PROGRAMME INITIAL DES IMPORTATIONS
précision. Mais les moyens matériels manquaient pour procurer à la Belgique une quantité de vivres équivalente à ce qu'elle recevait de l'étranger en temps de paix. Pour le faire, il eût fallu plus d'argent, ce qui était le moindre obstacle, et plus de moyens de transport, ce qui offrait des difficultés insurmontables. A la séance du Comité exécutif du 3 novembre 1914, il fut décidé de n'importer que des céréales propres à la panification et des féculents (pois secs, haricots, riz, etc.) pour la préparation des soupes pour les indigents. La quantité de froment fut fixée à ce qui était nécessaire pour fournir à chaque habitant 300 grammes de grain par jour, correspondant, si la mouture était faite à 75 %, à une ration journalière de pain de 300 grammes. La population de la Belgique était, au début de la guerre, d'environ 7,500,000 habitants. En défalquant de ce chiffre la population des districts demeurés sous l'autorité du Gouvernement, les soldats et les fugitifs, on estima que la population dont le Comité National avait à s'occuper s'élevait à environ 7 millions d'habitants. Pour lui procurer la ration prévue, il fallait importer mensuellement 60,000 tonnes de céréales qui, à 300 francs la tonne, coûteraient une vingtaine de millions de francs. Quant aux féculents, on décida d'en acheter pour une valeur de 5 à 10 millions par mois.
Ce programme parut bientôt trop modéré. A la séance du 29 décembre 1914, le Comité exécutif le soumit à une nouvelle étude qui aboutit aux conclusions suivantes :
En ce qui concerne le froment, l'excédent des importations sur les exportations représente une moyenne annuelle de 1,450,000 tonnes de froment. Cette quantité est susceptible de diminution cette année, du fait qu'une partie de la population belge — dont l'armée — est à l'étranger. Par contre, les destructions de récoltes dues aux opérations militaires et les réquisitions exagérées qui ont été faites dans certaines régions, doivent entrer très sérieusement en ligne de compte ix)ur augmenter l'insuffisance de la production indigène.
En se basant toutefois sur ce chiffre de 1,450,000 tonnes et en admettant que, à raison des pénibles circonstances actuelles, il soit nécessaire de n'assurer à chacun qu'une ration ne comprenant, en aliments nutritifs, que les deux tiers de la ration en temps normal, ou arrive à déterminer que la quantité de froment à importer mensuellement pour ravitailler
la population belge, est de : ' x -• soit 80,000 toimes environ.
A raison de la fermeture des marchés des principaux pays qui nous fournissent du seigle et à raison de la hausse des frets, il ne convient pas d'acheter du seigle pour ravitailler la population belge, ce produit contenant d'ailleurs moins d'éléments nutritifs que le froment et le bénéfice qui pourrait être réaUsé du chef de ce produit devant, à raison des circonstances, être insignifiant.
Le maïs est employé, pour une bonne part, à l'alimentation du bétail ou à l'industrie. Une importation mensuelle de 10,000 tonnes (soit le quart de l'importation normale) est nécessaire.
On peut laisser tomber le sarrazin [et l'épeautre, ces produits étant surtout utilisés pour l'aUmentation du bétail, sauf dans certaines régions ■du pays où l'épeautre indigène sert à la fabrication du pain (Famenne).
Par contre, les importations de riz devraient être maintenues du fait de l'emploi de cette céréale, sur une très grande échelle, dans la fabrication des soupes communistes. Au surplus, les populations disposant de moins de produits feront entrer le riz iX)ur une plus grande part dans l'aUmentation. Pour ces raisons, il semble qu'il conviendrait de pouvoir livrer tous les mois à la consommation cinq mille tonnes de ce produit.
Pour les mêmes raisons, il faudrait porter à cinq mille tonnes les importations mensuelles de pois, lentilles, fèves et haricots.
I<e Comité a laissé aux brasseurs et aux malteurs le soin de résoudre, par leurs propres moyens, la question de l'approvisionnement du pays en orge et en escourgeons.
En se basant sur les données ci-dessus, il conviendrait d'importer mensuellement, pour assurer le ravitaillement de la population belge :
Froment 80,000 tonnes
Maïs 10,000 »
Riz, pois, fèves, lentilles, haricots 10,000 »
Le président de la Commission for Relief in Belgium, qui assistait à la réunion, reconnut le bien fondé des demandes présentées par le Comité National. Il ne fit des réserves que snr la possibilité d'y satisfaire immédiatement. Il craignait, à cause de la rareté et de la cherté du fret, de ne pouvoir porter tout ■de suite le contingent mensuel de 70,000 à 100,000 tonnes. En attendant que les difficultés du transport fussent surmontées, le contingent devait rester fixé à un tonnage de 60,000 tonnes au minimum.
En principe donc, le programme proposé par le Comité exécutif du Comité National fut adopté. Il ne restait, pour le compléter, qu'à y inscrire les graisses (lard et saindoux) dont l'importation au début n'avait pas paru indispensable. Ce fut fait au mois de