ANVERS
M. Frii,i<ing. — Hier, le secrétaire du gouverneur civil est venu m'annoncer un contingent de 40,000 évacués qui arriveront par Aerschot et de là suivront l'itinéraire Gheel, Rethy, Arendonck.
Je ne sais pas pourquoi ils ont choisi cette route où il n'3^ a plus rien et qui n'aboutit nulle part.
Il aurait beaucoup mieux valu les conduire par Herenthals, Oostmalle et de là, il y avait trois ou quatre chemins de sortie vers la Hollande, entre autres par Meerle.
M. Van BréE. — Ce sont ceux qui viennent de Louvain. Il n'y en a pas encore beaucoup.
M. Frii<i,ing. — Mais on nous a amené d'autre part des prisonniers. Samedi, vers 4 heures, sont arrivés par deux directions différentes, 300 hommes vahdes qu'on a enfermés dans la maison de Hesse, vieille bâtisse délabrée. On y a parqué ces gens comme du bérail, sans lumière.
On y a amené, l'après-midi, 800 jeunes gens de Saint-Nicolas. On en avait d'abord convoqué, leur demandant s'ils voulaient travailler. Comime ils avaient refusé, on a ramassé tout ce qu'on a pu sans distinction et sans aucun égard à leur état sanitaire.
Une délégation est venue me trouver et j'ai fait nourrir ces malheureux qui étaient enfermés sans pouvoir bouger.
J'ai été les voir avec un médecin qui les a examinés et en a fait sortir de 115 à 130 qui ont été conduits dans les hôpitaux.
Depuis lors, je bataille avec les autorités occupantes pour leur ravitaillement. Ici, on ne peut les faire ravitailler comme la population
ordinaire puisqu'ils sont prisonniers. Ils ne peuvent sortir que pour aller travailler.
On les emploie à débarquer du bois. Lundi, il y en avait déjà 600 au travail. Ils préfèrent évidemment aller travailler que de rester enfermés. Il y en a qui ont réussi à s'évader. Dimanche, j'ai fait dire une messe pour eux; ils sont tous allés au service, c'était une sortie.
Le gouverneur civil est d'accord avec nous pour dire que ce régime devrait cesser. Il est impossible de donner des vivres à ces gens, qu'en feraient-ils sans pouvoir les préparer? Nous leur avons fait donner de la soupe, mais cela ne peut continuer. On a téléphoné à la commandanture de Gand qui a dit : « Le Comité National doit les nourrir. » Nous avons répondu : « Pour cela, ils doivent être libres. »