RÉSULTATS OBTENUS EX I914-I
pas épuisées. D'ailleurs chaque mois, quelques centaines de tonnes de féciilents, spécialement de la fécule de pommes de terre, lui parviennent de Hollande. Les plaintes sur l'insuffisance du ravitaillement sont rares, si l'on en excepte celles qui ont trait à la ration de pain. On voit cependant, en avril 191 5, des villes s'adresser directement à la Commission for Relief in Belgium pour obtenir du Foreign Office l'autorisation d'importer des vivres pour leurs habitants (i). Dans le courant du même mois, le Comité d'alimentation d'Anvers reprend des démarches en Hollande, par l'intermédiaire du Comité de Moll, pour obtenir du grain, du pain et du saindoux en faveur des indigents de la province. Au début du mois de mai, quatre grands établissement industriels du pays de Liège, la Société John Cockerill, celle d'Ougrée-Marihaye, celle des Cristalleries du Val-Saint- Lambert et celle des Charbonnages du Hasard, envoient un représentant en Hollande pour y demander au ministre de l'Agriculture l'autorisation d'exporter, au profit de leurs œuvres ouvrières, des pommes de terre, du pain, des haricots, du riz, du maïs, des graisses. Leur but est d'éviter le retour des grèves qui avaient eu lieu parce que les ouvriers prétendaient n'avoir pas de vivres en quantité suffisante. Ces faits indiquent que de-ci de-là un malaise plus ou moins grave existe. Mais il est à remarquer qu'ils datent tous de la même période, celle qui va d'avril à juin, la plus critique au point de vue alimentaire, quand les provisions de pommes de terre sont épuisées et que la terre ne fournit encore presque aucun autre produit comestible.
(i) Le 19 avril 1915, la Commission for Relief in Belgium fait savoir au Comité National qu'en trois ou quatre jours, elle a reçu six demandes de transport de vivres émanant de villes belges qui, se prétendant insuffisamment ravitaillées, s'étaient adressées directement au Board of Trade. La commune de Forest, à elle seule, demandait 50 tonnes de riz, 20 de pois, 20 de haricots, 10 de macaroni. Saint-Trond avait besoin de 50 tonnes de riz.
Le 21 mai 1915, le Comité National apprend, de Zélande, que le consul d'Angleterre à ]\Iiddelbourg a reçu une requête de la commune de Schaerbeek le priant d'intervenir pour procurer aux indigents 1,215 tonnes de féculents divers, et une requête semblable de la commune d'Anderlecht, demandant 640 tonnes de vivres.
Au mois de novembre 1915, un changement dans la situation s'annonce. I) se manifeste par divers sjanptômes. Les prix haussent, témoignant de la raréfaction des produits. Les demandes de produits importés augmentent. Les services de distribution deviennent insuffisants pour le nombre des participants et le Comité National se voit obligé d'inviter les Comités provinciaux à prendre des mesures pour que le public ne doive pas faire la file pendant de longues heures. (Réunion des délégués provinciaux du 18 novembre 191 5.) Les Comités se disputent le lard et le saindoux dont ils ont besoin pour leurs œuvres de secours. A la suite de réclamations qui lui sont parvenues, le Comité exécutif du Comité National doit, pour se justifier, démontrer aux délégués provinciaux, chiffres à l'appui, qu'aucune province n'a été favorisée au détriment d'une autre. (Séance du 25 novembre 1915.) De toutes parts, lui arrivent des requêtes lui demandant d'augmenter les distributions de lard et de saindoux. La gêne commence, annonciatrice de la disette.
Des faits d'un autre genre, plus menaçants encore pour l'avenir, se produisent à cette époque. L'autorité allemande, qui s'était bornée jusqu'alors à se procurer des vivres par des achats ou des réquisitions locales, annonce l'intention de réglementer la vente du sucre dans le paj^s. Elle affirme n'agir que dans l'intérêt de la population belge, mais personne ne se trompe sur la sincérité de ce motif. Chacun sait que la saisie sera le signal de la disparition du produit. A la fin du mois de septembre, quand il apprit que le Gouvernement allemand se préparait à intervenir, \e Comité National demanda à ce que les sucres saisis lui fussent attribués pour être répartis par ses soins. La requête ne fut pas accueillie. L'occupant entend disposer en maître des produits qu'il monopolise et n'en donner à la population que ce qu'il lui plaît. Cette règle posée lors de la constitution de la « Centrale des sucres «, la première en date, ne souffrira pas d'exceptions dans la suite et la conséquence de l'érection d'une centrale fut toujours de restreindre la quantité du produit saisi dont la population disposait auparavant.