur des aUments qu'on leur fournit gratuitement.