CHAPITRE PREMIER LES PRODUITS INDIGÈNES
La Belgique, pays à population très dense, est, pour une partie considérable de son alimentation, tributaire de l'étranger. L'appoint que fournit l'agriculture indigène à la nourriture des habitants n'est cependant pas négligeable. Cette agriculture utilise avec un art consommé les superficies relativement faibles dont elle dispose et les rendements qu'elle obtient ne le cèdent à ceux d'aucun autre paj's.
Si le Comité National avait eu les pouvoirs d'un Gouvernement, son premier soin eût été de réglementer la production et la consommation des vivres indigènes. Il est certain qu'en favorisant les cultures indispensables au détriment des cultures de luxe, en réservant pour l'alimentation humaine des produits abandonnés généralement au bétail, en réduisant l'emploi industriel des denrées utilisables pour l'alimentation, il eût obtenu du sol national de quoi fournir à la subsistance de la population pendant une bonne partie de l'année. Au moment où le Comité fut constitué (1914), il eût même suffi d'une organisation convenable de la répartition pour atténuer fortement ou même supprimer la crise alimentaire violente qui sévissait dans les grosses agglomérations. On était au mois de novembre. Les céréales engrangées au mois d'août précédent n'étaient pas consommées encore; la récolte des pommes de terre venait de se faire et avait été abondante. Le bétail avait quitté depuis peu les pâturages et ne manquait pas de nourriture. Seuls les
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moyens de répartition faisaient défaut : les chemins de fer ne comi^taient guère, beaucoup de canaux étaient inutilisables par suite de la destruction de travaux d'art, enfin, par suite des exigences des autorités militaires, on ne pouvait développer, comme il l'eût fallu, les transports par colliers ou moteurs mécaniques.
Tout en consacrant surtout son effort à l'importation des vivres, le Comité National ne négligea cej^endant pas les ressources qu'il pouvait obtenir de la mère patrie et, dans la mesure où l'occupant le lui permit, il encouragea la production des denrées alimentaires et s'entremit i)Our les faire passer du producteur au consommateur.
La section agricole du Comité National, constituée à la fin du mois de décembre 1914, fut chargée de soutenir et de dév^elopper la production agricole. Elle s'entremit pour procurer aux agriculteurs de la nourriture pour le bétail, des engrais, des articles, les liens par exemple, nécessaires à leur exploitation; elle encouragea la culture des terres vacantes et s'efforça de procurer aux familles indigentes un lopin de terre où elles purent produire elles-mêmes une partie de leur nourriture.
Quant à l'utilisation des ressources du pays, le Comité National s'en occupa dès sa constitution. Le 29 octobre 1914, à la première réunion des délégués provinciaux, le président invita chaque Comité à se procurer des blés dans sa province en demandant aux autorités allemandes de lui réserver une zone dont les récoltes pussent être acquises uniquement par lui. En attendant l'arrivée des farines achetées à l'étranger, c'est du sol natal qu'il fallait vivre. Pour faciliter aux Comités provinciaux l'achat des blés indigènes, le Comité National obtint le 21 novembre 1914, du gouverneur général, qu'aucune réquisition de farine ou de blé destinés à faire du pain n'aurait plus lieu jusqu'au 10 décembre suivant. Le gouverneur général promit, en outre, d'intervenir auprès des autorités supérieures du chemin de fer pour qu'elles facilitassent le transport des vivres acquis par le Comité National.
Plus tard, au mois de mars 1915, le Comité National s'efforça de faire étendre à tous les produits du sol belge la garantie d'insaisissabilité accordée par l'occupant aux produits alimen-