‹ L'alimentation de la Belgique par le comite nationalChapitre 40 sur 227 · RÉCOLTE INDIGÈNE DE I · texte numérisé non relu

RÉCOLTE INDIGÈNE DE I

sommation humaine, aussi longtemps que l'importation de ces articles ne représente pas le remplacement d'autres articles réquisitionnés par les autorités placées sous vos ordres.

En exécution des obligations nouvelles qu'elle avait acceptées, l'autorité allemande prit, à dater du 30 juin 1915, une série d'arrêtés ayant pour objet :

1° De saisir au profit de la population belge dans toute l'étendue dii gouvernement général (i) les céréales servant à la panification et provenant de la récolte de 1915 ou des récoltes antérieures ;

2» D'accorder au Comité National le droit exclusif d'acheter au comptant les stocks de céréales saisis;

30 De déterminer la manière dont serait effectué le recensement de la récolte et de fixer la part qui en serait laissée au cultivateur pour sa nourriture, celle de son bétail et l'ensemencement de ses terres.

Les arrangements relatifs à l'utilisation des céréales indigènes ne marquent un progrès sur la situation antérieure qu'à deux points de vue. En premier lieu, le pain, fabriqué en partie avec ces céréales, coûta moins cher que s'il avait continué à l'être exclusivement au moyen de grains importés. En second lieu, lorsque par suite d'un ralentissement ou d'une interruption des arrivages d'outre-mer le Comité National appréhendait de devoir réduire la relation de pain, il put obvier à ces embarras momentanés en obtenant de l'autorité allemande une libération anticipée des céréales saisies et mises en réserve.

Mais ces avantages étaient une faible compensation aux inconvénients de ces accords qui accrurent la gêne alimentaire, en enlev^ant à la population la possibilité d'obtenir chez les producteurs indigènes un supplément à la ration de pain que lui donnait le Comité National, et qui rendirent plus difficile la tâche de ce dernier, en l'obligeant d'une part, à passer par l'intermédiaire de l'occupant pour obtenir une partie du blé qui lui

(i) Les autorités militaires qui administraient les parties du pays considérées conmie « étapes » de l'armée en campagne refusèrent en général de prendre des mesures analogues.

était nécessaire, d'autre part, à rendre un compte rigoureux de l'emploi des céréales importées.

Hantée de la crainte que l'Allemagne ne détournât à son profit une partie des céréales belges, l'Angleterre veilla à ce que l'importation ne dépassât pas la quantité de produits nécessaire pour combler le déficit de la récolte indigène et permettre au Comité National de distribuer à Ja population une ration chichement mesurée. Elle fixa le poids du froment que le Comité National pouvait accorder à chaque habitant, en surveilla attentivement la distribution, suivit de près les changements dans le chiffre de la population. Sans reconnaître ouvertement la chose, elle maintint une relation presque invariable entre les importations de froment et Je rendement présumé des récoltes indigènes. Or, l'Allemagne avait intérêt à remettre au Comité National le moins possible de ces récoltes. Elle ne pouvait désirer que le Comité National disposât d'assez de blés indigènes pour diminuer ses achats à l'étranger. Pa3"és au moj^en d'avances faites au Gouvernement belge par les puissances de l'Entente, prélevés sur les stocks où ces puissances s'alimentaient elles-mêmes, les achats de la Commission for Relief in Belgium imposaient aux ennemis de l'Allemagne ime charge financière relativement lourde et restreignaient leurs ressources alimentaires. Il était donc, pour l'Allemagne, de bonne politique de travailler à ce que ces achats fussent aussi élevés que possible et, dans ce but, de limiter à ce qu'il était impossible de retenir sans mauvaise foi évidente, les livraisons de céréales indigènes au Comité National. Cette façon d'agir avait, en outre, pour l'Allemagne l'avantage de laisser aux producteurs indigènes des excédents dont des agents habiles et bien munis d'argent pouvaient obtenir une partie.

lyCS intentions du pouvoir occupant, en cette matière, sont révélées non seulement par les procédés qu'il emploj'a, mais par les thèses qu'il formula, sans d'ailleurs les appu)'er d'aucune preuve, au cours des discussions que provoqua, entre lui et le Comité National, la saisie des céréales. Dans une lettre du mois de janvier 1917 (lettre n^ 2018), le gouvernement général écrit aux ministres protecteurs : « La Commission for Relief in Belgium s'est engagée à importer dans le pays les céréales servant

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